Construire une maison en terre... Vraiment?

La formation à l'IFAPME à Mons a permis à des architectes de comprendre comment on construisait un mur en terre.
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La formation à l'IFAPME à Mons a permis à des architectes de comprendre comment on construisait un mur en terre. - © RTBF Arnaud Montero

Que dites-vous de construire votre maison en terre? Après tout, nos ancêtres le faisaient bien.

Toute cette semaine, des architectes de Belgique, de France et des Pays-Bas se sont retrouvés à l'IFAPME de Mons... L'objectif est de de recevoir une formation sur l'utilisation de la terre comme matériau pour construire une maison.

Mais quand on dit maison en terre, on pense inévitablement à l'histoire des 3 petits cochons. La maison en paille et celle en bois ne tiennent pas dans l'histoire. Alors pourquoi celle en terre serait plus solide? Cette question fait sourire l'un des formateurs présent à Mons, Dorian Doselle: "Effectivement, il y a ce lobby des 3 petits cochons qui dit que sans la brique ou le ciment les maisons ne tiennent pas. C'est absolument faux. Les maisons en bois et en paille ont fait leur preuve. Celles en terre doivent aussi retrouver du crédit car ça tient, ça marche, c'est reconnu." 

Mais on n'est pas les seuls à avoir des préjugés. Anaïs est architecte dans la vie. Grâce à la formation, elle apprend à placer un enduit en terre sur un mur: "J'avais peur que l'enduit soit très friable ou que si on se frotte dessus on ait plein de terre sur les vêtements mais le résultat est bluffant. On dirait du Mortex avec l'avantage que la terre, c'est naturel. Alors que le Mortex c'est un composant chimique mauvais pour la santé".

Critère de santé et de proximité

C'est tout l'intérêt d'avoir des murs en terre. C'est bon pour la planète, c'est bon pour la santé... Hélène Groesens est l'une des instigatrices de la formation: " Grâce à la terre, on va avoir un taux constant d'humidité dans le bâtiment, ce qui est hyper bon pour la santé ou même pour le mobilier ou les œuvres d'art qui souffrent moins"

Mais pour le moment. Peu de maison en Belgique sont construites en terre. Ça prend du temps. Les stagiaires architectes de l'IFAPME ont mis 2 jours pour construire un mur de terre... d'1m de hauteur! Et comme ça prend du temps, la main d’œuvre sera inévitablement très couteuse: "Il ne faut pas réfléchir comme ça", se défend Hélène Groessens. "On fait cette formation dans le cadre du projet européen, batiC2. Le but c'est vraiment de promouvoir les filières courtes, de travailler avec des matériaux de la région. On peut donc sans souci travailler la terre de son jardin."

Et s'il pleut?

Ceci dit, en Belgique, il pleut beaucoup. On sait que la terre mouillée, ça fait de la boue. Est-ce vraiment une bonne idée de faire de tels murs chez nous? Nicolas Colberts, formateur toute la semaine à l'IFAPME répond à la question: "L'eau est à la fois l'ami et l'ennemi de la terre. On a besoin d'eau pour pouvoir faire un mélange, pour que ça colle ensemble, que les argiles s'activent et qu'on ait un matériau qui ait une bonne cohésion. Mais quand on va rajouter trop d'eau, ça va devenir un tas de boue. L'intérêt, c'est qu'on va pouvoir démolir un mur pour le reconstruire à moindre frais. Généralement on aime changer la disposition d'un bâtiment tous les 30 ans. Ça coute très cher. La terre permet de le faire sans souci. Mais effectivement... Ca reste dangereux. Mais on a une solution: faire un bon chapeau et de bonnes bottes. On va protéger la tête et le bas du mur avec un bon soubassement, peut-être en béton pour éviter la fragilité. L'idée, ce n'est donc pas de faire tout un bâtiment en terre mais d'utiliser ce matériau au maximum."

Les architectes qui ont suivi la formation à Mons se sont tous promis d'essayer d'utiliser la terre dans leur prochaine construction. Reste plus qu'à convaincre les clients!

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