Mons/Centre: moins de camions sur nos routes? Le train à la rescousse

Transport de marchandises
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Transport de marchandises - © Ludovic Caillere AFP

L'intercommunale IDEA lance "Planisfer", le premier "OFP" (opérateur ferroviaire de proximité). Objectif: des voyages plus rapides, moins chers, plus efficaces. C'est une première en Wallonie. Au plus les entreprises seront nombreuses à utiliser le train, au plus les trajets seront avantageux. Opération séduction, donc, pour convaincre un maximum d'industriels.

Ils sont une centaine à avoir reçu un carton d'invitation. Entre ving et ving-cinq chefs d'entreprises de la région ont assisté, ce jeudi soir, à une réunion d'information au sujet de "Planisfer". Jean-François Clarinval, directeur général de Bridgestone Aircraft à Frameries, est parmi eux. "J'ai toujours cru que le transport par camion était plus intéressant, pour les milliers de tonnes de pneus que nous avons à expédier. Mais si le train peut nous permettre de gagner quelques pourcents, sur les coûts logistiques, pourquoi pas?" Il nous donne un exemple concret. Envoyer un conteneur au port d'Anvers lui coûte pour l'instant 350 euros (aller-retour), en camion. "Faire moins, en train, tout en sachant qu'il y a les frais de traction du conteneur à prendre en compte...je demande à voir, vraiment!"

Luc Genot, le gestionnaire de Planisfer, explique aux entrepreneurs le fonctionnement du système. Son ambition, aussi. Redonner des couleurs au transport ferroviaire, qui représente à peine 5% du transport de marchandises. Jusqu'ici, les industriels "raccordés au rail" avaient très peu de latitude quant à l'organisation du fret. Il arrivait que des wagons citernes à destination du Havre prennent la direction d'Anvers, avant de descendre à Compiègne, puis seulement bifurquer vers leur destination finale. Résultat: parfois 7 jours ouvrables de délai! L'OFP (Opérateur Ferroviaire de Proximité), propose de jouer les intermédiaires. Assurer des missions très diverses, allant de l'entretien des citernes aux chargements des wagons, en passant pas la "mise en commun" des moyens. En clair: fini le chacun pour soi. Exemple: Yara (Tertre) envoie 10 wagons au Havre. Il reste de la place. On rajoute 2 wagons de l'entreprise Ineos (Feluy). "En somme, c'est du covoiturage, sur le rail", conclut Luc Genot.

S'engager en connaissance de cause

Pour l'instant, le "covoiturage" n'est pas encore mis en œuvre. Il faut des candidats! "Ce que nous proposons aux entreprises, c'est de faire le test. Nous donner leurs attentes, les tonnages qu'elles doivent transporter, les destinations qui les intéressent, les délais etc. En décembre, nous allons les recevoir avec des simulations. Nous allons leur dire: voilà ce que nous vous proposons. Voilà ce que vous allez gagner" Luc Genot est sur ce point plutôt sûr de lui. "On est au minimum à dix pourcents de gain, pour l'entreprise. Dans les dix pourcents moins cher, grâce au rail". L'organisation "pratico-pratique" des trajets sera confiée à Tri Vizor, leader mondial dans son secteur. Alex Van Breedam et son équipe vont tenter de rassembler un maximum de wagons, allant tous dans la même direction. Que ce soit Rotterdam, Milan, Le Havre ou l'Europe de l'Est..."Au plus on aura de volumes, au plus on pourra s'organiser et être flexible". Les entreprises devront parfois faire preuve, elles aussi, d'un peu de souplesse, "en acceptant par exemple un départ un jour plus tard ou un jour plus tôt, mais elles y gagneront au final!".

Dans la salle, les questions fusent et concernent surtout les coûts. Plusieurs entrepreneurs restent sceptiques, d'autant que les gestionnaires de Planisfer et Tri Vizor ne savent pas leur donner d'estimation concrète sur ce que va leur coûter l'envoi d'un wagon à tel ou tel endroit! On le sent, le camion a toujours le vent en poupe..."Mais n'oubliez pas que le transport routier, ce sont aussi les risques d'embouteillage! La fiabilité, la certitude d'arriver à l'heure chez un client, ça a un prix aussi!", répond Alex Van Breedam.

L'impact environnemental

Nous retrouvons Jean-François Clarinval, après la présentation. Intéressé à l'idée de diminuer les coûts de transport. Un autre élément a retenu son attention: "l'impact environnemental. L'emprunte écologique de la voie ferrée est environ 1/3 du transport routier. Or, le groupe Bridgestone a l'objectif de réduire de 20% ses émissions de carbone pour 2020. On est tous engagé dans cette démarche. Alors, le train, pourquoi pas?"

Pour l'instant, neuf industries (ou plateformes...) situées dans le "Cœur du Hainaut" sont connectées au rail. Il s'agit par exemple de Total, Ineos, Yara, Garocentre, NLMK...Pour élargir son horizon, Planisfer compte beaucoup sur la liaison ferroviaire entre Mons et Valenciennes. Il ne manque que 800 mètres de voies.

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