De plus en plus de psychologues auprès des policiers stressés ou traumatisés

Un traumatisme lié à une intervention doit être exprimé très rapidement
Un traumatisme lié à une intervention doit être exprimé très rapidement - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

La démarche est classique et indispensable : au lendemain du suicide d’un agent de quartier à l’aide de son arme de service, dans son commissariat de Haine-Saint-Paul à La Louvière, ses collègues ont bénéficié d’une aide psychologique.

Parler, échanger, entendre des conseils, des recommandations d’une cellule spécialisée…

Cet accompagnement complète les préventions déjà formulées à l’académie de police, dans le cours de la formation : "et idéalement répétées à chaque étape de la carrière."

Une fragilité soudaine

Docteur en psychologie, première assistante au service de psychopathologie légale à l’UMons, Audrey Vicenzutto cosigne une étude sur le vécu émotionnel des policiers belges face aux événements traumatisants :

"Nous travaillons sur des événements de terrain potentiellement traumatisants. Mais il est compliqué d’avoir des certitudes sur le développement de troubles mentaux".

"Même un policier d’expérience peut être soudainement fragilisé face à un événement qu’il a pourtant déjà connu. Pourquoi ? Parce qu’il peut y avoir d’autres facteurs propres à l’individu dans un contexte particulier à un moment de sa vie."

Ou un événement malheureusement habituel qui prend une autre dimension.

Les accidents de la route

Une des deux premières études (la troisième est en cours) sur le vécu émotionnel des policiers place en tête des traumatismes, avant les suicides, les accidents mortels de la route :

"Il peut y avoir un phénomène d’identification avec l’une des victimes, s’il s’agit d’enfants par exemple". Et que le policier est lui-même père de famille, la policière elle-même une maman.

"Les policiers sont confrontés à des morts, à de la violence, à de la maltraitance, autant d’éléments très traumatisants", poursuit Audrey Vicenzutto.

Dédramatiser un événement passe par une expression rapide.

En parler à ses collègues, ou à l’occasion d’un debriefing, surtout si c’est tout un groupe qui a été touché.

À l’occasion de ces études, déjà auprès de 152 policiers de neuf zones du Hainaut (et bientôt à Bruxelles), les chercheurs ont constaté que de plus en plus de chefs de zone mettent en place un processus d’appuis psychologiques.

"D’autres recherches seraient utiles sur le profil, l’âge, la fonction des agents traumatisés".

Moins de suicides

Depuis 2015, les suicides de policiers ont diminué de moitié pour, à présent, s’inscrire dans la moyenne nationale selon les métiers (1)

Dernière année pleine, 2019 affiche neuf suicides, trois pour le premier trimestre 2020.

Mais un chercheur n’en tire aucune conclusion, qui considère toute analyse pertinente sur un cycle d’une vingtaine d’années.

(1) Un centre de prévention est accessible 24 heures sur 24 : c’est "SOS suicides".

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