Mouscron : les frontaliers veulent faire tomber leur "Mur de Berlin"

Les frontaliers veulent faire tomber leur « Mur de Berlin »
Les frontaliers veulent faire tomber leur « Mur de Berlin » - © Tous droits réservés

Des blocs de béton qui condamnent des routes. Ou des policiers qui filtrent les voitures. L’Europe sans frontière n’est plus. Depuis le 18 mars, on ne peut passer de la Belgique à la France que si on a une raison jugée essentielle. Et ça commence à faire long pour les frontaliers qui naviguent entre deux territoires.

Jean-René Bruneel est Français, mais il réside à Luigne (Mouscron) depuis dix ans. " Toute ma famille habite en France ". Lorsque les autorités ont décidé de fermer les frontières, il a d’abord trouvé ça logique. Il fallait utiliser tous les moyens pour contenir le virus. Mais depuis, la courbe des contaminations a diminué. Et les politiques mises en place de part et d’autre se ressemblent beaucoup. " La distance à respecter entre les personnes, le port du masque encouragé, le nombre limité de personnes par commerce, c’est la même chose : alors pourquoi nous obliger à rester dans notre pays de résidence ? "

Une pétition pour rouvrir la frontière

Il y a une semaine, Jean-René Bruneel a lancé une pétition pour demander la fin des contrôles policiers. Jeudi après-midi, on comptait déjà environ six mille signataires.

Pour nous, les frontaliers, traverser la frontière est un acte quotidien. On la passe pour aller rendre visite à des gens, pour faire nos courses. Alors, ces restrictions, c’est vraiment un frein à notre liberté ".

 

Parmi les raisons qui justifient le passage de la frontière, il y a le travail ou encore l’assistance à un parent âgé. Mais les visites familiales ne sont pas considérées comme des raisons valables. Les fameux quatre proches que chaque foyer belge peut revoir depuis la fête des mères doivent donc théoriquement résider en Belgique. " Mes voisins reçoivent régulièrement leurs enfants pour des repas de famille. Et nous, ma femme et moi, on est là, dans notre cour. On entend les rires et les échanges… Je vis ça comme une punition ".

« On s’est donné rendez-vous à la frontière »

En deux mois de séparation, Jean-René Bruneel a tout de même vu quelques fois sa sœur qui habite Wattrelos. " On s’est donné des rendez-vous à la frontière, du style Mur de Berlin, pour s’échanger des colis. Mais on est à la limite de l’absurdité "

Certains passent tout de même en France pour aller voir un proche, en revenant du travail, par exemple. Ou en profitant de l’absence de contrôles policiers, qu’on voit moins souvent ces derniers jours.

La police n’a pas déserté la frontière, nous dit-on à la police de Mouscron. Mais les équipes ont d’autres missions, car la vie reprend son cours. Toutefois, jusqu’à preuve du contraire, les passages non essentiels sont toujours sanctionnés.

Extrait de notre JT sur la fermeture de la frontière à Hensies (27 mars)