Fanfares: comment ramener des jeunes au pupitre?

Ce 22 novembre, les musiciens fêtent Sainte-Cécile. Peut-être adresseront-ils même une petite prière, à leur sainte patronne, pour qu'elle envoie des jeunes en renfort. La plupart des fanfares manquent cruellement de nouvelles recrues. Il existe toutefois des exceptions. Portrait croisé de deux fanfares hennuyères, où la moyenne d'âge est radicalement différente. Mais l'enthousiasme identique.

A la fanfare de Casteau-Thieusies, on n'en est pas peu fier. 152 ans d'existence. "L'âge de Valère", plaisantent ses amis musiciens, qui lui doivent une fière chandelle tous les vendredis soirs. "C'est moi qui m'occupe du frigo! Je viens plus tôt pour mettre les boissons au frais", explique le doyen de la formation. "J'ai 85 ans. Je suis à la fanfare depuis 1950". A l'époque déjà, les jeunes n'étaient pas très nombreux à la répétition. "Pas des masses, non. Ca a toujours été beaucoup...des vieux, comme moi!" rigole Valère. Il aimerait voir de nouveaux jeunes s'installer à ses côtés, mais comment faire pour les attirer? "Ah! c'est difficile! Les jeunes font du sport, ils vont à l'école. Des répétitions jusque 10h du soir, comme ici, c'est fatiguant…" Vadim est pourtant de la partie, le vendredi, avec sa clarinette. A 15 ans, le clarinettiste joue dans trois orchestres, "ici, l'orchestre de l'académie, et la fanfare de Neufvilles. J'ai pris l'habitude d'aller à la fanfare, et je m'y plais bien. Il y a une bonne ambiance, on rigole, avec des musiciens de plusieurs générations. Puis je rentre, je me couche, et voilà". Il aimerait de temps en temps remplacer la répèt par une sortie, mais il n'en fait pas tout un plat. Il aime jouer à la fanfare, et à ceux qui le critiquent: "je voudrais leur proposer d'essayer. Ce serait une bonne idée, pour moi, des périodes de stage, pour voir si on aime ou pas. Et un répertoire plus moderne, aussi". La cheffe, Christine Hergot, a pourtant fait de son mieux pour "dépoussiérer" le répertoire. "Cette année, par exemple, ce sont les musiques de film. Hé bien on joue le Roi Lion, que tout le monde va voir au cinéma! Ca parle aux enfants, à leurs parents, aux plus âgés aussi! Dans le répertoire, nous avons aussi la bande originale du film Armageddon, signée Aerosmith.Les anciens disent parfois 'ah j'ai déjà dansé là-dessus"! Christine donne aussi des cours de musique, accessibles dès l'âge de 7 ans. "C'est aussi un moyen de former des jeunes, qui peuvent ensuite rejoindre la fanfare!". Actuellement la moyenne d'âge est de 58 ans à Casteau-Thieusies. Même un petit peu moins, si on compte Gipsy. "C'est notre mascotte", précise sa propriétaire, clarinettiste. "Mon chien a 9 ans. il est de toutes les répétitions, tous les concerts". Il paraît même qu'il boit un petit coup avec les autres, lors de l'"after" des répétitions, grand classique dans les fanfares. "On sait s'amuser, ça c'est sûr!

Mais enfin, monsieur, une fanfare? ça ne va pas marcher, c'est ringard!

Soixante kilomètres plus loin, l'ambiance bat son plein également, dans l'auditorium du Collège Notre-Dame de Tournai. C'est là que répète "FTM", comme ils disent. "Le groupe Fanfare Toi Même a été créé il y a dix ans", nous explique "Doudou", doyen de la fanfare et membre fondateur. "J'étais prof de gym au Collège, avec quelques autres on a eu l'idée de créer une fanfare pour permettre à nos musiciens de se retrouver. Au début ils disaient 'mais enfin, monsieur, une fanfare? ça ne va pas marcher, c'est ringard" et moi je leur répondais 'tu verras , tu verras! la façon dont on va la faire, ça pourrait te plaire". Adrien se souvient des débuts. "J'avais dit à Pierre, mon prof de latin, que je jouais de la trompette. Il m'a proposé de venir". Et depuis, l'école est terminée pour Adrien, le supérieur aussi. "Je suis dans le monde du travail, et je continue malgré tout à venir! Ici, j'ai pu finir un peu plus tôt, j'ai pris le premier train, récupéré ma trompette à la maison et je suis là! C'est ancré en moi. C'est difficile à expliquer! Quand j'ai connu beaucoup de pression la semaine, je viens ici, je souffle un bon coup, et tout s'en va". Marie a quitté l'école depuis longtemps elle aussi, mais elle n'a pas rangé sa clarinette. "Pourtant, ce n'est pas évident de dire qu'on fait partie d'une fanfare. On a peut, la plupart du temps, car les gens ont un a priori! Moi je précise toujours que c'est à Fanfare toi même que je joue, pas dans une fanfare traditionnelle". Elle aime le répertoire, "avec des tubes actuels, ou des musiques entraînantes". Elle adore l'atmosphère, "comme en famille, une bande de copains". Thomas a connu l'ambiance du conservatoire, il apprécie ici la décontraction. "Sur deux heures de répèt, on rigole pendant une heure 30, ce qui ne nous empêche pas de travailler. Ca donne du peps!".

Pierre et Thibaut, les deux chefs, poussent leurs ouailles hors de leur zone de confort, leur apprennent à jouer sans partition, quand ils se produisent à l'extérieur. "On les emmène 10-15 fois par an jouer dans des lieux qu'ils ne connaissent pas, on leur a fait découvrir le festival Lasemo par exemple, le Tournai Jazz Festival...d'autres événements en Flandre, en Wallonie, à Bruxelles...Je pense que ça aide à entretenir l'envie de jouer à la fanfare, ils se demandent ce qu'on va leur sortir la prochaine fois". Dans cette formation musicale, la moyenne d'âge est de 21 ans. Pas trop difficile à manœuvrer un groupe d'ados, ou de jeunes adultes? "Les ados sont insaisissables. On a tous les trois une expérience de prof, alors on sait ce que c'est", résume Doudou."Mais une fois qu'on les intéresse ils ont beaucoup plus de fidélité qu'on pourrait le penser, et ils travaillent, chez eux aussi, pour avoir le niveau. Le drill qu'ils ne font peut-être pas en latin, en math, en grec, ici, ils le font! Il faut connaître les partitions par cœur, il faut apprendre à bouger." "On leur apprend à sourire, aussi", explique Pierre. "Au début les clarinettistes nous regardaient avec des yeux ronds. 'Mais enfin Monsieur, on fait comment pour sourire en jouant?'" Mathys est le plus jeune du groupe. "J'ai 13 ans, je suis en 2ème secondaire. Je joue de la grosse caisse dans la fanfare". Depuis l'intégration du groupe, il se sent plus sûr de lui, parle plus facilement. Et il n'a plus peur de dire qu'il y va. "Je pense qu'au départ, ils n'osent pas trop parler de la fanfare au sein de l'école, et puis ça les rend un peu fiérots d'en être malgré tout", résume Pierre. "Je confirme!", conclut Mathys.

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