Le chantier Rive Gauche à Charleroi: "Ce n'est pas le chantier de la honte"

Pas un jour ne passe sans qu'on ne connaisse un nouvel épisode sur cet imposant chantier à Charleroi.

Tout commence le 14 avril lorsque des travailleurs égyptiens protestent en montant au sommet d'une grue, car il n'étaient plus payés. Ensuite, ce sont des dizaines de travailleurs qui ont arrêté le travail pour les mêmes raisons. Et puis cette semaine, nous avons appris qu'un ouvrier kosovar, avait été gravement blessé sur le chantier. Soigné au Grand Hôpital de Charleroi, il ne bénéficie pas de couverture sociale.

Chaque jour, de nouvelles questions se posent. Qui est responsable? Comment expliquer une telle situation? Est-ce que ces travailleurs vont retrouver leurs droits, être payés, être traités décemment?

Nous avons rencontré, Charles-Eric Clesse, Auditeur du travail à Charleroi. Il enquête sur ce dossier et est intervenu sur place à plusieurs reprises ces derniers jours.

Quelle est la situation réelle sur ce chantier ?

"C'est un chantier imposant. Le problème qui a été porté à notre connaissance était qu'un certain nombre d'ouvriers n'étaient plus payés depuis un certain temps. Certains ouvriers n'ont plus été payés depuis plusieurs mois, d'autres depuis 6 mois. La masse salariale due pour ces 70 à 80 travailleurs s'élève à 600 000 euros.

C'est une somme énorme et c'est notamment en cela que c'est un dossier exceptionnel. C'est une société italienne, EDIL B&G qui est en cause ici. Elle a contracté avec la société Valens-Duchene qui réalise l'ensemble des travaux sur le chantier Rive Gauche.  EDIL B&G est donc un sous-traitant italien de Valens Duchêne. Au départ, ce sont huit ouvriers égyptiens qui ont menacé de ne plus descendre d'une grue, s'ils ne touchaient pas leur argent. Là aussi, les sommes étaient importantes, entre 10 000 et 20 000 euros. Ces hommes ne pouvaient plus vivre dignement, car ils n’étaient pas payés, ne pouvaient plus payer leur loyer, ni se nourrir encore moins aider leurs familles".

C'est la première fois que je vois une situation aussi dramatique au niveau de la non-rémunération

Est ce que ce chantier peut être qualifié de chantier de la honte ?

"Non, pas du tout, ce n'est pas le chantier de la honte. Valens Duchêne qui a décroché ce chantier et qui a passé un contrat avec le sous-traitant EDIL B&G , fait des efforts importants pour tenter de suppléer les obligations non respectées de l’entreprise italienne à l'égard de ces travailleurs dans la difficulté.

Mais il faut reconnaître que c'est un chantier qui pose question et à titre personnel, c'est la première fois que je vois une situation aussi dramatique au niveau de la non-rémunération des prestations des travailleurs et des montants engagés. Il y a, je le rappelle plus d’un demi-million d’euros non payés. Ça, c’est exceptionnel et ce qui est rare aussi c'est le nombre de travailleurs concernés, entre 70 et 80, autant de personnes qui ont bloqué le chantier pour protester.

Valens Duchêne essaye donc de régler les choses, mais on voit là toute la difficulté de traiter, de sous-traiter avec des entreprises étrangères sur lesquelles on a pas la main, ou peu de connaissances de leur réalité dans leur propre pays".

On se trouve devant un cas complexe de sous-traitance en cascade

Comment en est-on arrivé là ?

"Ce dossier pose tout le problème de la sous-traitance en cascade dans la mesure où le maître d'ouvrage contracte avec une société italienne qui elle-même a recours à une série de sous-traitants. Quand on se trouve devant un cas complexe de sous-traitance en cascade, on sait que les derniers maillons sont souvent faibles et payent souvent mal les travailleurs. On sait que le bénéfice que retirent ces sociétés n’est plus suffisant pour payer correctement les travailleurs".

Est ce qu'une solution sera trouvée pour les 70 à 80 ouvriers qui attendant toujours leur argent?

"600 000 euros sont dus et ne sont pas contestés. Valens Duchene, en urgence a libéré sur leurs 5% de réserve la somme de 100.000 euros pour payer les travailleurs égyptiens. 200 000 euros viennent d'être versés par   EDIL B&G  en Italie pour payer une partie du montant dû aux travailleurs. Il reste encore 200.000 euros non contestés par les italiens. Mais là, je suis pessimiste car il ne semble possible qu’ils nous fournissent une garantie bancaire, ce qui semble nous indiquer qu’il y a un gros problème au niveau des liquidités et des banques de leur côté. Les derniers euros, je le crains, ne seront sans doute jamais payés aux ouvriers .

Par ailleurs, Valens Duchêne avance d'autres propositions , à savoir proposer un contrat à durée déterminée aux travailleurs qui souhaitent passer sous sa direction. C'est un geste important qui doit être mentionné car il devrait permettre d'améliorer le bien être et les conditions de travail des ouvriers".

Comment va évoluer l'enquête?

"Les informations qu’on doit récolter seront difficiles à obtenir, ce sera long. Il faut passer par l’ONSS belge pour obtenir les informations d’Italie, sur les remunérations, l’établissement des contrats , la couverture sociale des travailleurs, etc . Cela prendra du temps".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK