Mons: non, l'arrivée d'IKEA ne fait pas l'unanimité

Beaucoup de monde pour le premier jour d'ouverture du magasin IKEA de Mons, une ouverture qui ne fait cependant pas l'unanimité
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Beaucoup de monde pour le premier jour d'ouverture du magasin IKEA de Mons, une ouverture qui ne fait cependant pas l'unanimité - © Charlotte Legrand

Non, tout le monde ne partage pas le même regard sur l’arrivée triomphale à Mons du magasin Ikea. Le Collectif citoyen "Mons Equitable" souhaite  apporter un bémol à la béate unanimité qui semble régner.  Pour montrer son désaccord, une délégation du mouvement était d'ailleurs présente devant le magasin lors de l'ouverture officielle de ce mercredi 10 février.

Les heureux

Du côté des bienheureux, il y a d’abord, bien sûr, le géant du meuble suédois lui-même, dont les rouages bien huilés du marketing distillent depuis des mois les communiqués sur les différentes étapes de son installation. Il y a ensuite le pouvoir politique communal, satisfait de pouvoir décrocher une enseigne connue sur son territoire et annoncer la création des 350 emplois qui en découlent. Et il y a enfin une certaine clientèle, friande de changements ou de renouveau dans l’offre commerciale existante.

Les critiques

En face, il y a tout de même quelques sceptiques pour remettre en cause cette quasi-unanimité. "En apparence bonne nouvelle, on annonce 350 emplois, on ne peut que se réjouir, confie Alexandre Bertrand, Economiste spécialisé en développement économique local, mais en réalité si on analyse les choses d’un point de vue économique, on se rend compte que ces emplois ne sont que du transfert, ce que l’on va consommer chez Ikea sera en fait un glissement de ce que l’on consommait ailleurs auparavant. Il n’y a donc pas à proprement parler de créations d’emplois".

Mais l’économiste, qui fait partie du Collectif citoyen "Mons Equitable", va plus loin. Ce transfert de clientèle ne sera pas, pour lui, une "simple" opération neutre dans la mesure où Ikea ne cible pas une offre particulière mais propose une gamme de produits très large, pour toute la maison. Conséquence, une fois dans cette grande surface, le client aura tout à sa disposition et risque dès lors de bouder tel magasin où il allait acheter sa literie, tel autre où il s’approvisionnait en linges de maison ou tel autre encore où il achetait sa déco, ses vases ou ses luminaires.

"1 emploi IKEA, c’est 3,5 à 5 emplois perdus ailleurs"

"Ikea est le champion des économies d’échelle, ce qui signifie qu’il va vendre énormément avec un emploi qui est assez réduit : on annonce deux millions de consommateurs et seulement 350 emplois, en soi, c’est relativement ridicule. Pour un magasin comme IKEA, on peut penser que chaque fois qu’IKEA créera un emploi, que je respecte, c’est très bien pour cet emploi, mais ce sera 3,5 à 5 emplois perdus dans toute la zone de chalandise c’est-à-dire pas seulement à Mons mais cela va jusque Namur et Tournai. Dans cette zone toute une série de magasins de meubles et de décoration risquent d’en pâtir"

Le drame, c’est que les dégâts sociaux occasionnés ne sont pas forcément très visibles constate Alexandre Bertrand. Tel petit magasin de meubles impacté qui doit fermer ses portes, cela ne fera que quelques emplois perdus ici ou là, cela ne fera pas beaucoup de bruits. Pire, l’impact risque même parfois de passer carrément inaperçu : devant la concurrence, telle petite enseigne qui comptait engager y renoncera peut-être, une conséquence et une réalité que les chiffres ne traduiront pas.

Pas ou très peu de "Made in Belgium" chez Ikea

Il y a également les conséquences en amont de l’installation à Mons du magasin de meubles au logo jaune et bleu. "Il n’y a plus un seul article d’Ikea qui soit produit dans la région, tout est délocalisé principalement vers la Chine, les pays asiatiques et les pays de l’Est".

"On parle souvent des 140 millions d’Euros de fonds privés qui ont été investis sur l’arrivée d’IKEA mais quid des fonds publics. On a fait des routes, on a aménagé une bretelle d’autoroute, un pont, des voiries, il y a au moins eu 5 ou 6 conférences de presse, deux pour l’arrivée d’IKEA, une pour la première pierre, une pour la visite virtuelle du magasin, à un moment donné cela devient un cirque médiatique qui profite à IKEA, c’est de la publicité gratuite au détriment des autres magasins. Cela profite ensuite à la classe politique à qui cela donne l’occasion de se mettre en avant, de se valoriser. C’est intéressant d’un point de vue électoral mais en soi, si on regarde bien la détérioration de l’emploi et du centre-ville que cela va générer c’est tout sauf une bonne nouvelle, on s’en rendra compte à long terme".

Une multinationale qui paye peu d’impôts

Alexandre Bertrand conclut son analyse en souhaitant mettre en balance d’un côté les fonds publics alloués pour l’installation d’IKEA (des fonds qui viennent en partie de la Commune et de l’autre de la Région Wallonne) et les impôts que va réellement payer ce magasin de meubles en kit. "Ikea est une des multinationales qui pratique le mieux l’évasion fiscale. On voit que pour l’exercice 2011, elle n’a payé qu’1,5% d’impôts alors que la plupart des SPRL liées à l’impôt des sociétés payent 34% voire même, en Belgique, 50% pour les indépendants qui sont personnes physiques. C’est véritablement du Dumping fiscal déloyal pour nos commerces".

Les prix si bas affichés par IKEA ne sont donc, pour Alexandre Bertrand, que le résultat d’une concurrence déloyale menée par un groupe qui bénéficie de fonds publics mais dont la contribution fiscale n’est absolument pas en rapport avec les gains engrangés.

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