Les caméras de surveillance: outil efficace ou trompe-l'œil sécuritaire?

Marc Garin, le chef de la police de Mons et Sylvie scrutent les écrans de surveillance
Marc Garin, le chef de la police de Mons et Sylvie scrutent les écrans de surveillance - © RTBF - Montero

Nos communes investissent de plus en plus dans la vidéosurveillance. Le Hainaut n'échappe pas au phénomène. A Mons, 10 nouvelles caméras vont prochainement être installées pour atteindre un total de 28. La Ville de Tournai compte de son côté plus de 70 caméras depuis le mois de juin. Un dispositif qui a un coût : 1.200.000 euros pour le budget tournaisien. Mais pour quelle efficacité? 

Un bourgmestre convaincu 

A Tournai, les caméras de surveillance ont déjà permis de résoudre des enquêtes et même d'empêcher des malfaiteurs de passer à l'action. "Récemment, un policier regardait les écrans. Il a vu une série d'agissements suspects rue Saint-Martin. Ça a conduit à l'interpellation de plusieurs personnes qui préparaient un vol, explique le bourgmestre Paul-Olivier Delannois (PS). Autre exemple lors du carnaval, quelqu'un est venu déposer plainte suite à un vol. Grâce à ses renseignements précis, on a pu retrouver les voleurs en consultant la vidéosurveillance." 

Pour l'instant, les 70 caméras de la ville de Tournai ne sont pas visualisées par une équipe en temps réel. Les images sont la plupart du temps consultées lorsqu'un fait est dénoncé. Le maïeur tournaisien est en tout cas convaincu de l'efficacité du dispositif. "Pour moi la sécurité, ce n'est pas quelque chose de droite ou de gauche. N'importe quel citoyen a droit à une sécurité. Si ça doit passer par les caméras, on y passera". 

"Les caméras ? Un slogan politique !"

Le chercheur français au CNRS (centre national de la recherche scientifique), Laurent Mucchielli est lui un peu moins convaincu. Il vient de sortir un livre: "Vous êtes filmés" dans lequel il a analysé la situation dans trois villes françaises qui utilisent les caméras de surveillance. Avec en toile de fond une question: la vidéosurveillance, protège-t-elle réellement le citoyen ? 

Sa conclusion est sans appel. Pour lui, les caméras ne sont rien d'autres qu'un slogan politique. "Les caméras n'empêchent par exemple pas le terrorisme. Prenez Nice. Cette ville compte 2.000 caméras. Ça coûte 17 millions d'euros par an. Et malgré ce système, l'attentat du 14 juillet 2016 n'a pas pu être déjoué alors même que le camion était interdit de circulation sur la promenade des Anglais. Il est prouvé qu'un agent ne peut pas se concentrer derrière un écran plus de 20 minutes."

1 à 3% des cas rencontrés sont résolus grâce à la vidéosurveillance

Difficile en effet de prévenir un meurtre ou un attentat comme dans le film "Minority report". Mais résoudre un crime, en retraçant le parcours d'un individu par l'intermédiaire des caméras, ça doit sans doute être faisable. Là encore, Laurent Mucchielli nuance: "C'est possible mais le nombre de cas résolus grâce aux vidéos est nettement inférieur à l'investissement. J'ai compté: seul 1 à 3% des cas rencontrés sont résolus grâce à la vidéosurveillance."

Le chercheur du CNRS va même plus loin. Pour lui, les caméras de surveillance riment avec inefficacité: "C'est un énorme business. Ça permet à nos dirigeants de faire de la politique sur le bon vieux thème: votez pour moi, je vous protégerai. Et ça fonctionne car de manière générale, les gens ont une confiance absolue envers les nouvelles technologies. Mais rien ne vaut un policier de terrain."

"Une aide précieuse pour la police"

Marc Garin, le chef de corps de la police Mons-Quévy, ne contredira pas le chercheur sur ce point. "Je suis d'accord, rien ne vaut le policier qui occupe le terrain et qui l'occupe par sa capacité à voir, à contrôler, à entendre, à rassurer aussi les gens par sa présence sur le terrain. Le tout à la caméra, je n'y crois pas."

Mais celui qui a été l'un des premiers à demander des caméras de surveillance dans le centre-ville trouve l'outil plutôt utile. "Ces caméras peuvent nous aider dans nos missions sur le terrain, reprend-il. Dans le cas où une manifestation dégénère, on peut mieux guider nos équipes grâce à la vidéo. On peut aussi mieux verbaliser des comportements inciviques. Constater des problèmes de circulation"

Marc Garin préfère voir la caméra comme un outil au service du policier plutôt que comme une machine uniquement sécuritaire. 

Nouvelle législation sur les caméras de surveillance (JT 22/07/2016)

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK