Charleroi: un dossier européen de dix millions d'euros égaré au sein de l'administration

Les travaux du Quai 10
Les travaux du Quai 10 - © RTBF

Le dossier de la rénovation du futur centre de cultures contemporaines Quai 10, installé Quai de Brabant à la Ville Basse, a physiquement disparu du service Culture de la Ville de Charleroi. Une disparition constatée fin juin.

Les bureaux ont été fouillés de fond en comble plusieurs fois ces dernières semaines, mais rien n'y fait : on ne retrouve aucune trace du dossier Quai 10.

Le personnel a été interrogé, en vain. Même l'ancien échevin de la Culture, Antoine Tanzilli (cdH) a été sollicité. C'est lui qui avait géré le dossier à l'époque, mais il n'en a bien sûr, comme le prévoit les règles, pas gardé de copie. "Il n'y a pas de raison qu'il soit ailleurs qu'à la Ville de Charleroi. Les dossiers du collège, ce sont les services généraux de l'administration communale qui les détiennent et qui les renvoient dans le service concerné. Donc, où ce dossier s'est-il égaré ? Personne n'a la solution, sinon on mettrait la main dessus !", regrette-t-il.

Dix millions d'euros en balance

Ce dossier, l'Europe en a besoin pour verser ses subsides FEDER (Fonds européen de développement régional). Dix millions d'euros sont en effet débloqués pour la rénovation du bâtiment (ainsi que la construction de la Placerelle et la rénovation des Quais de Sambre), mais l'Europe veut aussi savoir la nature du lien entre la Ville et le gestionnaire, afin de voir s'il y aura une exploitation commerciale.

Et cela, elle en sera sûre quand elle aura lu la "concession domaniale" du site que le collège du 28 février 2012 a délivré à l'ASBL le Parc. Antoine Tanzilli s'en souvient très bien : "Il y a le P.V. du collège, qui est très clair sur le fait que l'ASBL Le Parc est désignée; le collège reprend également les conclusions du Comité d'accompagnement à son compte; il y avait même eu une conférence de presse le jour-même, avec Eric Massin (PS), qui était alors le bourgmestre en titre. Donc, cela ne fait pas l'ombre d'un doute quant à la désignation du Parc, vous pensez bien, sinon ils n'auraient pas attendu deux ans et demi pour se poser des questions !"

Une vision des choses très différente à la Région wallonne

En pratique, c'est la Région wallonne qui avance l'argent, pour le compte de l'Europe. Quand le dossier arrive à sa clôture, un audit est réalisé par la Direction wallonne d'audit des fonds européens. Il faut s'assurer que tout s'est déroulé dans les règles. C'est à cette occasion, en juin dernier, que les fonctionnaires wallons ont levé le lièvre.

"Sans ces documents, nous explique un interlocuteur, on ne peut pas vérifier que les législations ont bien été respectées. Et quand on sait que l'Europe est très rigoureuse à ce sujet, on ne peut rien laisser passer. Au moindre doute, on doit demander des explications. Nous sommes nous-mêmes audités par l'Europe, nous devons être très à cheval sur les règles."

Situation bloquée ?

A moins de retrouver ce dossier "par miracle", la Ville est dans une situation de plus en plus inconfortable. Si aucune solution n'est trouvée dans les semaines à venir, Charleroi pourrait bien avoir à rembourser à la Région wallonne les sommes déjà perçues (le dossier est bouclé au niveau européen le 31 décembre prochain).

La Ville ne souhaite faire aucun commentaire pour le moment, mais un interlocuteur communal nous déclare "qu'il est très difficile d'évaluer les sommes en jeu. Je ne vous cache pas que l'inquiétude grandit de jour en jour. Nous ne comprenons pas ce qu'il s'est passé. En tout cas, un sabotage, un acte délibéré semble impossible, impensable. Cette affaire nous ridiculise tous".

Le collège communal de ce mardi 18 août a mandaté un avocat afin qu'il fasse le point juridique de la question. "Soit, nous confie une source, l'avocat nous dit qu'il n'y a pas de problèmes, ni juridiques ni administratifs, et on peut continuer, soit il nous dit qu'il y a un sérieux problème, et là, nous serons obligés de recommencer toute la procédure."

Car l'autre perdant de cette affaire, c'est l'ASBL Le Parc. Pas de commentaires pour l'instant, mais un interlocuteur proche du dossier déclare que "cette situation est grotesque. Michel Bakolas, le gestionnaire, a engagé du personnel, et la convention de gestion de la brasserie est signée cette semaine ! Vous imaginez ce qui se passerait si on nous dit que, demain, il n'y a plus de convention avec la Ville et qu'il faut recommencer l'appel à projets, au risque de voir de nouveaux candidats se présenter face au Parc ? Les pertes financières seraient énormes !".

La Ville espère un premier éclairage juridique pour la semaine prochaine. Le Quai 10 est lui, officiellement inauguré le 5 septembre prochain lors d'une grande soirée festive.

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