Journée mondiale du refus de la misère: pauvres des villes ou des champs, pas les mêmes difficultés

Pauvres des villes, pauvres des champs: pas les mêmes difficultés
Pauvres des villes, pauvres des champs: pas les mêmes difficultés - © Pixabay_Asteroide_B612

C'est la journée mondiale du refus de la misère aujourd'hui. Même si, statistiquement, c'est dans les villes que la pauvreté s'observe le plus fréquemment, à la campagne aussi, on peut être confronté à des conditions de vie extrêmement difficiles, auxquelles s'ajoutent des contraintes supplémentaires : le manque de services, les problèmes de mobilité, l'isolement.

Six enfants à nourrir

La voiture est garée juste devant la maison. Immobilisée, plutôt. "Depuis hier, on sait qu'elle a un gros souci. Le moteur va casser", soupire Julie (dont vous pouvez écouter l'interview ci-dessous).

Maman de six enfants, elle ne se voit pas vivre sans voiture. "Le supermarché, il est à deux heures de route à pied. Vous m'imaginez y aller avec les enfants, et ramener des courses? C'est impossible... Ici, la voiture, ce n'est pas un luxe. Les bus, c'est compliqué. Il n'y en a pas toujours. Pour transporter les courses, c'est pas évident. Et si un enfant tombe malade ou se blesse, et qu'il faut aller chez le médecin, comment fait-on? C'est pas tout près!".

La mobilité est un vrai problème, pour cette famille, qui ne pousse la porte de la supérette "que pour les urgences. Sinon, on va se ruiner! C'est deux fois plus cher qu'ailleurs". Premier problème, donc, la mobilité... Vient ensuite l'isolement. "Une seule personne du voisinage vient nous rendre visite. C'est une dame, très gentille, qui vient demander si nous n'avons besoin de rien, qui vient parfois jouer avec les enfants. Sinon, personne. On est très mal vu". La mentalité "de clocher", voilà une autre difficulté qu'affronte cette famille au quotidien. Tout avait pourtant bien commencé.

Le grain de sable

"Au début où je suis arrivée dans le village, tout allait bien. J'ai entamé des travaux, puis je suis tombée malade". Subitement, tout s'est arrêté. "Avec ma maladie, une fois de plus, j'ai eu l'impression de dégringoler. Plus de travail. Plus d'argent pour payer des factures. On a tout arrêté au niveau travaux".

La maison est située au centre du village, tout près de l'église. Les déchets de chantier sont bien visibles de la rue. Très vite, les critiques fusent. "Je comprends que ça peut énerver les gens, je suis moi-même gênée d'avoir laissé des déchets sur la devanture", explique Julie. "Mais quand vous n'avez pas de quoi manger, pas de quoi vous chauffer, vous ne savez pas acheter des rouleaux et des rouleaux de sacs poubelle. Encore moins faire venir un conteneur à 450 euros! Je suis gênée, mais je ne peux pas faire autrement".

Le regard des autres

Des voisins ont déposé plainte. "J'ai eu la police à la maison. Ils sont même entrés pour faire des photos partout, dans mes armoires, dans les chambres, les lits des enfants! Ils n'ont rien trouvé. C'est propre chez moi! Et les enfants ont à manger tous les jours. Mais depuis, je suis toujours sur le qui-vive. J'ai peur qu'ils me les enlèvent. Je ne supporterais pas qu'on place mes enfants, comme moi qui ai été placée..."

Côté des déchets de chantier, il y a de vieux meubles aussi. Des restes de châssis. Là, il y a du bois pour le feu, récupéré: "Si je vois du bois, en rue, des gens qui jettent... je vais demander. On peut pas rester sans chauffage avec les enfants, c'est pas possible. Je mets ma fierté de côté, tant pis si on dit encore des choses sur moi".

Dans un village, on est plus exposé à la critique

Pendant l'été, il a fallu occuper les enfants. "On ne part pas en vacances, et je ne peux pas les mettre en stage. Que voulez-vous faire? Alors j'ai acheté une petite piscine. Une pour tout le monde, 50 euros. Je me suis dit qu'au moins ils auraient un peu de gaieté. Evidemment, ça a râlé, les enfants faisaient trop de bruit. On nous a encore critiqué dans le voisinage. J'ai l'habitude. C'est ça aussi, les petits villages. C'est vrai que c'est plus calme que la ville. Mais il y a beaucoup de contraintes aussi".

Reportage sur la précarité, dans le JT 13h de ce mardi 17 octobre:

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