Nos jeunes enseignants ont-ils toujours une bonne orthographe?

Les étudiants de 1e année sont souvent conscients de leurs difficultés.
Les étudiants de 1e année sont souvent conscients de leurs difficultés. - © AFP-Olivier Laban-Mattei

Nous nous sommes posé la question alors que des épreuves comme les Olympiades d’Orthographe (le 30 janvier à Tournai) ou les demi-finales de la Dictée du Balfroid (le 20 février à Mons) se préparent. Ces concours rencontrent toujours un grand succès mais, dans la vie quotidienne, les fautes d’orthographe sont légion: sur les cartes des restaurants, sur les réseaux sociaux, dans les journaux… ou même parfois dans les mots laissés par les enseignants dans le journal de classe de nos enfants. Carine Destatte, directrice d’école primaire à Mons, confirme: J’ai la chance d’avoir une équipe "de la vieille école", et peu d’enseignants qui ont des difficultés en orthographe. Mais c’est vrai que quand on accueille de jeunes enseignants, on est parfois confronté à des erreurs au tableau, sur les documents qui sont remis aux enfants… Et ça fait peur!" La directrice confie même avoir renvoyé un CV truffé de fautes à son expéditeur, après l'avoir corrigé: "La personne qui m’envoie ça, même si elle a une mauvaise orthographe, doit en être consciente et se faire relire ou demander conseil. Ici, elle n’en a pas fait l’effort. C’est comme si elle entrait dans mon bureau avec des vêtements sales ou troués". Comme beaucoup de ses confrères, elle voit l’orthographe comme une carte de visite, une forme de savoir-vivre.

Plus d’évaluation spécifique mais…

Les jeunes enseignants sont-ils moins bien formés en la matière que leurs aînés ? Ou est-on moins regardant sur ce point qu’auparavant ? Pour le savoir, nous nous sommes rendus à la Haute Ecole en Hainaut (HEH), qui forme de futurs instituteurs, régents et éducateurs sur ses sites de Mons et de Tournai. "Il n’y a pas d’évaluation systématique de l’orthographe de nos étudiants en fin de cursus, admet Christophe Brion, le directeur du Campus pédagogique. L’orthographe est évaluée au fur et à mesure de leurs productions. Mais l’orthographe fait l’objet d’une évaluation spécifique dans le rapport de stage et le travail de fin d’études". Est-ce à dire qu’un étudiant qui a une mauvaise orthographe pourrait ne pas être diplômé? "Tout dépend de l’importance accordée à l’orthographe par le professeur et de sa confiance dans la possibilité pour l’étudiant de parfaire son orthographe par la suite. Un travail de fin d’études qui comporterait trop de fautes pourrait donner lieu à une sanction immédiate, comme un rattrapage en deuxième session, voire un échec".

Des cours de remédiation

Pour éviter d’en arriver là, l’école a mis en place des cours de remédiation en langue française, pour tous ses étudiants de première année. Florence Brasseur, professeur de français et chef des travaux en langue française, s’est retrouvée face à ses étudiants bien conscients de leurs difficultés: "Ils ont une piètre image de leur propre orthographe, mais ils parviennent pas à cibler des difficultés particulières et donc à avoir une relecture efficace". Ce cours de remédiation n’est pas un cours à proprement parler: les quinze heures qui y sont consacrées sont intégrées dans un cours de maîtrise écrite et orale de la langue. "Nous travaillons plus particulièrement sur le rapport de stage et, quand cela s’avère nécessaire, nous prévoyons des séances autour de points particuliers, comme l’accord du participe passé. Et là, on peut envisager des exercices d’entrainement, des activités de structuration".

Automatismes et réflexion

L’idée est d’aider les étudiants à prendre conscience de leurs lacunes, à trouver les outils pour y remédier, les réflexes (relecture, recours systématique au dictionnaire ou aux manuels), mais aussi les stratégies de contournement des difficultés. "C’est un dosage entre des automatismes, mais aussi une part de réflexion et de doute. Il faut donc des capacités d’analyse, mais aussi quelques connaissances de grammaire pour tout ce qui concerne l’orthographe grammaticale", poursuit Florence Brasseur. Mais les résultats ne sont pas toujours visibles chez chacun d’entre eux: "Améliorer sa propre orthographe exige un investissement personnel. Tous les étudiants ne sont pas forcément prêts à s’engager de la sorte". L'enseignante ne veut pas parler de crise de l’orthographe. Elle constate cependant qu'aux déficiences s’ajoute souvent un manque de rigueur et une négligence, liés à notre société où tout doit toujours aller plus vite.

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