Ils ont changé de vie (4/5) : Ismael, le violoniste vénézuélien, qui joue dans les rues de Mons pour payer ses études

Ismael Parra dans le piétonnier montois
Ismael Parra dans le piétonnier montois - © Charlotte Legrand

Ismael Parra doit assumer seul ses frais de scolarité. Ils s'élèvent à plus de 2500 euros, car le jeune homme vient du Vénézuela. C'est le lot de la plupart des étudiants non-européens: ils doivent payer, en plus de leur minerval, des "droits d'inscription spécifique" élevés. Ismael a fait de sa passion son "gagne-pain": il joue dans le piétonnier montois pour boucler son budget.

Il fait chaud, dans les rues commerçantes de Mons. Et pourtant: les passants marquent une pause, écoutent Ismaël terminer son morceau. Certains lui donnent une pièce, impressionnés par la qualité de ce qu'ils entendent. Le violoniste a de l'expérience, "dans mon pays, j'ai joué dans le plus grand orchestre", raconte-t-il. "J'étais professeur d'université, en fait. Mais la vie était devenue tellement difficile...Se nourrir est difficile, se soigner aussi, nous ne sommes pas en sécurité...j'ai décidé de quitter cette situation horrible, et redémarrer ailleurs". Il a entamé ses études au conservatoire, l'an dernier. "Je veux terminer mon master, en violon, puis trouver un bon travail, si possible".

"A 33 ans, c'est tard pour recommencer à zéro"

Sa famille ne peut pas lui envoyer d'argent depuis le Vénézuela. "C'est impossible, d'autant plus qu'ils utilisent le bolivar, dans mon pays. Il y a une terrible inflation. Pour un euro, vous avez 3 millions de bolivar...vous imaginez? Non, je ne reçois rien de ma famille, je dois m'assumer tout seul". Il doit payer ses frais d'inscription au conservatoire, mais aussi son loyer, sa nourriture, et tout ce dont il a besoin pour vivre. "Rien que pour l'inscription au conservatoire c'est environ 2500 euros. Ce n'est pas évident de réunir cette somme, mais j'ai heureusement de bons amis, qui m'aident, parfois je trouve aussi des petits boulots, des remplacements dans des orchestres, en freelance...". A 33 ans, il tente de redémarrer, à des milliers de kilomètres de son pays natal. "C'est tard, je sais, normalement à 33 ans la plupart des gens ont déjà accompli leurs objectifs de vie...c'est comme ça" Jamais à court d'idées, il a également lancé un crowdfunding sur internet. "Tous les jours...je me bats!"

 

Combien paient les étudiants étrangers ?

Tout dépend de leur nationalité. Les étudiants provenant d’un pays membre de l’Union européenne payent les mêmes frais d’inscription que les étudiants belges (835 euros). Hors union européenne, il faut faire la distinction entre les étudiants venant d'un PMA (pays moins avancé), et les autres. Les ressortissants d'un PMA* payent uniquement les 835 euros. En revanche, les autres devront s'acquitter d'un "droit d'inscription spécifique". Dans ce cas, mieux vaut avoir prévu un budget important, car le droit d'inscription spécifique se chiffre à plusieurs milliers d'euros, par année d'étude. A cela s'ajoutent évidemment tous les frais liés au séjour (logement, repas, transport, santé, vêtements etc). Sur son site internet, www.jeminforme.be, Infor-Jeunes estime à un minimum de 10 000 euros l'année d'étude, pour un non-européen (ne bénéficiant d'aucune bourse ou exonération de droit d'inscription. Se renseigner auprès de l'établissement scolaire ou à Infor Jeunes).

*liste des PMA (2018) : Afghanistan, Angola, Bangladesh, Bénin, Bhoutan, Birmanie, Burkina Faso, Burundi, Cambodge, Comores, Djibouti, Erythrée, Ethiopie, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Haïti, Kiribati, Laos, Lesotho, Liberia, Madagascar, Malawi, Mali, Mauritanie, Mozambique, Népal, Niger, Ouganda, République Centrafricaine, République démocratique du Congo, Rwanda, Salomon, Sao Tomé et Principe, Sénégal, Sierra Leone, Somalie, Soudan, Soudan du Sud, Tanzanie, Tchad, Timor Oriental, Togo, Tuvalu, Vanuatu, Yémen, Zambie.

La FEF en colère

"Ces droits d’inscription plus élevés pour les étudiants étrangers constituent une entrave claire et directe à l’accessibilité de notre enseignement supérieur. Cela a pour principal effet d’exclure ceux qui n’ont que peu de moyens financiers, dénonce Maxime Michiels, le président de la Fédération des Etudiant.e.s Francophones. "Dans le contexte migratoire actuel, il est important que les universités puissent aussi être des lieux d'ouverture sur le monde".

La FEF et d'autres organisations étudiantes se sont battues contre cette situation. "Nous avons obtenu, en mai 2017, un gel de cinq ans du minerval pour les étudiants hors Union européenne à 4.175 euros, ainsi que l'augmentation du nombre de pays couverts par une exemption de ce payement", poursuit Maxime Michiels. Les organisations étudiantes réclament des mesures supplémentaires au ministre de l'Enseignement supérieur, Jean-Claude Marcourt. "Sans cela, il est possible de faire payer jusqu'à 15 fois plus cher un étudiant étranger qu’un étudiant belge!"

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