Charleroi : le plan canicule est activé

Manu Berwaert, Urgence sociale du CPAS de Charleroi.
Manu Berwaert, Urgence sociale du CPAS de Charleroi. - © Luciano Arcangeli

0800 18 348.

C'est le numéro du plan canicule que la Ville de Charleroi a mis en place pour aider ces citoyens dans le besoin. Un numéro d'urgence qui vous emmène dans un call center virtuel, animé par des employés bénévoles de la Ville, qui vous écoutent et qui prennent  en charge une kyrielle de demandes.

Valérie Dropsy est à l'une de ces oreilles : " C'est un mix entre des appels des gens qui sont en situation précaire, en demande d'une aide ou d'un support, et puis aussi de personnes qui ont simplement soif et ne savent se déplacer pour simplement aller chercher de l'eau. J'active alors les urgentistes sociaux du CPAS de Charleroi. Et ils se mettent en route... "

 

Urgence

Dans la foulée de cette chaine de secours, je rencontre Manu Berwaert. C'est l'homme providentiel de 8 à 20 heures, c'est l'homme-ressource qui veille sur une foule d'anonymes, vivant en marge du système social, toxicomanes, sans domiciles fixes, le quart-monde... C'est un gaillard remarquable, d'une gentillesse éprouvée et qui garde son calme en toute circonstance. Un homme qui court sans cesse pour aider les citoyens en détresse.

Charleroi, 35°...

L'air est chaud, la sueur perle sur tous les fronts. Les gens ont soif.  Manu est parti acheter pour le compte du CPAS un ventilateur, et dans la foulée des médicaments pour un toxicomane au bout du rouleau.

Sa voiture blanche sillonne la ville et on trouve le temps de discuter un petit peu, non sans être passer chercher des packs d'eau minérale qu'il porte à bout de bras pour les engouffrer dans le coffre de l'auto : " On a eu un hiver, puis le Covid, et maintenant la canicule, et cela n'arrête jamais. Les carolos en détresse sont nombreux et nous sommes une toute petite équipe. C'est dur. C'est dur de maintenir son énergie tous les jours mais au bout du compte on reçoit des mercis et des sourires. Et un salaire bien sûr !"  

Mais clairement cela semble dérisoire, la Ville a du boulot pour contrer la pauvreté et la détresse que nous croisons. En quelques heures, en compagnie de notre sauveteur du jour, une autre réalité se dévoile devant mes yeux. Le journaliste carolo que je suis, cotoie, voit sans voir, cette réalité qui épouse les coins d'ombre de la Ville. Manu me réveille. En une heure j'ai vu dix vies en danger. Manu, lui, il a les mains dedans. Le coeur dedans. Il est le dernier rempart avant le sordide, comme beaucoup de gens, des ces travailleurs sociaux, des associations et services de l'assistance sociale.

 

Charleroi, 36 degrés...

Dans une maison du quartier nord, il y a une oasis de repos pour les toxicomanes et les SDF. Ils sont là et des dames et un médecin les aident. Il y a cet homme, qui ne parle pas français, avec une jambe amputée et qui ne sait pas quels médicaments, et quelles substances il avale chaque jour. Il a mal. Il a chaud. Il est au bout. La toxicomanie fait de ravages. Nous croisons un adolescent qu'il connait bien, héroinomane, mais pas le temps de s'arrêter. Ce sera pour une autre fois. Un couple vit dans un grenier du côté de Marchienne, une chambre garnie sans air, nous grimpons les marches de l'escalier en bois, poussiéreux. Et la chaleur grimpe. Manu tend le ventilateur tant attendu. Il y a là un couple hagard et en sueur, la dame très gentille, remercie, une fois, deux fois. Son compagnon fait de même. Ce ventilateur c'est comme une délivrance. Quelques mots échangés et Manu repart vers une autre mission. Une autre urgence. La face méconnue de l'entraide activée par le CPAS de la Ville. Qui semble ne jamais voir le bout de ce tunnel sans fin.

On reprend la route, il y a l'air conditionné dans l'auto et Manu me glisse... " J'espère qu'après ce coup de canicule on n'aura pas Covid 2.0... ".  La hantise d'une rechute. Salut Manu ! Il me sourit et me lance, jeudi, il y aura de l'orage. L'orage comme une douche de délivrance. 

Duplex depuis Charleroi dans notre journal de la mi-journée:

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