Frameries : reconduire après un accident de la vie

Essayer de reconduire après un accident, pas toujours évident
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Essayer de reconduire après un accident, pas toujours évident - © Thibaut Deplanque - RTBF

Après avoir subi un accident de la route, un AVC ou être atteint de troubles cognitifs ou visuels, conduire sa voiture peut se révéler compliqué voire impossible. Depuis un peu moins d’un an, le centre hospitalier Epicura de Frameries propose des tests d’aptitude à la conduite en collaboration avec le CARA, le Centre d’Aptitude à la Conduite et d’Adaptation des Véhicules.

Joris a rendez-vous avec Luc Van Schryver, ergothérapeute et examinateur pour le CARA. En 2013, ce jeune homme originaire de Bernissart est victime d’un terrible accident de la route. Il restera un mois et demi dans le coma et passera neuf mois à l’hôpital. Son histoire a d’ailleurs fait l’objet d’un livre (Le Miraculé de la N7, ndlr). Aujourd’hui, il souhaite se réinstaller derrière un volant histoire de retrouver une certaine indépendance. " Je ne veux plus dépendre de quelqu’un. " explique-t-il. " C’est ma neuropsychologue qui m’a conseillé de passer le test et j’ai pris un rendez-vous. Depuis mon accident, je n’ai pas encore essayé de reconduire. "

Lorsqu’une personne n’est plus en état de conduire son véhicule, elle a l’obligation de rendre son permis de conduire à la commune dans les 4 jours. Pour le récupérer, elle doit présenter une attestation d’aptitude signée par un médecin. " Il y a des cas spécifiques, où les personnes doivent passer par le test du CARA. " détaille Luc De Schryver. " Lorsque le conducteur est atteint de problèmes locomoteurs, de troubles cognitifs ou d’une limitation importante du champ visuel. Pour pouvoir conduire, vous devez avoir un angle de vue de minimum 120 degrés."

Pour passer le test d’aptitude à la conduite, il faut compléter un dossier qui doit être rempli par la personne concernée et le médecin de son choix. " On commence par retracer les antécédents médicaux de la personne " poursuit l’examinateur. " Si nécessaire, on lui fera passer un test de la vue et un bilan fonctionnel. Ce bilan évalue la force, la mobilité, la coordination, la sensibilité,… et permet de déterminer s’il faut effectuer des adaptations sur le véhicule. Ensuite, nous allons faire un tour en voiture. On peut ainsi voir si la personne maîtrise correctement l’auto et comment elle s’intègre dans le trafic. "

 

Le CARA comme entremetteur entre le patient et le médecin

Apprendre de la part du corps médical que l’on n’est plus capable de conduire peut être dur à accepter. Pour désamorcer certaines situations, le neurologue Jean Braeckeveldt n’hésite pas à renvoyer ses patients vers le test du CARA. "Conduire un véhicule, c’est la liberté, c’est aller seul au travail, on ne doit pas dépendre des autres" concède le docteur. "Parfois, le patient ne veut pas entendre qu’il n’est plus apte à conduire. Dans ce cas, c’est précieux de pouvoir confier à un tiers l’évaluation et d’imposer un refus."

 

Mais il ne faut pas voir le CARA comme le méchant gendarme qui veut empêcher une personne souffrant d’un handicap quelconque de pouvoir conduire. C’est aussi au personnel médical d’aiguiller le conducteur vers l’organisme. " Il existe aussi des cas plus rares où le patient renonce de lui-même à la conduite mais où on a l’impression qu’il y a toujours un potentiel. Dans ce cas, nous le poussons vers le test d’aptitude. " explique le docteur Braeckeveldt.

Que se passe-t-il en cas de test négatif ?

" Le CARA n’a pas le droit de retirer le permis de conduire. " La mise au point de Luc Schryver est tout de suite claire. " Notre médecin délivre ou pas une attestation d’aptitude à conduire. Si l’avis du médecin est négatif, c’est à la personne qui est toujours responsable de son permis d’aller le rendre à la commune. C’est une décision prise sur bases médicales. Cela n’a rien de juridique. Si la situation médicale a évolué, on peut toujours réévaluer la personne et elle peut repasser le test. " termine l’examinateur.

Si Joris reconduit une voiture un jour, ce sera sûrement une automatique et adaptée à son handicap. Mais pour lui comme pour beaucoup d’autres, reprendre tout simplement le volant serait déjà une belle victoire dans leur longue rééducation.

 

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