Charleroi: les enfants placés à l'hôpital, faute de mieux

Des enfants qui vivent à l'hôpital, sans pour autant être malades. Ils seraient 90 chaque année à Charleroi, placés par le juge de la jeunesse. Mais faute de structures d'accueil d'urgence adaptées, ils se retrouvent dans les services de pédiatrie, comme au Grand Hôpital de Charleroi. 

"Il est souvent tout seul"

En plein pic de l'hiver, tous les lits du service sont occupés. Parmi ces enfants, Arthur a 4 mois. Il n'a jamais connu que l'hôpital. Ce matin, il se fait chouchouter dans les bras de Béatrice, une sage-femme: "Il est toujours dans les bras. Il est souvent tout seul. Chacune à notre tour, on le prend à bras. Ces enfants ont besoin de plus d'attention. Entre chaque patient, il faut prendre plus de temps pour ces enfants qui sont seuls. Il faut s'organiser, mais ça vaut la peine."

Quatre lits occupés en permanence
Arthur fait partie de ces enfants qui restent de longs mois à l'hôpital, alors qu'ils ne souffrent d'aucune pathologie.
Au Grand hôpital de Charleroi, quatre lits sont spécialement dédiés à ces enfants et c'est loin d'être suffisant selon Hajer Lassoued, pédiatre: "Nos quatre lits sont en permanence occupés. Nous devons souvent refuser des enfants par manque de place." Le Grand Hôpital de Charleroi a mis en place un projet hirondelle. Le docteur Lassoued précise: "Les enfants placés à l'hôpital peuvent aller en crèche la journée pour être stimulés, pour se sociabiliser, pour avoir des contacts avec d'autres enfants, comme ça, ils ne souffrent pas d'une certaine négligence de la part de la structure hospitalière." Arthur est le premier enfant à bénéficier de ce projet. 

Mineurs en danger

Deux tiers des dossiers qui arrivent sur la table du parquet de la jeunesse concernent des mineurs en danger. Sandrine Vairon, 1ère substitute du procureur du roi à Charleroi: "Des situations d'enfants qui en raison de faits dont ils sont directement victimes; soit des enfants qui, en raison de la situation familiale, des difficultés ou des carences parentales, se retrouvent dans des situations de danger graves, dans une situation de péril qui justifie que l'on doive prendre une série de mesures dans l'urgence."

Une situation criante pour les moins de 6 ans, au vu du peu de places d'urgence dans les milieux d'accueil: "Les solutions sont fort limitées. Sur l'arrondissement judiciaire de Charleroi, nous ne bénéficions pas d'un système de familles d'accueil d'urgence. Et donc Charleroi doit faire appel à des familles d'accueil d'autres arrondissements et en terme de pouponnière, nous sommes très limités en matière d'accueil."

Une crèche d'urgence en attente

Faute de mieux, les enfants sont donc déposés dans les services de pédiatrie des hôpitaux. Une solution qui est loin d'être optimale. Un projet de crèche d'urgence avait été mis sur pied en 2013. L'objectif était d'accueillir 24h sur 24 ces enfants dans une structure adaptée. 75 000 euros de subsides ont été débloqués par la loterie nationale pour effectuer des travaux et 40 000 euros du Viva for life sont destinés au renfort de personnel. Mais pour le moment, la crèche Les carabouyas à Marchienne-au-pont fonctionne de façon traditionnelle en accueillant des enfants, uniquement en journée. Le dossier serait bloqué en matière juridique. Aucun cadre législatif ne prévoirait ce type d'accueil, même si tous les partenaires s'entendent pour dire que cette crèche d'urgence serait nécessaire à Charleroi. Aucune date d'échéance n'est avancée pour le moment. La députée cdH, Véronique Salvi a toutefois déposé une proposition de décret qui sera examinée en janvier.

 

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