Chantier "Rive Gauche" à Charleroi: un maçon kosovar hospitalisé sans couverture sociale

GjoCaj Nazmi dans sa chambre d'hôpital où il se pose beaucoup de questions
GjoCaj Nazmi dans sa chambre d'hôpital où il se pose beaucoup de questions - © rtbf.be - Luciano Arcangeli

La semaine dernière, plusieurs ouvriers maçons du chantier du futur centre commercial "Rive Gauche" ont attiré l’attention des médias et du public sur les problèmes qu’ils rencontraient dans leur travail. Il s’agissait de travailleurs employés en sous-traitance par une société italienne qui ne les avait pas payé depuis décembre 2015.

Mais ce n'est pas tout. GjoCaj Nazmi, un ouvrier kosovar de 27 ans, employé par une société sous-traitante sur le méga chantier carolo, a été victime d'un terrible accident de travail il y a trois semaines. Il est tombé de plusieurs mètres d'un échafaudage qui s'est dérobé sous ses pieds. L'homme est hospitalisé depuis son accident avec plusieurs fractures et lésions. Il se rétablit peu à peu mais, depuis ce lundi matin, un autre stress le frappe: il semble qu'il n'avait aucune couverture sociale depuis plusieurs mois. Comme tous ses amis du même chantier. Il ne comprend pas : il n'a pas été payé depuis décembre et il ignorait qu'il n'était pas couvert par son employeur. " Je pensais que j'étais en règle, ils nous ont dit: vous avez un contrat, une assurance, vous avez tout. Et nous nous avons travaillé tranquilles. Mais maintenant, sans assurance, comment vais-je faire pour payer tout ça ? Ces opérations et tout. Je fais ce travail pour donner à manger à ma famille. et maintenant je suis ici sans rien, dans un lit. "

L’ouvrier blessé ignorait même qu’il avait changé d’employeur depuis son arrivée

Carlo Briscolini, le syndicaliste de la FGTB, a rendu visite au travailleur hospitalisé : "Je pense qu’on a du mal à s’y retrouver dans ce montage de sociétés en cascade, qui se créent et disparaissent. L’ouvrier blessé ignorait même qu’il avait changé d’employeur depuis son arrivée. Clairement,  dans le principe belge de la solidarité responsable de l’entrepreneur principal, juridiquement parlant et surtout moralement, je pense que les entrepreneurs Duchêne et Valens adopteront la bonne attitude pour résoudre les problèmes de ce garçon ainsi que ceux de l’ensemble des travailleurs qui ne perçoivent pas l’intégralité de leur salaire. Il est clair qu’aujourd’hui si les ouvriers ne sont pas en règle sur le plan des assurances, la responsabilité du coordinateur de la sécurité est engagée et pour la partie sociale car l’entrepreneur principal a pour obligation de vérifier un certain nombre de paramètres."

La police et l'inspection sociale sont venus entendre le travailleur dans sa chambre. Et des vérifications de tous ordres sont en cours.

Mais la réalité est là : les travailleurs avaient un contrat sur trois feuilles de papier. Depuis décembre, GjoCaj a perçu en tout et pour tout 600 euros pour douze à treize heures de travail par jour sur le chantier de "Rive Gauche". Son témoignage laisse pantois et suscite bon nombre de question. Qui est, en définitive, responsable de cet état de fait ? Comment plus de 80 hommes ont-ils pu travailler plus de douze heures par jour sur un chantier au coeur d'une ville sans la moindre couverture sociale? Sans salaire et dans des conditions d'hébergement qui doivent encore être éclaircies. En Italie, comme en Belgique, des hommes tentent d'obtenir une réponse à ces questions. Depuis trois semaines, le service social de l'hôpital Notre Dame se démène aussi, mais sans succès.

Le patron indélicat est toujours incarcéré en Belgique. C'est la seule certitude dans ce dossier où l'on va de surprises en surprises.

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