Hygiène alimentaire: des machines pour éviter aux commerçants de manipuler l'argent liquide

Des bouchers et des boulangers commencent à installer des machines qui permettent d'éviter aux commerçants de manipuler l'argent
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Des bouchers et des boulangers commencent à installer des machines qui permettent d'éviter aux commerçants de manipuler l'argent - © Jeremy Giltaire

Votre boucher ou votre boulanger en a peut-être installé une. Même s'ils sont encore assez peu nombreux, de plus en plus de commerçants de l'alimentaire commencent à s'équiper de machines automatiques qui remplacent les traditionnelles caisses enregistreuses. A la caisse, au lieu de tendre son billet ou ses pièces de monnaie au vendeur, le client les glisse dans la machine, après avoir scanné son ticket de caisse. Et la machine lui rend la monnaie, le cas échéant. Le boucher ou le boulanger n'ont donc plus aucun contact avec l'argent liquide. 

Cela fait plus d'un an que Sébastien Dubru a installé ce nouveau système dans sa boucherie de Saint-Ghislain et il en est très satisfait. "Ça me facilite la tâche. D'abord, d'un point de vue financier, c'est plus sécurisant et ça évite les problèmes des caisse et de comptabilité. Ensuite, c'est un outil qui, au niveau hygiénique, est formidable. On traite quand même des produits alimentaires." Loïc Gicart, l'un des bouchers, va dans le même sens. "Ça nous évite de manipuler l'argent qui est assez sale et de devoir nous désinfecter les mains entre chaque client. C'est un gain de temps. L'ordinateur évite aussi les erreurs de caisse. Donc, plus de caisse à revérifier le soir. C'est un deuxième gain de temps." Dans cette boucherie saint-ghislainoise, le personnel surnomme même affectueusement la machine "Gisèle".

Biologiquement parlant, l'argent est sale

Mais l'argent liquide est-il à ce point "sale" qu'il faille éviter de le toucher ? "L'argent, même s'il est gagné honnêtement, on peut dire que, biologiquement parlant, il est sale, confirme Françoise Hanard, infirmière hygiéniste au Centre hospitalier régional Saint-Joseph, à Mons. Le fait de le manipuler, de le toucher, de le mettre dans ses poches à côté de son mouchoir - et on ne sait jamais ce que la personne précédente a fait avec cet argent... En plus, le papier est une matière perméable. Donc, les bactéries adhèrent davantage sur un billet de banque que sur d'autres matières, par exemple, une poignée de porte en cuivre." L'argent liquide est donc un nid à bactéries, mais est-ce vraiment dangereux pour la santé ? "Ça peut ne pas être bien méchant pour le commun des mortels qui est en bonne santé, explique Françoise Hanard. Mais pour une personne qui a un système immunitaire déficient, il y a un risque. Une bactérie peut être inoffensive pour quelqu'un en bonne santé, mais peut être très dangereuse pour quelqu'un d'autre." Cela dit, le risque de contamination bactérienne ne se limite pas à la manipulation de l'argent liquide. "Il y a toutes les autres surfaces qui sont aux alentours de l'endroit où on trouve les denrées alimentaires. Ces surfaces-là peuvent également être contaminées."

Et les clients, que pensent-ils de ces machines électroniques qui avalent leurs billets ? A la boucherie Dubru, la plupart des habitués se sont bien adaptés au nouveau système. "Ce n'est pas compliqué du tout à utiliser, nous confie cette jeune femme. Je trouve ça vraiment bien, pour les vols surtout." Une autre cliente insère son billet dans la machine et récupère sa monnaie. "Tant que la lumière n'est pas verte, ça veut dire qu'on n'a pas repris toutes ses pièces. Pour moi, cette machine ne change rien, je dois quand même payer, plaisante-t-elle. Ma grand-mère est déjà venue avec moi, elle regarde un peu l'appareil, mais ça passe." Une majorité des clients que nous avons rencontrés voient le système d'un bon œil. "Pour moi, l'hygiène, c'est ce qui prime. J'ai trouvé que ce genre d'appareil était bien pour ça, d'abord."

"Il faut continuer à accompagner le client"

Cela dit, nous avons tout de même croisé une opposante à la machine, qui a choisi de régler ses achats par carte bancaire. "Je n'aime pas du tout cette machine. Ça prend trop de temps. J'aime mieux payer avec ma carte ou dans un magasin traditionnel où on me rend ma monnaie. Je suis un peu rétrograde, mais je n'aime pas. J'aime mieux le contact, le moins de machines possible. En plus, ça me fait un peu rire. Il n'y a pas que l'argent qu'on manipule. On manipule bien d'autres choses." 

Le boucher, Sébastien Dubru, reconnaît que le système a un côté un peu "impersonnel". "Ça va un peu à l'encontre du service qu'on veut proposer dans une maison d'artisan, une maison de proximité comme la nôtre. Toutefois, je demande à mes collègues du magasin d'accompagner le client, près de cette caisse. De ne pas dire : "Voilà, vous payez. Vous vous débrouillez. Ciao, bonne journée !" Non, il faut continuer à accompagner le client. On peut rester dans la proximité. La seule chose qu'on ne fait plus, c'est toucher le billet."

En Flandre, la pratique est de plus en plus répandue, mais en Wallonie, les adeptes restent assez rares. Il faut dire aussi que le système a un coût. Notre boucher saint-ghislainois a dû débourser 12 000 euros pour acheter la machine. Et il doit payer environ 50 euros par mois pour l'entretien. Mais à ses yeux, l'investissement en vaut la peine.

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