"La toxicomanie, j'en suis sorti. Et je me sens prêt à aider les autres"

"La toxicomanie, j'en suis sorti. Et je me sens prêt à aider les autres"
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"La toxicomanie, j'en suis sorti. Et je me sens prêt à aider les autres" - © Tous droits réservés

Pierre Faignoy est "pair-aidant". Cet habitant d’Estinnes-au-Mont a connu de graves problèmes de dépendance et met aujourd’hui son expérience à profit pour écouter, conseiller, bref : jouer les "traits d’union" entre des personnes victimes d’assuétudes et des structures qui peuvent les aider. En région wallonne, des formations en "pair-aidance" existent, mais les personnes diplômées peinent encore à être reconnues pour leur travail et l’aide qu’elles peuvent apporter.

Je me suis dit : un jour, je reviendrai

Pierre Faignoy a connu une terrible descente aux enfers : 14 ans de consommations diverses et variées. "J’ai touché un peu à tout ce qui passait. Héroïne, cocaïne, méthadone". Il connaît aussi ces réveils difficiles, "où on se dit 'je suis encore là', alors qu’on voudrait ne plus l’être". Pendant des années, il sombre et se coupe du reste du monde. "Mes amis, ma famille… J’ai tout perdu". Un jour, à 33 ans, l’horizon s’ouvre à nouveau. "Je sors d’une cure, dans un centre de Berchem-Sainte-Agathe. Je mets la main sur la poignée de la porte. Et là, je me dis que je reviendrai. Mais cette fois pour aider les autres".

Pierre se sent définitivement tiré d’affaire, "j’avais compris énormément de choses sur le rétablissement, les dépendances : j’avais des clés en main, des outils pour me reconstruire". Des années passent, au cours desquelles il retrouve du travail. "J’ai eu des emplois très confortables, dans la vente, le merchandising, des secteurs qui payaient bien". Il fonde une famille, devient papa d’une petite fille, retrouve des activités, une vie normale. "Un jour, un ami qui travaille dans un hôpital voit passer un mail, qui annonce une formation à la pair-aidance, à l’UMons. Il m’en parle. Je décide de tout quitter pour suivre cette formation".

La formation se déroule aux départements "Sciences de la Famille". Elle n’est pas ouverte qu’aux anciens toxicomanes. "On y croise des participants aux vécus très différents", raconte Pierre. "Certains ont connu des problèmes de santé mentale, schizophrénie, grande dépression, bipolarité. Parfois ils en souffrent encore, mais savent vivre avec, ils ont appris à les stabiliser. Il y a des personnes qui ont souffert de différentes addictions, d’autres ont connu le sans-abrisme, la grande précarité également… Et parfois tout cela se recoupe, des personnes sans abri ont été addict, etc.". La formation fournit des guides, nous explique Pierre. "Moi qui venais du merchandising, je ne savais pas ce que c’était réellement de travailler dans le social. On rencontre des éducateurs, des psychologues, des assistants sociaux…On fait des stages, on se construit un projet professionnel, on voit où on a envie de travailler aussi…"

 

Mais se faire engager comme pair-aidant… C’est compliqué, "surtout en Wallonie !", s’exclame Pierre Faignoy. "Au sud du pays, tous les pair-aidants sont bénévoles. Il y en a par exemple à Namur, à Liège, mais personne n’est rémunéré. A Bruxelles et en Flandre, c’est différent. Certains sont employés dans des structures. A l’étranger, c’est encore beaucoup plus fréquent. A New York, par exemple, les pair-aidants sont intégrés depuis longtemps dans les équipes qui vont à la rencontre des sans-abri".

"Tu ne peux pas comprendre, tu ne sais pas ce que je ressens"

Pierre Faignoy et d’autres pair-aidants se battent pour faire reconnaître leur mission et leur utilité. "Grâce à notre vécu, nous pensons être vraiment capables de faire sauter des barrières de communication. Quand je rencontre des travailleurs sociaux, souvent ils me disent 'oui, c’est vrai, à un moment, les personnes en difficulté nous disent 'tu ne peux pas comprendre ce que je vis', et ça s’arrête là. En tant que pair-aidant on connaît les problèmes traversés par les gens. Et on leur apporte de l’espoir. Moi j’ai connu beaucoup de difficultés, je suis reparti de zéro. Et pourtant, je m’en suis sorti. Savoir ça, ça peut donner beaucoup d’espoir à quelqu’un qui est au fond du trou".

A la sortie de sa formation, Pierre a rejoint l’asbl "En route". "Elle est basée à Bruxelles. Avec un autre pair-aidant, nous avons proposé de créer une antenne, en Wallonie, pour fédérer les pair-aidants de Liège, Namur et ailleurs".

L’asbl peut être contactée, via sa page Facebook (Pair-Aidance En route Wallonie-Bruxelles). "Des gens sont parfois gênés de se présenter chez un docteur, dans un centre de soins, un hôpital. Via En Route, c’est discret, anonyme, on est tenu au secret professionnel et on peut discuter, donner des conseils, très facilement." Pierre pense aussi aux proches des personnes tombées dans la dépendance, ou sujettes à des problèmes de santé mentale. "Je sais combien la famille peut souffrir, combien cela peut être pesant pour les proches, je pense qu’ils doivent être soutenus et conseillés. On est aussi là pour eux".

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