Mons: un atelier d'écriture en prison pour permettre aux détenus de "s'évader"

S'évader le temps d'un atelier d'écriture
S'évader le temps d'un atelier d'écriture - © Pixabay

Vous ne verrez pas leurs visages. Elles ont accepté que nous soyons présents mais elles veulent rester anonymes. Elles sont détenues dans le quartier des femmes de la prison de Mons. Vanessa, Bella, Mélissa, Geneviève, Virginie...avec d'autres, elles participent à un atelier d'écriture. Elles sont une petite dizaine à avoir choisi de participer à ce projet (avec des hommes détenus aussi) de la Fondation Mons 2025, "l'Art habite la ville".

L'objectif est d'écrire, de peindre des jeux de mots, de petites phrases sur les murs de l'établissement pénitentiaire. C'est l'artiste tournaisien Olivier Sonck qui anime cet atelier. Graveur, sculpteur et amoureux des mots, il découvre l'univers carcéral pour la première fois. Ecoutez ses impressions... 

Sortir les mots de la prison

Il n'y pas que des pas qui résonnent dans les couloirs de la prison. L'atelier d'écriture se déroule dans un petit local, il manque de crayons et de bics pour les détenues mais très vite, ce sont des voix qui résonnent, qui parlent haut et fort, qui remplissent la pièce. Les "élèves prisonnières" se retrouvent et échangent. Et pas seulement sur les mots. C'est l'occasion d'une respiration carcérale. Elles sont toutes volontaires. L'objectif est aussi de sortir de sa cellule et de s'occuper l'esprit. On est au-delà des règles de grammaire et d'orthographe. Il s'agit de sortir des choses que l'on garde pour soi, que l'on n'ose pas dire, des mots qui font mal ou qui rappelle de bons moments. L'atelier s'articule autour des souvenirs d'enfance mais on s'en éloigne très vite. Olivier Sonck veut que les détenues s'amusent avec des lettres, des mots, des jeux de mots. Certaines ne comprennent pas tout de suite l'exercice ou n'ont pas l'habitude. Mais qu'importe. Elles s'y mettent au milieu d'un brouhaha général. Mais qu'on ne s'y trompe pas, derrière les rires, les petites blagues et les allusions qui nous échappent, il y a de la souffrance aussi. Nous sommes venus ici sans préjugés et nous nous intéressons à leur envie d'écrire. Pas à ce qui les a amenées derrière les barreaux. Elles acceptent de nous lire ce qu'elles ont écrit et ce qu'elles ressentent.               

Le besoin d'écrire, le besoin d'évasion

Plusieurs des détenues aiment lire et écrire. Virginie a déjà rempli les pages de 23 cahiers depuis le début de son incarcération en 2015. Des cahiers qu'elle garde à l'abri du regard extérieur, par peur d'être jugée, par crainte de remarques malveillantes. La jeune femme écrit pour ses enfants, ses proches. Elle exprime ses doutes, ses craintes, ses peurs aussi. Au cours de cet atelier pas comme les autres, Virginie a choisi un mot "chrysalide", elle suit les consignes et forme des rimes. Virginie nous parle de son besoin d'écrire.   

De cet atelier jailliront des mots, des bouts de phrase, des expressions revisitées. Olivier Sonck devra ensuite sélectionner, reconstruire ce qu'il a ressenti pendant ces quelques heures passées derrière les murs de la prison. Des murs sur lesquels il peindra le travail de ses "élèves". Il voulait ces rencontres, il les a prolongées avec des riverains et des voisins de l'établissement pénitentiaire, il voulait vivre cette expérience. Il aura permis aux détenus qu'on n'entend jamais de s'exprimer de manière ludique, de "s'évader" par le verbe. Dans ce lieu fermé qu'est la prison, l'atelier d'écriture est apparu comme un nouveau souffle pour certains, un appel d'air. Pour l'artiste et pour ceux qui n'ont pas envie de juger trop vite, une envie de lire aussi tous ces mots couchés sur papier à l'abri d'une cellule. Comme un espoir pour ceux et celles qui les écrivent, une envie d'être dehors...plus vite.             

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK