Commissariats, cibles potentielles: "Il nous faut plus que de l'empathie" (SLFP)

Vincent Gilles, du SLFP Police, était l'invité de La Première ce lundi matin.
Vincent Gilles, du SLFP Police, était l'invité de La Première ce lundi matin. - © Belga

Vincent Gilles, membre du SLFP Police (le syndicat policier), était l’invité de La Première ce lundi matin. Il commente notamment l'état d'esprit des équipes, deux jours après l’attaque perpétrée à proximité du commissariat de Charleroi.

"Ma foi, ce genre d’attaque était crainte de manière évidente. Malheureusement, elle a eu lieu et pour le moment c’est évidemment la tristesse puisque deux collègues ont été gravement touchées et ses collègues, comme un autre collègue l’a dit, ce sont des membres de la famille. Donc vous devez imaginer ce que cela serait si c’était dans votre famille. Nous sommes effectivement extrêmement tristes. Pas abattus puisque nous continuons à mener nos missions."

On sait que les commissariats sont des cibles potentielles. Est-ce qu’ils sont suffisamment protégés aujourd’hui en Belgique ?

"Vous devez savoir que ce que nous disons, c’est que les commissariats et les policiers sont des cibles potentielles depuis le 15 janvier 2015. Cette information n’est pas vraiment neuve. Le problème, c’est qu’elle n’est pas prise suffisamment en compte selon nous. D’une part par les analystes de l’OCAM et, d’autre part, par le monde politique.

Alors, les commissariats sont-ils suffisamment protégés ? En fait, tout le problème est là : certains oui, d’autre non. C’est-à-dire que les policiers du 15 janvier jusqu’à la mi-novembre (les attentats de Paris), les policiers étaient en niveau 3 de la menace tandis que la population belge ignorait, je dirais quasiment tout, et évoluait en niveau 2.

Et, dans ces moments, effectivement les commissariats ont été fortement renforcés, fortement protégés, les équipes ont été fortement renforcées. Les agents de police, par exemple, qui sont non-armés ne pouvaient plus sortir seuls et devaient sortir accompagnés d’une équipe de policiers armés pour un appui de feu latéral. Mais, à la mi-janvier, tout a changé par le fait des attentats de Paris. L’OCAM a estimé que la population belge était plus en danger que les policiers et donc a élevé la population belge en niveau 3 tandis que les policiers sont redescendus en niveau 2, à leur grand dam et ça les a fortement choqués.

Donc, à partir de là, certains chefs de corps, certains responsables policiers de bâtiments ont estimé que puisqu’on était en niveau 2, on pouvait lever toutes les mesures de sécurité. Et il y a des bâtiments policiers emblématiques dans Bruxelles qui, du jour au lendemain, se sont retrouvés nus, il n’y a pas d’autres mots."

Il y a toujours des problèmes d'effectifs, c’est ça que vous soulignez aussi, il y a des équipes complètement fatiguées parce qu’il s’agit aussi de surveiller beaucoup plus ce qu’il se passe à l’extérieur ?

"Encore une fois, au 15 janvier, nous dénoncions sans savoir évidemment ce qui allait arriver, une carence en personnel pour l’entièreté de la police de 3700 équivalents temps plein. C’est presque 10%. Une personne sur dix était manquante à ce moment-là.

Le Gouvernement actuel, évidemment, essuie ou paie les factures de la législature précédente qui a fait des économies drastiques dans la Fonction Publique et notamment dans les Forces Armées et très certainement dans la police en plafonnant complètement d’une manière idiote les recrutements, ce qui fait qu’effectivement il y a eu une hémorragie de départ à la pension qui était connue et qui fait que, maintenant, nous sommes en carence de personnel de pas moins de 4000 personnes.

Ce Gouvernement-ci a inversé la vapeur avec une année de retard. Vous devez savoir que la première année de législature, ils avaient décidé de limiter les recrutements, qui étaient déjà limités à 1000, de les descendre encore plus bas à 800, alors qu’on savait qu’il y avait pas loin de 1600 départs par an.

Ici, les faits ont imposé à cette législature-ci, d’inverser complètement la vapeur et de monter à 1600 équivalents temps plein. Mais, selon nos calculs, ce sera malgré tout insuffisant que pour combler la carence en personnel. Ce qui signifie que nos policiers sont à hue et à dia. Le policier que vous voyez dans votre quartier, à Marche-en-Famenne par exemple, si ça se trouve demain il sera à Molenbeek, à la Côte ou à la frontière française du côté de Furnes."

Si vous deviez dire quelque chose à Paul Magnette (le bourgmestre de Charleroi) ou à Charles Michel (le Premier Ministre) qui se sont rendus hier au chevet des victimes, ce serait quoi ?

"Eh bien que l’empathie, c’est bien joli mais nous il nous faut plus que de l’empathie. Il nous faut plus que du sentiment émotionnel. Il nous faut des décisions politiques. Il nous faut de l’action.

Alors, quel type de décisions politiques ? Nous le réclamons à cors et à cris, ce n’est pas que symbolique, c’est l’élévation du niveau de la menace pour les policiers au minimum à 3. Puis, forcément, l’établissement d’une liste de mesures à prendre dont il y aurait un noyau qui, obligatoirement, devrait être appliqué par tous les responsables de bâtiments et de lieux collectifs de travail policier par les responsables parce que, justement, il ne faut plus laisser à ces "responsables" le soin de décider de tout. Ils peuvent avoir une marge de manœuvre dans la décision des mesures à prendre. Spa n’est pas identique, en termes de réalité contextuelle, avec tel autre lieu qu’est Molenbeek. C’est évident. Mais, il faudrait un noyau de mesures à prendre, bétonnées, nationales, que tout le monde partout en Belgique doit mettre en œuvre pour protéger les lieux de travail policiers et les policiers.

Il y a une mesure qui est très épineuse au niveau politique, c’est de décider si oui ou non les policiers peuvent porter continuellement leur arme."

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