Les maisons sur sol argileux s'affaissent à cause de la sécheresse

Les maisons construites sur de l’argile s’affaissent les unes après les autres. Le phénomène est de plus en plus courant chez nous. En cause : la sécheresse qui s’est remarquablement accrue au cours de ces trois dernières années.


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Des fissures partout dans la maison

Orlando Laï, habitant de Strépy-Braquegnies, s’est levé un matin en se rendant compte qu’il ne pouvait plus ouvrir le volet de son salon. Les châssis ont bougé et de nombreux murs se sont fissurés : sa maison s’est affaissée. Cela fait deux ans que ce volet est perpétuellement fermé mais ce n’est qu’aujourd’hui que les travaux commencent enfin.

50 000 euros à débourser  

Durant ces deux dernières années, Orlando et son épouse se sont lancés dans une lutte de longue haleine pour obtenir une indemnisation de la part de leur assurance. Ils ont finalement eu gain de cause mais ils font partie des plus chanceux.  

Si l’assurance n’était pas intervenue, cela m’aurait coûté 50 000 euros!” déplore Orlando. “Je suis retraité et n’ai qu’une pension d’ouvrier. Si j’avais dû payer cette somme, moi et mon épouse aurions dû passer le reste de notre vie comme des misérables, sans pouvoir nous payer un t-shirt ou une paire de chaussures” 

Orlando a dû faire appel à une batterie d’experts pour finalement être indemnisé. “Les experts envoyés par les assurances nous intimidaient et invoquaient des raisons plus farfelues les unes que les autres pour ne pas devoir payer. Or, il n'y a pas de doutes, ces fissures sont bien une conséquence de la sécheresse !”

Indemnisation : un combat de longue haleine 

La loi “catastrophes naturelles” prévoit en effet une indemnisation pour “le glissement ou affaissement de terrain, à savoir un mouvement dû en tout ou en partie à un phénomène naturel (…), d’une masse importante de terrain qui détruit ou endommage des biens”.  

Selon Cécile Havron, responsable du département géotechnique à l’INISMA (Institut Interuniversitaire des Silicates, Sols et Matériaux), l'origine des affaissements est bien naturelle : il s’agit du réchauffement climatique.  

Mais certaines assurances jouent sur les mots. Jean-Jacques a déboursé 40.000 euros pour réparer sa maison fissurée à Sirault. Son assurance refuse de l’indemniser, sous prétexte qu’il ne s’agit pas d’un affaissement mais d’un tassement de terrain. “Tout le monde estime qu’affaissement et tassement signifient la même chose, sauf les assureurs” ironise Jean-Jacques.  

En France, les fissures pour cause de sécheresse sont devenues la deuxième cause d’indemnisation “catastrophes naturelles” après les inondations. On comprend donc pourquoi les assurances tentent à tout prix de contourner les remboursements.  

Un phénomène en expansion 

Jusqu’à présent, l’alternance entre pluie et beau temps permettait de garder un certain équilibre dans les sols argileuxMais les canicules et sécheresses à répétition privent presque totalement l’argile d’eau pendant de longues périodes. Conséquence : elle se rétracte et le sol s’affaisse. 

Le problème est étudié depuis plusieurs années à l’INISMa (Institut Interuniversitaire des Silicates, Sols et Matériaux). On y a observé, pour la première fois depuis vingt ans, que trois années consécutives (2017, 2018 et 2019) ont atteint un pic de sécheresse. C’est ce qui explique l’explosion du nombre de cas depuis 2016.  

Cette augmentation, Pierre Lecocq l’a lui-aussi remarquée. A la tête d’une entreprise spécialisée dans le redressement des bâtiments affaissés, il a observé une augmentation de son chiffre d’affaires de presque 50% en trois ans.  

Des risques non-négligeables 

Le phénomène ne semble donc pas près de s’arrêter. De nombreux propriétaires sont concernés, mais certains renoncent aux travaux, faute d’argent pour pouvoir les payer. Pourtant, ces fissures peuvent s’avérer dangereuses, et provoquer des risques d’effondrement.  

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