Des écuroducs pour sauver les acrobates de nos forêts

Un utilisateur d'écuroduc
10 images
Un utilisateur d'écuroduc - © SOS Ecureuils roux

Ils sont connus pour leurs cabrioles, leurs courses folles...parfois au beau milieu de la route. Des installations existent pour éviter aux écureuils de se faire renverser par les voitures. Véritables ponts aériens, les écuroducs commencent à voir le jour en France. Des projets sont à l'étude chez nous aussi.  

"J'en ai ras-le-bol de ramasser des petits corps chauds, devant chez moi, écrasés par des voitures". Muriel Baudhuin habite juste en face d'un bois, habité par plusieurs familles d'écureuils. Chaque fois qu'ils traversent pour aller grignoter , les petits rongeurs risquent leur vie. "Les voitures roulent vite. Les écureuils s'arrêtent parfois en plein milieu de la route, et ne bougent plus!"

Quand elle s'en rend compte, Muriel bondit hors de sa maison et...fait la circulation!  "Je fais ralentir les voitures. Certains automobilistes me prennent pour une folle, mais j'en ai assez, moi, d'enterrer ces écureuils, là-bas plus loin, sous les sapins!" Récemment, en regardant un reportage sur une chaîne de télévision française, la sonégienne a trouvé une piste de solution. "J'ai vu qu'on installait des écuroducs. De simples cordes, tendues entre des arbres, qui permettent aux écureuils de traverser en toute sécurité. Je me suis dit que c'était ça qu'il fallait, en face de chez moi!". 

Ce concept d'écuroduc, c'est Dominique Baillie qui l'a mis au point. Dans la vie, Dominique est technicien chez Air France. Il préside aussi l'association "SOS Ecureuils roux".

"On est devenu un peu les spécialistes de l'écuroduc. On installe ça depuis 7 ou 8 ans. Il faut du matériel assez particulier, de la technique aussi. On a recours à des escaladeurs, équipés de baudriers. On utilise des amarres de bateau. Il faut tendre les cordes suffisamment pour qu'elles ne risquent pas de retomber, sur un fil électrique par exemple".

Il nous envoie quelques vidéos, sur lesquelles des écureuils roux gambadent sur le fil, à une dizaine de mètres de hauteur. Comment font-ils pour savoir "où passer"? Est-ce vraiment efficace? "Au début, on place des noix aux entrées de l'écuroduc. Assez rapidement, on constate que des écureuils ont compris qu'ils pouvaient passer par là. Vu que leur habitat, c'est la canopée, le haut des arbres, s'ils peuvent passer par la voie aérienne, ils vont le faire.

Parfois même, des nids d'écureuils étaient installés à l'entrée de l'écuroduc, preuve qu'ils s'étaient bien accaparés le dispositif!", poursuit notre spécialiste français. "En fait, il faut installer des écuroducs là où, paradoxalement, des écureuils se font écraser. C'est qu'il y a, à cet endroit, ce qu'on appelle un bio-corridor".
 

Tout le monde s'en fout

Muriel a rentré un projet, à la commune de Soignies, pour obtenir le feu vert des autorités et un budget au passage. "C'est surtout l'autorisation qu'il me faut. Sans cela, pas d'assurance", précise la Castelloise. Certains jours, elle se décourage. "J'ai l'impression que tout le monde s'en fout. Ah oui, on les aime bien les écureuils. Mais quand il faut agir, et placer une corde entre deux arbres, il n'y a plus personne!". Un autre projet du même type avait été lancé, à Montigny-Le-Tilleul, en partenariat avec SOS Ecureuils roux. "Il est malheureusement tombé à l'eau", nous explique-t-on à la commune. "C'est dommage, on aurait bien aimé commencer à en installer au-delà de nos frontières", réagit le président de l'association. "Espérons que cela puisse se faire".

Pour l'association française, les écuroducs sont un moyen d'aider les petits rongeurs, mais il faut relativiser leur impact sur les populations. "Ce n'est pas ça qui va sauver l'espèce", tempère Dominique Baillie. "Et il n'est pas possible d'en installer partout!" Pour lui, le dispositif est avant tout un moyen de sensibiliser le grand public: automobilistes, riverains, élus locaux. "C'est tout l'intérêt de la démarche, susciter une prise de conscience. L'homme se rend compte des erreurs qu'il a faites, de son impact sur l'environnement, il met la main à la poche pour réparer"
 

Sans aller jusqu'à installer des échelles de cordes dans nos jardins, il est possible de donner, très simplement, un coup de pouce aux écureuils.

Muriel les accueille avec des paniers de noix, posés sur une table, au creux d'un arbre. L'écureuil squattera aussi joyeusement les mangeoires des oiseaux, surtout si elles sont bien garnies.

Si vous avez la main verte, optez pour des espèces bien de chez nous, et ne faites pas un nettoyage trop approfondi du jardin. Quelques arbres morts feront des refuges parfaits pour des familles d'écureuils. 

L'écureuil roux (sciurus vulgaris) n'est pas menacé, en Belgique, mais il fait face à plusieurs dangers. En plus du trafic routier, on peut citer la pollution, le manque de nourriture, la concurrence avec des espèces invasives, qui ont été un jour importées, comme l'écureuil gris d'Amérique. Il n'est pas encore présent chez nous, mais une autre espèce "exotique" se cache dans la Forêt de Soignes. Il s'agit de l'écureuil de Corée, Tamia de son petit nom. Peu de chance de confondre les tamias avec nos petits acrobates à queue rousse. Ils ont un "look" très différent. Peu de chance de l'apercevoir, aussi, en hiver. Le Tamia hiberne, au contraire de l'écureuil roux, actif toute l'année. Ouvrez l'œil, et levez le pied! 

Sujet du JT du 30/11/2020

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK