Des bactéries vous aident à faire le ménage : "Ça va être la nouvelle norme de nettoyants"

"Imaginez que vous jouez à la chaise musicale. Il y a cinq chaises. À partir du moment où on arrive à mettre cinq bonnes bactéries sur chacune de ces chaises, il n’y aura plus de place pour la mauvaise bactérie". Jean-Nicolas D’Hondt, directeur général de la savonnerie Pollet, à Tournai, ne manque pas de métaphores pour expliquer comment fonctionne son nettoyant probiotique. "C’est comme un terrain de golf où l’herbe est tellement serrée qu’il n’y a plus de place pour les mauvaises herbes."

Dans chaque flacon qui sort de son usine, cinquante milliards de bactéries sommeillent en attendant leur heure. Elles se réactivent au contact de l’eau, quand on en jette un bouchon dans un seau. Un coup de torchon et elles se répandent sur les sols et surfaces nettoyés. "Et là, elles vont se nourrir des salissures qu’elles rencontrent et proliférer. Elles occuperont tellement le terrain que si une bactérie pathogène s’y trouve, elle n’aura plus de place pour se développer". Un contrôle de territoire garanti pendant au moins septante-deux heures.

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Au contact de l'eau, les "bonnes" bactéries se réveillent. Elles couvrent le territoire nettoyé pour ne plus laisser d'espace aux "mauvaises" bactéries. © Damien Hendrichs - RTBF

Contre les bactéries pathogènes et les champignons

Dans son laboratoire montois Materia Nova, Audrey Tanghe a testé l’efficacité de la bactérie nettoyante en vue de certifier le produit. Cette chargée de recherche a mis en culture différentes bactéries dans une boîte. "On constate que les bactéries pathogènes sont ralenties dans leur développement, parce que les bactéries bénéfiques se développent rapidement et facilement. Et elles peuvent neutraliser une large gamme de bactéries et de champignons". En ce qui concerne la durée d’efficacité, trois jours, c’est déjà pas mal : "C’est plus long que les détergents chimiques et moins négatif pour l’environnement."

L’entreprise tournaisienne a lancé ses produits Polvita il y a deux ans. Mais face à la crise sanitaire, le marché s’est montré plutôt frileux. "Pendant la vague de Covid, il y a eu une volonté de désinfecter absolument tout. Ce n’est pas un problème pour nous : on vend aussi des désinfectants. Mais il vaut mieux les utiliser avec parcimonie. Aujourd’hui, on en est revenu. On constate un réel engouement autour des probiotiques. Les ventes décollent", assure Jean-Nicolas D’Hondt.

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Jean-Nicolas D'Hondt (directeur général de Pollet SA) et Guillaume Bret (R&D) présentent... les nettoyants probiotiques ! © RTBF

Pas de risque de mutation

Car la désinfection à tous crins a ses limites, explique Audrey Tanghe. "Un peu comme ce qui se passe avec les antibiotiques, la bactérie pathogène attaquée peut muter et devenir résistante aux produits chimiques. Cela ne risque pas d’arriver avec les probiotiques, car ils ne tuent pas la bactérie, ils empêchent juste sa prolifération".

À l’école communale de Dalhem, près de Liège, on utilise les produits probiotiques de chez Pollet pour le nettoyage du mercredi après-midi. "Un choix écologique", explique Isabelle Caelen, responsable du service d’entretien à la commune. "Et c’est très efficace. J’ai même l’impression que des taches qui ne partaient pas avant s’en vont plus facilement". "En tout cas, ça sent bon", assure Paula Navarro, nettoyeuse. "J’ai travaillé dans une société de nettoyage, auparavant, et les produits chimiques ne me convenaient pas. Ils sentaient trop fort et me piquaient à la gorge."

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L'école communale de Dalhem s'est mise au nettoyage probiotique. © RTBF

Un marché en pleine croissance

Pour le moment, Pollet ne vend pas les flacons Polvita aux particuliers, mais uniquement à des sociétés de nettoyage et collectivités. Une poignée de fabricants européens et américains développent des produits similaires, mais le marché grandit et la société Pollet espère s’y faire une bonne place.

"Ça va devenir la nouvelle norme de nettoyants, car ça n’a que des avantages", estime Jean-Nicolas D’Hondt. Après la Belgique et la France, la savonnerie de Tournai compte exporter ses bactéries nettoyantes en Amérique du Nord dès l’automne prochain.

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Audrey Tanghe, chercheuse chez Materia Nova, à Mons. © RTBF
L'entreprise Pollet est située à Orcq, dans l'entité de Tournai. © RTBF
Isabelle Caelen, responsable du service d'entretien à la commune de Dalhem. © RTBF
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