Mons : "Au lieu de déboulonner la statue de Léopold II, déconstruisons l'histoire coloniale"

Théo Mundele a 67 ans. Jean-Paul II Foki, 36. Deux générations et deux origines différentes pour ces Belges natifs du Congo et du Cameroun qui vivent dans la région montoise. Le premier a longtemps été plus modéré face à la question coloniale et aux traces qu’il a laissées dans le paysage, comme cette statue de Léopold II située près de l’église Sainte-Elisabeth, au centre-ville : "Nos enfants et nos petits-enfants nous reprochent qu’on n’a rien fait".

Le second était plus bouillonnant il y a quelques années à la vue de la barbe du second roi des Belges : "J’étais offusqué, en colère. J’avais subi du racisme et selon moi, ces monuments représentaient la discrimination et devaient disparaître de l’espace public. Mais ensuite, j’ai essayé de prendre du recul et de voir qu’il y avait d’autres choses derrière ces symboles. Léopold II, c’est une figure emblématique de la Belgique qu’on ne peut pas effacer comme ça".

"Les blessures sont des deux côtés"

Informer sur le passé colonial pour mieux lutter contre le racisme, c’est l’objectif de la plateforme Décolonisation des esprits et de l’espace public qui regroupe plusieurs associations. Théo Mundele et Jean-Paul II Foki en font partie. Cette structure s’est mise en place suite à une polémique autour d’une plaque rendant hommage aux colons belges, dans le hall de l’hôtel de ville de Mons et la pose d’une autre plaque commémorative, de l’indépendance du Congo, cette fois. "Via la plateforme, on veut conscientiser les uns et les autres, aussi bien les Africains que les Européens. Parce que dans cette histoire, les blessures sont des deux côtés. Les deux peuples ont subi la propagande coloniale."

Un discours à déconstruire au fil d’ateliers avec des afro-descendants de deuxième et troisième générations. "On leur apprend leur histoire et leur préhistoire pour bien leur montrer que l’Afrique a bel et bien existé avant l’arrivée des colonisateurs et avant l’esclavage". Des rencontres multiculturelles sont ensuite organisées. "On y parle de ce qu’on peut faire pour améliorer le vivre-ensemble. Des experts viennent nous éclairer lors de notre vendredi décolonial".

"Parler de ce qui fait mal"

Et une fois qu’on a affiné son jugement sur ces questions sensibles de l’histoire, qu’est-ce qu’on fait avec Léopold II et les autres vestiges des colonies ? "Les statues sont dans un espace public, explique Théo-le-sage. Et cet espace appartient aux citoyens. Il faut donc s’en remettre à eux. Et pour qu’ils puissent prendre une décision, il faut qu’ils soient totalement informés".

Jean-Paul-le-fougueux aurait bien fait manger de l’herbe à Léopold à une époque, mais il en est revenu : "Détruire les statues ne résoudrait rien. Ce qu’il faut, c’est parler. Parler de ce qui fait mal. Et conscientiser les nouvelles générations par l’école notamment sur ce que fut la colonisation, la construction de l’État belge et les exactions commises. Au lieu de déboulonner la statue de Léopold II, déconstruisons l'histoire coloniale. Statue ou pas statue, il faut expliquer ce que la Belgique a fait et continue à faire".

Zoos humains et appel à témoignages

L’information passera aussi par une exposition sur les zoos humains et plusieurs événements dans son sillage, du 28 octobre au 12 novembre 2021, accueillie à Mons par la plateforme associative. Le Mons Memorial Museum planche, lui, sur une autre expo, en mai 2022, sur ces questions de mémoires coloniales. Au départ d’un colloque sur la colonisation et la décolonisation qui se termine ce vendredi, le musée lance un appel à témoignages dans la région de Mons. L’équipe est à la recherche de récits d’afro-descendants, anciens colons, humanitaires ou simples voyageurs. Envoyez un mail ou téléphonez au 065/40.53.21.

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