Mons : soupçons de discrimination raciale à l'entrée de certains cafés

Certains cafés montois, notamment au Marché aux herbes, ne laisseraient pas entrer les personnes noires et arabes.
Certains cafés montois, notamment au Marché aux herbes, ne laisseraient pas entrer les personnes noires et arabes. - © Google map

Les personnes noires et arabes peuvent-elles rentrer sans problème dans les cafés et boites de nuit à Mons? Certains jeunes estiment qu'il y a des établissements qui font de la discrimination raciale à l'entrée.

Nous avons rencontré plusieurs jeunes montois d’origine africaine. Pour la plupart, ils se sont déjà fait recaler à l’entrée d’un café au moins une fois. "Une fois, nous sommes sortis en boîte entre amis, raconte Romaric. Arrivés à l’entrée de la boîte, le sorteur m’en a refusé l’accès, sans donner de motif. On était à trois: un ami blanc, blond aux yeux bleus, un autre ami blanc, et moi. Eux pouvaient rentrer, mais moi je ne pouvais pas. Donc " à cause de moi ", nous avons dû aller dans un autre endroit ". Bienvenue, lui, connaît les cafés dans lesquels il aura du mal à entrer avec ses amis : "La majorité de mes potes sont noirs. Nous aimons bien sortir le vendredi soir dans certains bars à Mons. Nous savons déjà, en arrivant à 5 ou 6 noirs, dans quels cafés ça sera difficile d’entrer, et à certaines heures. Cela ne concerne pas tant de bars que ça, disons que sur huit bars, il y en a deux dans lesquels on ne pourra pas entrer. Ça va encore, mais ça reste quand même choquant ".

" Il y a toujours une bonne excuse "

Bien sûr, sachant qu’ils risquent d’être accusés de discrimination, les videurs de ces bars ne diront jamais qu’ils interdisent l’entrée à ces jeunes noirs pour une raison de couleur de peau. Bienvenue connaît bien les différentes excuses avancées dans ces cas-là : " Ce ne sera pas possible ", " Vous êtes trop nombreux ", " Il y a trop de monde dans le café " ou encore " Il n’y a pas de fille avec vous ". Pour Nick, un autre jeune montois d’origine africaine, il s’agit de règles préétablies depuis longtemps que tout le monde connaît mais que personne ne va citer. "Ils ne veulent pas le dire explicitement car s’ils le disent, cela pourrait dénigrer l’image du café ", conclue-t-il. Un point de vue partagé par Patrick Charlier, directeur du Centre interfédéral pour l’égalité des chances : "Les patrons de cafés savent que c’est de la discrimination, et que s’ils le disent clairement, ils risquent d’être poursuivis et condamnés. C’est une réalité, pas partout, mais dans certains lieux ".

Nous avons contacté le patron d’un des cafés montois accusés de discrimination. Gilles Axensalva dit ne donner aucune consigne aux agents de sécurité qu’il engage pour l’entrée de son établissement : "La seule consigne, c’est que tout se passe bien, que mes clients ne soient pas ennuyés et qu’ils passent un bon moment pour faire la fête, assure le cafetier. Les habitués qui viennent chez moi savent très bien que nous avons une clientèle de plusieurs races, et que tout se passe bien. Si un groupe de jeunes noirs veulent rentrer dans le café et qu’ils ne posent pas de problème, le service de sécurité les laissera rentrer bien évidemment ".

Un "effet attentats" ?

Pourtant ces comportements existent bien. En Belgique en 2014 (les chiffres pour 2015 ne sont pas encore connus), le Centre interfédéral pour l’égalité des chances a enregistré 48 cas de discrimination à l'entrée d'établissements HORECA. Parmi ces 48 cas, 25 ont été signalés pour des raisons raciales (pour le reste, il s’agit le plus souvent de cas impliquant des personnes handicapées). Sont-ils plus nombreux depuis les attentats de Paris ? Difficile à dire pour Patrick Charlier: "Nous n’avons pas d’indications qu’il existe un lien direct entre ce type de comportement et les attentats en France. Mais on ne peut pas non plus dire que cela n’arrive pas. On a vu dans la presse des témoignages de personnalités d’origine maghrébine qui, pour la première fois de leur vie, se sont vus refuser l’accès à des restaurants. Ils se sont demandés si ce n’était pas dû aux fantasmes et aux craintes qu’il y a depuis les attentats de Paris ".

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