Echanger les graines de son potager: bon pour le porte-feuille et la biodiversité

Echanger les graines de son potager: bon pour le porte-feuille et la biodiversité
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Echanger les graines de son potager: bon pour le porte-feuille et la biodiversité - © Tous droits réservés

Le troc de semences se développe de plus en plus, sur internet et les réseaux sociaux. Groupes Facebook, chaînes YouTube...permettent aux collectionneurs des quatre coins du monde d'entrer en contact. Ils s'envoient des graines issues de leurs potagers, pour le plaisir de la découverte, de la préservation des espèces potagères, et...pour faire des économies bien entendu. Suivez le guide. 

Il s'appelle Dany Demarez, il a deux passions: ses petits-enfants et son potager. "Et quand je n'ai pas mes petits-enfants...je suis au jardin! Même s'il pleut!" Ca tombe bien, car aujourd'hui, il pleut des cordes. Dany enfile ses bottes, son grand chapeau à bords bien larges, et en avant pour une visite des potagers, "j'en ai trois!". Il est capable d'y travailler 10 heures par jour, en pleine saison. Et ce qui l'occupe bien, en ce moment, c'est la récolte des graines. "Fin de l'été, début de l'automne, on entre dans la pleine période. La récolte des tomates se termine, maintenant on va attaquer les courges, courgettes, concombres...Et beaucoup d'autres espèces, comme les amarantes têtes d'éléphant qui bordent mon jardin, ou le chou kalé, bientôt je pourrai récolter les graines et les envoyer aux copains!" Car Dany est actif sur plusieurs groupes Facebook, "comme celui de Sylvio Ciarrocchi, 'la graine du jardinier amateur', ou celui de Jacquo et Lili…".

Il possède même sa chaîne YouTube, comme bien d'autres passionnés du jardinage et du troc de semences. " Ca me plait de partager ma passion, cela crée du lien social et permet aussi d'avoir des conseils d'autres amateurs. Parfois aussi, cela permet de recevoir des encouragements quand on n'a pas trop le moral. Le jour où mon poulailler s'est envolé...j'étais au trente-sixième dessous!" Et donc, sur les groupes, ça papote, ça conseille, et surtout, "on s'échange nos listes". Chacun examine ce qu'il a "en magasin", propose des échanges et fait son "marché" dans le stock des autres. Les graines transitent par la poste, dans de simples enveloppes. "Regardez, je viens d'en recevoir une de mon ami Sylvio. Ce sont des graines de tomates, des green zebra, et d'autres espèces. Plus sans doute une petite surprise, on fait ça souvent, pour permettre à d'autres de découvrir une spécialité bien de chez nous!" Les découvertes, Dany ne les compte plus.
 

Dany est particulièrement fier de ses courges Jumbo Banana, "ou celle-ci, la courge de Siam, qui se conserve 2 ans! On peut même en faire de la choucroute". L'échange de graines permet de sortir certains légumes de l'oubli, voire de les faire presque...ressusciter, nous explique notre jardinier. "Par exemple le chou de Saint-Saëns. Il a quasiment disparu. Mais un monsieur le perpétue, en France, depuis une dizaine d’années. Vous envoyez 5 euros, pour les frais de port, il envoie des semences. Cette année, j’ai commencé à faire mes propres semences de chou de Saint-Saëns, une espèce qui peut peser jusqu'à 25 kilos!" Dany met en avant la confiance, qui règne entre les collectionneurs. "On a une forme de déontologie. Les graines qu'on s'échange, proviennent de nos potagers. Ce ne sont pas des hybrides, des F1, qui vont dégénérer dans deux ans. Ce ne sont pas des graines comme celles que vous pouvez acheter sur internet, sur des sites chinois, qui vont vous promettre des tomates de 5 kilos et à l'arrivée vous aurez 4 petites fleurs qui tirent la tronche…"

Dany est bien organisé : il a fabriqué des planches percées de trous, qui lui permettent de ranger ses pots de graines, tous numérotés. Chaque numéro correspond à une variété, elle même reprise sur d'interminables listes. "Pour l’instant, je suis à 357 variétés. C’est très large: fleurs, fruits, légumes. J’essaye d’apprendre tous les ans, de trouver sans cesse de nouvelles saveurs et d'agrandir ma collection". Il y trouve une occupation, un plaisir, "mais ce sont aussi des économies. Un sachet de graines, c'est 3 euros 50!". Au rythme d'une cinquantaine d'échanges par an, il estime à 150 euros ses dépenses personnelles. "C'est pour couvrir les frais de port uniquement. Les graines, on peut les échanger, mais pas les vendre. Si on les vend, alors...on risque des problèmes!".

 

Echange de graines: que dit la loi?

Dany a raison: le domaine des semences est "sensible" et mis sous pression par les lobbys. Il faut savoir que 75 % du marché mondial de semences est contrôlé par dix multinationales, parmi lesquelles les géants Monsanto, DuPont ou Syngenta. L'offre est extrêmement réglementée, les multinationales voulant garder un contrôle maximal. Il existe des catalogues "nationaux" de semences autorisées à la vente et à la culture. La somme des catalogues nationaux constitue le "catalogue européen des espèces et des variétés". "Une variété ne peut être multipliée ou commercialisée en Belgique que si elle est inscrite au catalogue national des variétés des espèces de plantes agricoles et de légumes ou si elle est inscrite au catalogue communautaire des variétés des espèces de plantes agricoles et de légumes", peut-on lire sur le portail wallon de l'agriculture.

Comme le jardinier amateur n’a pas pour but de vendre ses semences, il peut les produire, cultiver des variétés non inscrites dans les fameux catalogues. L'échange de semences est dans ce cas autorisé. L'échange de graines, totalement gratuit, est pour certains une façon de "faire de la résistance", face à des multinationales qui tentent de "verrouiller" le marché des semences. 

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