Enseignement secondaire: rentrée galère suite à la réforme des titres et fonctions

Des profs qui perdent leur job. Ou d’autres qui ne prestent plus assez d'heures. Des directeurs d’école qui se cassent la tête sur les horaires. Ce sont les premières conséquences de la réforme des titres et fonctions dans l’enseignement secondaire, entrée en vigueur le 1er septembre. L'objectif est d'harmoniser les diplômes requis pour l'attribution des matières à enseigner - peu importe le réseau. Globalement, cette réforme est saluée sur le fond par l'ensemble des directions rencontrées. Notamment parce qu'elle vient "mettre de l'ordre" dans le recrutement des enseignants. Le timing, les maladies de jeunesse, et la mise en pratique, par contre, en laissent plus d'un perplexe.

Le problème se pose surtout dans l'enseignement technique ou professionnel. C'est là que les grilles horaires ont été le plus fortement modifiées, et c'est là que le morcellement des fonctions est le plus flagrant. Et que les directeurs se mettent en quête de personnel pour...parfois deux heures de cours par semaine.

Des horaires parfois réduits à peau de chagrin

De nombreux enseignants voient leurs opportunités d’emploi revues à la baisse. A Châtelet, Amélie Canard est diététicienne et a obtenu son certificat d’aptitudes pédagogiques - qui atteste de ses compétences pour pouvoir enseigner. Et elle a donc donné cours à temps plein pendant un an et demi. Aujourd’hui, il lui reste six heures de cours par semaine: " Je postule dans d'autres écoles pour pouvoir compléter mon horaire et avoir, au minimum, un mi-temps. Mais je suis assez pessimiste pour l’avenir, et je n'ai pas encore de réponses."

L'expérience professionnelle pèse désormais très peu face au diplôme. Un expert dans un secteur, une "pointure", qui n'a pas le diplôme ad hoc, n'est pas prioritaire et n'est pas sûr de pouvoir enseigner. Anne-Françoise Colette habite Châtelet. Elle a 50 ans et a voulu bifurquer vers l'enseignement, il y a deux ans, pour enseigner le secrétariat et la bureautique, un domaine dans lequel elle a dix ans d'expérience. Elle vient de réussir son CAP en juin, avec grande distinction. Pourtant, rien ne lui garantit de pouvoir enseigner: "C'est comme si les mailles du filet venaient de rétrécir au point de ne laisser passer qu'une aiguille. Est-ce que j'ai fait le bon choix? Est-ce que ça va aboutir sur quelque chose? Je ne sais pas. Mais je pense aussi surtout à tous ces jeunes qui vont à l’école et qui doivent aller à l’étude, faute d'enseignant. Et qui ont une image de l’enseignement qui ne va pas les motiver à choisir ce métier pour l’avenir. Ça, ça me gêne."

Organiser l'école: 1500 heures de travail au lieu de 250

Thomas De Brux, directeur de l’Institut Sainte-Marie à Châtelineau, vient d'engager un enseignant pour deux heures de cours par semaine: "Les années précédentes, tous les professeurs de l’école disposaient de leurs attributions et de leur horaire dès le 1er juillet. Et cela nous prenait environ 250 heures de travail, à trois personnes. Aujourd’hui, depuis le 16 août, date à laquelle nous sommes rentrés officiellement, on est à plus de 1500 heures. Nous n’arrêtons pas d’être dans l’administratif et depuis la rentrée, je n’ai toujours pas eu le moindre moment pour m’investir dans le volet pédagogique de mon école." D’autant que selon lui, la plateforme en ligne qui centralise désormais les offres et demandes d’emploi pour l’enseignement, Primoweb, souffre de bugs informatiques et de dysfonctionnements, pour l’instant en tout cas.

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