Construction : les prix des matériaux s'envolent

Les grands rendez-vous du secteur de la construction approchent: A Tournai, le salon Batirama ouvre ses portes ce week-end des 19, 20 et 21 janvier. Suivra, Batimons, début février. Batibouw accueillera les visiteurs dans un peu plus d'un mois. L'occasion de parler d'un phénomène qui touche en ce moment le secteur de la construction: les prix de certains matériaux sont en train de flamber. Les hausses sont plus importantes que d'habitude. Pour des matériaux comme le sable, l'asphalte, le béton, des fabricants annoncent des hausses pouvant atteindre 10 ou 15% cette année! Les entrepreneurs s'inquiètent. 

 

Ardoise, blocs, isolants, Gyproc, tout augmente

A Ville-sur-Haine, chez Carlier Activity, on a déjà adapté les tarifs. Toute une série de matériaux sont concernés, confirme Sylvie Hautenauve, la gérante. "Les plaques Gyproc augmenteront en février. Ardoises, blocs, isolants, laine de verre..tout cela a augmenté. Nous avons même un produit qui a augmenté trois fois, l’an dernier… ". Des hausses de prix, il y en a chaque année. "Souvent de 3 à 6%". Cette fois, les factures risquent d’être encore plus salées. "Sur des grosses quantités, cela va se remarquer…" Dans une si petite structure, impossible d’absorber les hausses sans les répercuter. "Nous ne sommes pas non plus en position de négocier, comme le font les gros groupes. Alors c’est le client final qui doit payer la note", conclut la gérante.

Chez Gedimat, on refuse de plier face aux hausses de prix annoncées. " Tous les jours, tous les jours, tous les jours, on négocie. C’est le dossier chaud depuis septembre, et ça va se poursuivre même au-delà de Batibouw… " martèle Grégoire Brohée, coordinateur adjoint du groupement Gedimat (29 magasins en Belgique). " Les fournisseurs multiplient les effets d’annonces. Ils voudraient imposer des hausses de 6 ou 8%. Nous le refusons. Nous analysons les chiffres, les tendances, sur le marché européen et mondial ". Car certaines hausses de prix peuvent s’expliquer, par les cours des matières premières par exemple, ou les coûts d’énergie, de transport. Mais d’autres augmentations sont jugées sans fondement. Il y a une part de spéculation. " Quand on suspecte cela, on fait encore plus jouer la concurrence. Et à un moment donné, parmi les 4 ou 5 acteurs du secteur, il y en a un qui finira par craquer. On est dans des hausses trop fortes !  "

"C'est très rare que les prix diminuent"

Chez Carlier Activity, on pense la même chose. On voudrait même que de temps à autres…cela baisse ! " Et ce n’est presque jamais le cas ", déplore Fabio Veltri, le commercial de l’entreprise. " Les fournisseurs devraient savoir faire marche arrière de temps en temps ! Quand les causes d’une augmentation n’existent plus, le prix devrait baisser. Or, c’est très rare que des produits diminuent ".

Ces derniers mois, chaque fois qu’il s’est renseigné pour connaître les raisons d’une hausse de prix, le commercial a souvent reçu cette réponse : " coûts de transport ! ou même une fois…compensation du temps passé dans les embouteillages. Ils estimaient cela à 10%. Pour moi, les coûts de transport…c’est un peu étrange de les répercuter à nouveau. Car cette année, suite aux manifestations qui se sont déroulées, en France, en Belgique, il n’y a pas eu autant d’augmentation du carburant ". Bref, il a souvent l’impression de se faire balader. Et pendant ce temps, le client pense que les magasins de matériaux s’en mettent plein les poches. " Ce qui n’est pas vrai. Ce sont les fournisseurs qui sont gagnants ".

Compenser la hausse de prix par du service

Chez les négociants, on constate une tendance de plus en plus marquée, chez les clients : le shopping du devis. " C’est tellement facile, avec internet, de demander une dizaine de devis. Puis on n’a plus qu’à choisir ". Chez Carlier Activity et les magasins Gedimat, on entend compenser les hausses de prix de la même manière. " En offrant plus de services à nos clients, en lui apportant quelque chose de plus, pour qu’il continue de venir chez nous malgré tout ".

Pierre Coulon est entrepreneur à Mons. Lorsque les matériaux sont plus chers, il en ressent directement les effets. Le béton, l’isolant, le plâtre…ce sont ses " fondamentaux " à lui. Sans eux, pas de chantier. Il faut en acheter, quoi qu’il arrive. Problème : certains devis sont conclus depuis plusieurs mois, voire parfois un an et demi. Comment vont réagir les clients ? " Il va falloir se revoir et leur expliquer une adaptation du devis. C’est toujours très difficile, de réclamer un supplément. En fait, les gens chipotent de plus en plus. Ils tentent de marchander pour faire baisser la facture. Mais si j’ai rendu un devis pour tel prix, c’est que j’estimais que ce prix était juste, que je ne pouvais pas faire moins, tout en travaillant dans de bonnes conditions… " De plus en plus, les particuliers tentent de trouver des alternatives, pour faire baisser les coûts de construction ou de rénovation. " Beaucoup me proposent d’aller chercher eux-mêmes les matériaux en France. C’est moins cher, parfois 30 à 40% de différence sur des produits comme l’isolant ". Lui-même est déjà allé s’approvisionner Outre-Quiévrain, quelques fois. " Mais c’est compliqué, ensuite, pour récupérer la TVA, ce n’est pas très pratique ". Pierre Coulon le sait aussi, certains clients opteront pour des travaux non déclarés, " avec tous les risques que cela suppose. Mais voilà, bien sûr…c’est moins cher ! " 

François Leurident est architecte à Mons. Lui aussi panique un peu à la lecture des listes de prix. " C’est beaucoup !  On parle de 10 à 15% pour certaines matières premières, les composants du béton, du sable, composants asphaltiques…ce sont des choses qui impactent directement les coûts de la construction ! ".

Son bureau d’architecture (WAX) en tiendra compte dans l’estimation des projets à venir. "La part que l’on peut consacrer aux honoraires d’architecte va devenir un peu plus tendue, du fait de l’augmentation du coût de la construction ". Des alternatives devront être trouvées, certainement, explique l’architecte. Des projets seront revus à la baisse, ou bâtis sur des terrains plus petits, peut-être les clients voudront-ils " phaser " le chantier ? Dernière alternative possible, et qui éveille une lueur d’espoir : se tourner vers des matériaux non concernés par les hausses de prix. " Des matériaux moins traditionnels, plus écologiques. Jusqu’ici ils restaient plus chers que les habituels. Mais si tout augmente…on observera peut-être un intérêt nouveau pour ces alternatives ? " il cite en exemple l’isolation au chanvre, à la laine de bois, de mouton…  " C’est une réflexion qu’on a en permanence dans notre bureau, qui n’est pas motivée uniquement par les coûts de la construction mais aussi les contraintes environnementales ça nous travaille beaucoup et on essaye de plus en plus d’intégrer les matériaux naturels et écologiques. L’augmentation du coût des matériaux traditionnels va peut-être nous pousser encore plus dans cette direction à l’avenir ".

"Les jeunes ménages n'auront plus accès au logement"

La fédération de la construction espère de son côté un retour à des prix plus bas, à brève échéance. " Nous sommes inquiets ", conclut Francis Carnoy, directeur général de la confédération de la construction wallonne. "Le phénomène est général, en Wallonie comme en Flandre. Ces hausses de prix, si elles se maintiennent, vont avoir des conséquences en chaîne. Les entrepreneurs vont voir leur marge se réduire, ou répercuteront les surcoûts sur les particuliers. Lesquels vont voir les devis augmenter, au point que certains, les jeunes ménages sans doute, n’auront tout simplement plus accès au logement. Tout cela s’ajoute à d’autres augmentations, comme celles liées aux exigences de performance énergétique. Tout cela nous inquiète. Dans le mémorandum remis très bientôt au gouvernement wallon, plusieurs paragraphes seront consacrés à ces problèmes. "

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK