Assises du Hainaut: Ingrid Godart a requis la culpabilité de Steve Becker

Ingrid Godart, avocat général devant la cour d'assises du Hainaut, a requis, lundi, la culpabilité de Steve Becker accusé du meurtre d'Ali Akbar Chokr,  le 12 juillet 2014 sur la chaussée de l'Espérance à Quaregnon. Si Steve Becker n'est pas l'auteur du coup de feu mortel, il doit être considéré comme co-auteur du crime selon l'accusation car il était au volant de la Mercedes qui a bloqué la voiture de la victime, afin de permettre à son convoyeur de tirer en direction de sa tête.

L'avocat général a développé dix points qui prouveraient, selon elle, la culpabilité de l'accusé: le lieu de provenance de la Mercedes (la maison de Steve Becker), le proximité entre le lieu où les faits ont été commis et le domicile de Steve Becker (moins de 600 mètres) devant lequel s'est déroulé la première altercation, le temps extrêmement cours entre l'altercation et les coups de feu (moins d'une minute), la Mercedes grise de l'accusé emboite directement le pas à l'Opel Astra conduite par la victime, le reconnaissance formelle de cette Mercedes par un témoin anonyme, la caméra thermique de l'hélicoptère de la police qui confirme que la Mercedes de l'accusé a fonctionné entre 14h10 et 15h40 le jour des faits (les faits ont eu lieu vers 14h30), l'autocollant "Gitan Bikers" collé sur la voiture de l'accusé mais qui a disparu entre 18h10 et 21h (un élément compromettant selon l'accusation), l'analyse des résidus de tir, des débris de verre et des résidus de peinture. "Dix éléments qui vont vers la seule et même thèse: c'est le voiture de Steve Becker qui a été utilisée pour commettre le crime, bien qu'il nie les faits", a commenté Ingrid Godart. La présence de l'accusé dans l'auto est aussi confirmée par les traces de poudre retrouvées sur ses mains, par le témoignage du principal témoin des faits (le cousin de la victime, assis sur le siège convoyeur de l'Opel) qui l'a formellement indentifié comme le chauffeur de l'auto ou encore l'analyse ADN opérée dans la Mercedes.

"Une véritable mise à mort, une exécution"

Pour l'avocat général, l'accusé est co-auteur du crime car il a embarqué dans sa voiture, volontairement, une personne armée d'un fusil pas très discret, il s'est arrêté près de l'Opel Astra avant de l'immobiliser, ce qui a permis au tireur de viser la tête de la victime. Selon Ingrid Godart, seule la thèse développée par l'accusation et le conseil des parties civiles tient la route. "Le tireur se trouvait chez Steve Becker et n'a pas participé à l'altercation.L'accusé connait très bien cette personne, certainement un proche, un intime, qui partage les mêmes modes de fonctionnement par rapport à la famille et qui n'a pas accepté qu'on touche au patriarche", raconte l'avocat général. Steve Becker n'a jamais donné le nom de son complice. "On a une description physique mais c'est trop maigre pour renvoyer quelqu'un dans le box", selon l'avocat général.

Ingrid Godart estime que le crime était "une véritable mise à mort, une exécution". Elle regrette que l'accusé multiplie les mensonges alors qu'il connait la vérité. "Il a décidé de se taire, c'est sa technique de défense mais il devra assumer toutes les conséquences de son silence. Il prive la famille de la victime de faire leur deuil".

L'avocat des parties Civiles convaincu de la culpabilité de l'accusé

Me Michel Bouchat, avocat des proches d'Ali Akbar Chokr, est convaincu de la culpabilité de meurtre de Steve Becker. Durant plus d'une heure, l'avocat des parties civiles a mis en exergue des éléments de preuve à charge de l'accusé mais il a aussi rendu hommage à la victime, "un homme qui est mort pour rien en Belgique, huit ans après avoir fui un pays en guerre". Il a aussi insisté sur la dignité des parties civiles depuis les faits.  Au sujet de l'intention d'homicide, l'avocat estime qu'elle est établie même si Steve Becker n'était pas le tireur. "Il a participé à l'exécution du crime", affirme Me Bouchat qui s'en réfère à la jurisprudence. "Il s'est mis en chasse du véhicule des victimes, il a stoppé sa voiture a coté de l'auto de la victime, lui a enfreint le passage, il était en compagnie d'une personne armée d'un fusil de chasse utilisé pour tuer le gibier et il s'est arrêté pour mettre le tireur en position. Il n'a pas été surpris par le tir et il est resté solidaire du tireur jusqu'au bout". Lequel n'a jamais été identifié. "A 29 ans, Ali Akbar Chokr est mort pour rien, sans raison, même pas pour une futilité", a lancé l'avocat aux jurés. "Le plus cruel, c'est que l'accusé s'en fout. Sur le plan humain, c'est désespérant".

Parti à l'Euro, un juré a dû être remplacé

Le procès de Steve Becker aura décidemment réservé son lot de surprises.  Après une suspension d'une semaine suite à l'agression de l'accusé pendant son incarcération, le procès a repris ce lundi en l'absence du quatrième jury. Selon la Cour celui-ci "avait réservé de longue date un voyage pour un évènement sportif en France".  Le juré, qui est donc à Lyon pour le match Belgique-Italie de ce soir,  a été remplacé par le premier juré suppléant.

Steve Becker prétend qu'on veut le tuer

Quant à l'accusé, il prétend qu'on veut le tuer en prison. Alors qu'il comparaissait libre,  lors du quatrième jour du procès, le 2 juin dernier, le ministère public avait mis à exécution l'ordonnance de prise de corps, suspendue depuis janvier 2016 à la suite de la mise en liberté prononcée par la Chambre des mises en accusation, et Steve Becker avait été emmené en prison.

Le lendemain, il avait fait l'objet d'une sauvage agression sous le préau de la prison de Mons et un médecin légiste l'avait placé en incapacité de travail durant plusieurs jours.

Selon l'avocat général, c'est une histoire de racket au sein de la prison, commise durant la détention préventive de l'accusé, qui est à l'origine de l'agression. "C'est uniquement la version de l'agresseur, l'enquête avancera", a commenté Me Laurent Kennes, avocat de la défense. "L'agression dont a été victime Steve Becker n'a strictement rien à voir avec les faits analysés lors de ce procès, que les choses soient claires", a ajouté Me Bouchat, avocat des parties civiles, écartant ainsi la thèse d'un contrat placé sur la tête de l'accusé. "On veut me tuer en prison. Je n'ose plus rien faire. J'ai peur de mourir", a commenté Steve Becker. Une enquête est en cours sur cette violente agression.

Dimanche, le médecin légiste a constaté que l'accusé était en mesure de suivre les débats qui auront lieu lundi, à savoir les plaidoiries des avocats et le réquisitoire de l'avocat général. L'accusé porte cependant encore les stigmates de l'agression.

Accusé du meurtre de Ali Akbar Chockr

Rappelons que Steve Becker est accusé du meurtre de Ali Akbar Chockr, commis le 12 juillet 2014 à Quaregnon. La victime avait acheté une voiture, la veille, au père de l'accusé. Le jour des faits, la victime avait réclamé la carte d'identité du père Becker afin de pouvoir dédouaner l'auto qui avait été immatriculée en France. Une bagarre avait alors éclaté entre la victime, son cousin, Steve Becker et Daniel Becker. La victime et son cousin avaient pris la fuite en voiture à bord d'une Opel Astra Noire. Ils ont été doublés sur la chaussée de l'Espérance par une Mercedes depuis laquelle des coups de feu ont été tirés. Une balle a touché la victime à la tête. Son cousin, indemne mais choqué, avait identifié Steve Becker comme le chauffeur de la Mercedes retrouvée plus tard dans la propriété de Steve Becker par un hélicoptère de la police fédérale. Ali Akbar Chokr est décédé le 12 juillet 2014 au soir à l'hôpital Ambroise Paré à Mons.

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