Mons: le ras-le-bol des avocats-juges

Les professionnels de la justice se sentent "abandonnés" par le monde politique
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Les professionnels de la justice se sentent "abandonnés" par le monde politique - © Flickr

Depuis plus de 10 ans, Me Nathalie Luyx est avocate mais aussi juge suppléante au Tribunal du Travail de Mons/La Louvière. Elle envisage de démissionner de son poste de juge, elle n'a été rémunérée que pendant quelques mois pour exercer cette fonction sur base volontaire et si elle l'a fait, c'est aussi pour que la justice puisse continuer à fonctionner en l'absence de nominations de magistrats professionnels. 


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Et c'est sans compter sur les délais qui deviennent presque intenables pour les justiciables. "On est à pratiquement entre 16 et 20 mois pour obtenir une date de plaidoirie à partir du moment où le dossier est introduit devant le tribunal tant l'arriéré est important. Les magistrats titulaires ne sont pas remplacés car les appels sont publiés avec beaucoup de retard et quand il y a un candidat à qui il manque quelques jours de travail, il n'est pas accepté." Et l'avocate enfonce le clou : "ce mépris qu'on a pour la justice est très alarmant parce qu'un pays qui ne met pas en oeuvre les moyens nécessaires pour assurer une justice correcte est un pays en perdition. C'est gravissime ce qui est en train de se passer."  

Un système de non-remplacement organisé  

Deux avocats montois invitent leurs confrères qui assument la tâche de juge suppléant à démissionner pour mettre la pression sur le politique et même si pour certains avocats, cette mission de magistrat suppléant leur permet aussi de s'assurer une visibilité. Me Philippe Malice n'hésite pas à parler de "non-remplacements systématiques et organisés." A force de compenser le manque de juges titulaires poursuit l'avocat, "on donne non seulement une mauvaise image aux justiciables. Un avocat est un avocat et pas un juge. Et puis on donner l'image d'une justice qui fonctionne tout de même mais à quel prix. Trop, c'est trop." L'avocat qui est juge suppléant à la Justice de Paix d'Enghien et de Lens en profite aussi pour dénoncer la fermeture de nombreuses juridictions de proximité. Avec des situations où les justiciables renoncent à se présenter à des audiences dans des lieux trop éloignés pour eux ou d'autres qui doivent mener un véritable parcours du combattant pour arriver "jusqu'à la justice".        

Un cortège funèbre pour enterrer la justice accessible à tous

A Mons, les audiences s'arrêteront à 11H30 ce mercredi matin et un cortège funèbre sera organisé entre l'ancien palais de Justice et les nouveaux bâtiments qui accueillent notamment la Cour d'Assises. Magistrats, avocats, greffiers...tous ensemble pour dénoncer le sous-financement chronique de la justice, le manque d'effectifs, réclamer aussi la réduction de la TVA sur les honoraires des avocats pour que la justice reste accessible à tous. Me Nicolas Alaimo, avocat au barreau  de Mons, insiste : "c'est l'ensemble du personnel de la justice qui se sent abandonné par le monde politique et son non-respect du service public en général. Le problème est tellement structurel, il impacte tellement la démocratie et le justiciable qu'on dénonce cette situation de plus en plus ingérable. La justice est plus qu'en danger, elle est à l'agonie." Deux mois avant les élections, le monde de la justice attend des engagements et une réponse très ferme des politiques.

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