La discrimination au logement touche aussi les étudiants

Le marché des kots privée en proie à la discrimination de certain proprétaires
Le marché des kots privée en proie à la discrimination de certain proprétaires - © Martin Caulier

La discrimination au logement en augmentation, c'est le constat que dresse le Centre interfédéral pour l'égalité des chances. L'année dernière, le Centre a observé une augmentation de 35% des plaintes dans ce domaine. Des plaintes qui concernent tous les âges et toutes les nationalités.

Michel est camerounais. Cela fait maintenant quatre ans qu'il habite en Belgique dans sa famille d'accueil. Il étudie à la Faculté Polytechnique de Mons. Cette année, il avait décidé de prendre son indépendance en louant un kot mais rien ne s'est passé comme prévu. Après plusieurs coups de téléphone et de nombreux refus, il avait demandé l'aide de ses parents d'accueil. Grâce à eux, il avait finalement décroché une visite pour un kot dans le centre de Mons. Mais, à peine arrivé au rendez-vous, les questions du propriétaire se font intrusives. "Quand je suis arrivé, il m'a regardé l'air surpris. Il m'a demandé qui j'étais. Je lui ai répondu que je venais de la part de mes parents d'accueil qui avaient programmé la visite. Il m'a dit qu'il avait d'abord besoin de savoir qui j'étais pour eux. Il m'a demandé ma carte d'identité, les papiers qui prouvent que c'est bien ma famille d'accueil, les papiers de l'adoption,...", raconte Michel. "Je n'avais jamais eu à fournir de tels documents pour louer un kot. J'étais vraiment très choqué". A quelques semaines de la rentrée académique, le kot est de nouveau remis à la location.

Une discrimination généralisée

Michel est loin d'être le seul dans le cas. Mouhamed Sder travaille pour le Relais Social de Mons. Il est "capteur logement". Son rôle consiste à venir en aide aux personnes victimes de discrimination et à les aider dans leurs recherches de logement. Selon lui, la discrimination a plusieurs visages. "Quelque fois c'est un petit accent, la couleur de peau ou parfois même l'orientation sexuelle qui dérange. D'autres fois, c'est au niveau des revenus. Il se peut que la personne perçoive un revenu soit du CPAS soit un revenu de remplacement ou le chômage et une fois qu'on parle de ça au propriétaire, il prend peur et directement c'est le refus".

Pour beaucoup d'étudiants étrangers, le refus se fait déjà au téléphone. Johann est camerounais et est venu finir son Master de sciences de gestion à la Faculté Warocqué. Il cherche un kot depuis près de de deux mois. Pour l'instant, la chance ne lui a toujours pas souri. "Quand on voit la personne, c'est un peu plus difficile d'avoir du racisme frontal. C'est un peu plus sophistiqué maintenant. C'est du style "Non monsieur, désolé, le local est loué" donc la personne essaye de toujours rester courtoise mais tout en vous refusant son local".

Que dit la loi?

90% des plaintes enregistrées par le Centre interfédéral pour l'égalité des chances concernent le secteur privé. Il faut dire que la législation reste majoritairement du côté du propriétaire étant donné la nature privée du bien. Le propriétaire a donc le droit de louer son bien à qui il veut. Cependant, la loi belge condamne les cas de discrimination depuis 1983. Le 5 mai dernier, le Tribunal de première Instance de Namur en a d'ailleurs condamné un propriétaire originaire de Fosses-la-Ville. Pour louer son bien, il exigeait de ses locataires qu'ils soient munis d'un CDI et qu'ils bénéficient d'un seuil minimum de revenus. Il s'agit ici clairement de discrimination sur base de la fortune.

Pour Michel et Johann, la discrimination est d'un autre type mais le résultat reste final le même. "Beaucoup, beaucoup, beaucoup de mes amis sont confrontés au même problème. Mais ils ont intégré ça à leur manière de vivre. Ils se disent que c'est normal. Du coup, ils ne témoignent plus; ils se disent que ça ne sert à rien". Une attitude qui se traduit dans le chiffres du Centre interfédéral pour l'égalité des chances. En 2014, les plaintes concernant la discrimination représentaient 10% du total des plaintes reçues. 155 dossiers sur 1600. Cela peut paraître peu ou peut-être est-ce la preuve qu'aujourd'hui encore, beaucoup de victimes n'osent pas témoigner.

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