La caravane des Rois Poètes : un projet qui rassemble

Les musiciens à l'étage du Palace
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Les musiciens à l'étage du Palace - © Charlotte LEgrand

Depuis la fin de l'été, un groupe d'artistes belges et marocains se voient régulièrement pour mettre au point un grand spectacle. Comédiens, marionnettistes, musiciens, artistes de cirque créent ensemble "La Caravane des Rois Poètes". Ils répètent "une fois chez l'un, une fois chez l'autre". Un projet riche de rencontres, pied de nez aux racistes de tout poil.

Les Marocains ont froid. "Chez moi, à Marrakech, en ce moment, il doit faire 20 degrés", nous dit l'un d'eux. Pas de chance, le planning des répétitions prévoit qu'ils répètent en Belgique, pour l'instant. C'est ainsi depuis la fin de l'été : des sessions en alternance, pour préparer la fameuse "Caravane des Rois Poètes", qui sillonnera les rues et places de Belgique et du Maroc.

Pourquoi ce nom? "Nous voulions un spectacle différent", explique Yves Coumans le metteur en scène (asbl Passeurs de rêves), "ni tout à fait une parade, ni un spectacle fixe: un spectacle en mouvement. Les gens vont pouvoir suivre, et se rassembler enfin sur la plus grande place de la ville. On y retrouvera un peu l'ambiance d'un marché du Moyen-âge, avec du théâtre de rue, des artistes de cirque, des bonimenteurs, des marionnettes, de la musique. Un peu de tout!"

Au centre de l'attention, sept marionnettes géantes. C'est un peu la spécialité d'Yves Coumans et des "passeurs de rêves", les marionnettes. "C'est vrai, nous avons déjà travaillé notamment pour Dragone, pour Luc Petit. Cette fois, les marionnettes seront encore plus grandes et leur forme tout à fait nouvelle". Tout est encore à l'état de prototype, dans les ateliers. "Mais imaginez vous de grandes madames, un peu fofolles, qui veulent danser, s'amuser...avec des costumes très originaux, des formes plantureuses à l'image de ces représentations de la femme, à la préhistoire". L'idée derrière tout cela, plus philosophique, est de représenter la "mère des mères". "Cette mère dont nous serions tous les enfants. Nous aurions tous une partie de l'ADN commun, grâce à elle. On dit qu'elle aurait vécu il y a 150 000 ans".

Tous enfants d'une même mère? Dans le spectacle, on veut y croire, et faire tomber les barrières. Dans la pratique, au cœur des répétitions, cela demande une certaine ouverture d'esprit! Quatre compagnies qui décident tout d'un coup de travailler ensemble, sans que l'une prenne le pas sur l'autre... c'est un défi de taille!

Prenons les musiciens. Ils sont six. Trois Belges, trois Marocains. Il a d'abord fallu faire connaissance. "On a commencé par se voir, Zakariae et moi. Je l'ai emmené à la Ducasse d'Ath par exemple, ou assister à des bands, voir des instruments de musique...", raconte Jean Jacques Renaut (Passeurs de rêves). "Puis on s'est mis dans une pièce à l'académie. Et on a dit 'on joue'. Quoi? 'ce qui sort'. Ça a constitué une base, mais désormais quatre musiciens nous ont rejoints. et ils sont là pour donner leurs idées aussi, pour casser des choses, recréer avec nous...et petit à petit ça devient une composition commune. il n'y a pas un groupe marocain, un groupe belge. C'est fini depuis longtemps, ça! Et c'est parfois plus facile de dire 'et trois et quatre on joue', plutôt que de créer ensemble". Les musiciens ont du surmonter un fameux écueil: dans la tradition marocaine, on n'utilise pas de partitions. "Hé non!, confirme Zakariae Heddouchi. Dès qu'on est tout petit, on apprend les rythmes en rue, on s'entraîne, c'est une tradition beaucoup plus orale!". Les Belges ont appris à se passer des partitions et leur petit côté 'rassurant'. Chaque morceau interprété par les six musiciens ne sera jamais tout à fait pareil... "Et le spectacle, dans son entièreté, n'aura jamais tout à fait la même forme", précise Yves Coumans.

C'est la huitième fois que Zakariae collabore à un projet international. Il adore ça, ces rencontres avec "l'Autre". "C'est toujours nourrissant, l'autre. On fait tomber la barrière de l'ignorance. On connaît l'autre parce qu'on travaille avec lui, on vit avec lui. J'ai toujours aimé ce type de collaborations. Pour moi, c'est fondamental, aussi pour la transmission aux jeunes. On ouvre des portes, on découvre l'autre et on vit avec".

Quatre compagnies collaborent sur ce projet, "Arts Nomades", "Passeurs de Rêves", "Eclats de lune" et "Théâtre Nomades".

Le spectacle "La Caravane des Rois poètes" sera joué pour la première fois à Ath le 25 mai 2017. A voir aussi aux Inattendues (début septembre à Tournai) ou lors des Antoniades (Flobecq, janvier 2018).

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