"Made in Chez Nous" : rencontre avec les illusionnistes de "Dirty Monitor"

Cet automne, la RTBF met à l’honneur des champions économiques belges. Dans notre série "Made in Chez Nous", découvrez des entreprises parfois méconnues et qui pourtant cartonnent à l’international. L’occasion de revenir sur de belles success story bien de chez nous mais aussi de voir comment ces sociétés très actives à l’étranger font face à la crise économique née de la pandémie du Coronavirus.

Cette semaine, la rédaction a rencontré les employés et dirigeants de "Dirty Monitor", une société basée à Charleroi, devenue en quelques années une référence en matière de "video mapping", une discipline qui allie projection 3D et musique épique pour créer des shows uniques tout autour du monde.  

Portée internationale

Exposition universelle au Kazakhstan, festival international du cinéma de Pékin, inauguration du nouveau centre culturel royal du Koweït, festival du vin à Bordeaux ou encore expositions immersives Vincent Van Gogh et Claude Monet : les créations de "Dirty Monitor" sont visibles dans  de nombreux pays et la petite entreprise carolo peut aujourd’hui se vanter d’avoir l’un des meilleurs portfolio en matière de videomapping au monde.

"À l’international, on se place dans un groupe de tête avec des sociétés canadiennes, françaises ou anglaises qui sont nos principaux concurrents sur les gros marchés mais après chacun a un peu sa "touch" et c’est aussi en fonction du feeling du client. Ce n’est pas qu’une compétition commerciale je dirais, c’est aussi une question d’affinité avec l’univers et les choses que l’on propose de faire", résume Orphée Cataldo, le CEO et directeur artistique de "Dirty Monitor".

De Charleroi... à la conquête du monde

Un beau parcours pour ce qui était à l’origine un simple collectif d’artistes, actif tout d’abord dans le petit monde de la nuit belge pour ensuite devenir l’un des précurseurs du "video mapping" en Belgique, au milieu des années 2000. Quinze ans après sa création la société avoisine les deux millions d’euros de chiffre d’affaire et continue à inscrire en grand "belge" et "carolo" sur sa carte de visite : "On a cette inspiration, on véhicule cette identité belge et même plus spécifiquement carolo, avec un côté industriel. On est à la base un collectif d’artistes et vraiment on met toujours en avant ce côté artistique. On n’est pas juste dans le "storytelling" classique, on essaie d’interpréter les sujets et donc je dirais que c’est ce qui nous différencie de nos concurrents qui du coup n’en sont pas vraiment " continue Orphée Cataldo.

Installée dans les bâtiments du Quai 10 (un lieu culturel en bord de Sambre dédié au cinéma et aux nouvelles technologies) depuis quelques années, l’équipe de créatifs baigne donc toujours dans cette ambiance "post-industrielle".

Les vestiges des anciens champions économiques de la région sont visibles au loin depuis les fenêtres des bureaux, comme l’imposante structure de l’ancien haut-fourneau n°4 de Marcinelle.

Même si évidemment les techniciens et artistes qui y travaillent ont surtout les yeux rivés sur leurs écrans d’ordinateurs, comme Benjamin Leblanc, un jeune graphiste qui collabore avec "Dirty Monitor" depuis deux ans environ : "C’est une boite qui est mondialement connue, donc ça fait bien sur le CV" dit-il avec un sourire. "C’est motivant. On n’est pas une très grosse équipe donc on se connait tous, on sait quelles sont les forces des uns et des autres. Il y a une chouette communication entre les artistes et du coup j’ai beaucoup appris grâce à ça aussi " nous confie-t-il.

Nouveaux défis

Benjamin met la dernière main à un projet immersif consacré à un DJ français qui doit être prochainement présenté à Montréal, au Canada. Cependant, il sait aussi que la suite de sa collaboration avec "Dirty Monitor" est incertaine : ici, la plupart des artistes sont des indépendants et la liste des projets sur lesquels travailler a considérablement rétréci depuis quelques mois.

La crise du Coronavirus est passée par-là, heurtant de plein fouet l’entreprise carolo dépendante des demandes du secteur événementiel aux niveaux belges et mondial : "à l’annonce du COVID et du confinement on a eu un gros ralentissement dans nos affaires " concède Arnaud Meulemeester, "Business developper" chez Dirty Monitor et à ce titre chargé des contacts avec les clients à l’international.


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"On a pu terminer certains projets qui étaient en cours (…) mais il y a toute une série de très gros événements pour lesquels on avait remis des projets, notamment la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Pékin, l’exposition universelle de Dubaï, l’inauguration du nouveau grand musée égyptien au pied des pyramides… tout ces projets sont pour le moment en "stand-by", il n’y a aucune décision qui est prise pour le moment", constate-t-il. Un coup dur pour une société dont septante pour-cent du chiffre d’affaire provenait avant la crise des gros contrats à l’international.

Un coup dur mais pas forcément non plus un coup d’arrêt total. Depuis leurs tout débuts, les acolytes de " Dirty Monitor " ont dû constamment inventer et innover pour s’adapter aux demandes du secteur événementiel mondial.

Alors ici, dans l’attente d’un retour à la normale, on parie sur l’existence d’espaces insoupçonnés pour créer des expériences visuelles et sonores à destination du grand public : "on a beaucoup de demandes actuelles pour tout ce qui est réalité virtuelle notamment, également pour des événements qui devait se faire devant un public mais qui seront sans doute retransmis uniquement à la télévision. C’est cette capacité d’adaptation qui nous permet de tirer notre épingle du jeu dans ce contexte difficile" veut croire Arnaud Meulemeester. "C’est notre force, c’est quelque chose qu’on aime faire" abonde Orphée Cataldo. "On aime développer de nouvelles techniques, on est toujours à la recherche d’une manière originale de pouvoir montrer les choses, de pouvoir raconter les histoires sur des supports qui peuvent changer. C’est une volonté et c’est un plaisir qu’on se fait depuis le début" conclut-t-il.

Le show grand public post-coronavirus reste sans doute à inventer mais nul doute qu'en la matière l’équipe de "Dirty Monitor" a une longueur d'avance et que sa patte "belgo-carolo" reste une belle carte de visite à l'international.

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