Disparition de Sylvie Carlin : 25 ans de mystère

Sylvie aurait 44 ans aujourd'hui
2 images
Sylvie aurait 44 ans aujourd'hui - © Florence Dussart - RTBF

C’était il y a 25 ans. Un jeudi. Le jeudi 15 décembre 1994. Ce jour-là, Sylvie, 19 ans, élève infirmière, quitte la maison de sa sœur, Marie-Agnès (située à Roucourt, dans l’entité de Péruwelz) pour aller à pied chez sa maman, Anita, qui habite à environ 2 kilomètres. La voisine vient de prévenir : Anita est tombée. Pas sûr qu’elle puisse conduire le petit garçon de Marie-Agnès au foot. "Je vais voir jusque-là", dit Sylvie, qui se met en route jusqu’à la maison de sa maman. Ce seront les derniers mots échangés entre les deux sœurs. (Vous pouvez écouter l’interview de Marie-Agnès Carlin ci-dessous)

Sylvie Carlin est la cadette d’une famille de quatre enfants. Une famille soudée. Où on s’entraide. Sylvie garde régulièrement les enfants de sa sœur. C’est ce qu’explique Marie-Agnès. Le père est décédé quelque temps plus tôt.

Disparue sur le chemin du retour

Finalement, Anita peut conduire, malgré sa chute. Elle arrive d’ailleurs en voiture chez Marie-Agnès et amène le petit au foot. En rentrant, elle redépose le garçon chez Marie-Agnès et rentre chez elle. À ce moment de l’histoire, chacune pense que Sylvie est chez l’autre. Et ce n’est que le lendemain matin qu’elles se rendront compte qu’elle n’est chez aucune des deux. Elle a disparu sur le chemin du retour, en revenant chez sa sœur. Il était 18h30 quand on perd sa trace, sur le pont de Roucourt, qui enjambe le canal Nimy-Blaton et le chemin de halage. L’enquête révélera qu’une copine affirme l’avoir vue fumer une cigarette sur le pont. Ce sera le dernier témoin à avoir vu Sylvie carlin, avant 25 années de mystère.

Fugue ? Suicide ? Enlèvement ? Meurtre ?

Nous sommes alors en pleine affaire Dutroux, Fourniret. La famille y pense d’emblée : Sylvie a été enlevée ! Quand les proches déposent plainte au commissariat, on leur rappelle pourtant que Sylvie a 19 ans, qu’elle est majeure. Qu’un délai de 48 heures s’impose. Puis on évoque la fugue, le suicide… La famille n’a jamais cru à cette éventualité. Selon elle, aucun élément ne le laissait présager. Sylvie était une battante. Elle n’était pas dépressive. A cette époque de l’année, elle confectionnait avec sa sœur, des colis pour le Noël de personnes démunies. Elle n’avait aucune raison de disparaître. Pour Marie-Agnès, on perd un temps précieux : "en 48 heures, on sait être loin, si on a été enlevée", déplore-t-elle.

Le canal Nimy-Blaton est fouillé, en contrebas du pont où on l’a aperçue pour la dernière fois. Sans résultat.

La police explore aussi la piste familiale. En 1994, les choses sont compliquées entre Sylvie et le compagnon de sa mère, Anita Crul. On évoque le fait qu’il soit un peu porté sur la bouteille… et qu’il n’aimait pas beaucoup Sylvie. L’enquête dans ce sens n’a rien donné. L’homme est décédé depuis.

 

Un chemiser rouge et des bas… enterrés

Par dépit, après 10 ans d’enquête, Marie-Agnès contacte plusieurs voyants au début de l’affaire. "Bien sûr j’ai eu affaire à des margoulins qui m’ont extorqué des sommes indécentes", admet Agnès. Mais l’un des voyants emporte sa confiance. Il ne lui demande pas un sou… mais il lui indique que des vêtements auraient été enterrés à Verviers. Marie-Agnès se rend sur place. Elle y déterre des vêtements (un chemisier rouge et des bas de femme entre autres). Ces vêtements sont confiés aux policiers et envoyés à l’analyse. Ce n’est que six ans après que la police vient annoncer à la famille qu’il ne s’agit pas des vêtements de Sylvie, s’insurge la grande sœur. Sur quelle base ? Elle l’ignore. Tout comme elle ne sait pas s’il y a eu des prélèvements, des recherches ADN.

Beaucoup d’incertitudes, donc… mais il faut dire que Marie-Agnès vient juste de reprendre un combat mené depuis 1994 par sa maman, Anita Crul. A 83 ans, Anita est malade. Cela fait 25 ans qu’elle attend de savoir où est sa fille. Sa petite cadette, qui aurait aujourd’hui 44 ans. "Maman ne partira pas sans savoir où est Sylvie", s’émeut Marie-Agnès.

En 2008, la justice a officiellement reconnu que Sylvie avait probablement été enlevée.

En 2017, faute d’éléments suffisants, elle prononce un non-lieu. Ce qui signifie qu’elle referme le dossier, estimant que toutes les pistes ont été explorées.

Relancer l’enquête

Pour relancer l’enquête, il faudrait un élément nouveau. Une demande de devoirs complémentaires justifiée, explique le procureur du roi Christian Henry. Mais il est bon de rappeler que les parties civiles peuvent avoir accès au dossier sur simple demande et aussi formuler des requêtes de devoirs complémentaires.

"Ce que je voudrais, c’est que quelqu’un reprenne le dossier et l’examine avec un regard nouveau", confie Marie-Agnès, qui est aujourd’hui persuadée que sa sœur a été enlevée et se trouve à l’étranger. Ou alors qu’elle a été assassinée par Michel Fourniret (il chassait avec un de leurs oncles, dans la région de Sugny, il n’est pas impossible qu’il ait croisé Sylvie un jour, affirme Marie-Agnès). L’actualité récente nous a laissé penser que l’homme n’avait peut-être pas livré tous ses secrets. Une piste que les enquêteurs ont déjà explorée par le passé, mais qui n’a rien donné de concret.

Copyright photo : Police Fédérale

Archive JT: reportage sur les 10 ans de la disparition de Sylvie Carlin, en 2004

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK