Mons: des vignes sur un site inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco

"Il y a 17.000 pieds de vignes, à arroser manuellement. Ça prend neuf jours…L’expression qui se dessine sur le visage de Laurianne Lejour se situe quelque part entre le sourire et le rictus. Et pourtant, la viticultrice avance, lentement, sans broncher, chaque bras armé d'un tuyau d’arrosage. Elle donne à ces milliers de petites pousses de quoi résister à la trentaine de degrés qui s’abattent depuis plusieurs jours sur la région montoise. Avec l'espoir d'en tirer un jour de pétillants Chardonnay, Pinot noir et Pinot Meunier.

Si la tâche semble pharaonique, la terre travaillée, elle, est bien néolithique : le sous-sol de Nouvelles (Mons) abrite les centres d’extraction minière de Spiennes, les plus vastes et les plus anciens d’Europe. Un site inscrit sur la liste du patrimoine mondial par l’Unesco. "On a dû adapter nos pratiques culturales, en discuter avec les archéologues du site. Ils ont accepté le projet rapidement, à condition qu’au préalable, on fouille le sol pour être certains de ne pas planter sur des vestiges importants".

Protéger le sous-sol, mais aussi le voisinage. Tels étaient les objectifs initiaux de Laurianne Lejour et Vincent Busscher, à la base du projet. Pour cela, ils ont fait appel à une troisième tête pensante : le professeur Haissam Jijakli, spécialiste de la protection des plantes, qui nous vient de la faculté de Gembloux Agro-Bio-Tech. "Pour la vigne, il existe en Belgique environ 80 produits accessibles. Pour ce site, j'ai réduit cette liste à 40. Avec uniquement des produits qui ne présentent pas de toxicité et qui ne sont pas cancérogènes".

À l’arrière de son tracteur, Laurianne nous présente les vaporisateurs par lesquels sortent justement ces produits. De chaque côté, de grandes plaques de plastique blanc. En bas du système, une petite gouttière. "Ces parois empêchent les produits de se propager et ce système, en bas, permet ensuite de les réutiliser. On n'utilise que 20% des produits phytosanitaires habituellement vaporisés. Et les 80% restant ne sont pas disséminés dans l'environnement et dans l'air".

A terme, le vignoble sera aussi isolé grâce à une haie de deux mètres de haut, "avec des plantes de notre région pour favoriser la biodiversité locale, explique Haissam Jijakli. Ce sera une haie refuge pour de nombreuses espèces d'insecte. Tout à fait bénéfique".

Avec sa plantation "à l'alsacienne", c'est à dire moins dense que la normale, le vignoble de Nouvelles fait le pari de produire moins, mais de produire mieux. 

Il faudra attendre le résultat de la récolte 2019 pour savoir quand sortiront les premières cuvées.

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