CEB : trop de pression sur les épaules des écoliers ?

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Illustration - © Pixabay - domaine public

Il approche à grands pas, ce fameux certificat d’études de base ! Les journaux proposent des suppléments "CEB", des coachs offrent leurs services, les élèves peuvent participer à des ateliers "gestion du stress". Utile, tout ça ? Témoignages et analyse

Cela fait deux ans qu’Alyssa Virga a mis sur pied ses ateliers de préparation au CEB. Logopède reconvertie en coach scolaire, elle veut aider les enfants en difficulté, "qu’ils prennent conscience de leur potentiel", leur donner des astuces pour mieux apprendre. "L’idée m’est venue du fait que les enfants se sentaient souvent seuls dans leurs difficultés. J’ai voulu leur permettre de se rendre compte que finalement tous les enfants avaient des difficultés, et que le fait d’interagir ensemble leur permettait vraiment de se rendre compte de leurs potentiels. De se rendre compte que les difficultés, c’est propre à tout le monde, on en a tous, ce n’est pas pour autant qu’on est nul ou qu’on n’est pas intelligent, que du contraire". Les séances associent des moments de méditation et des trucs et astuces pour les petits élèves. "Le moment de méditation peut leur apprendre à se construire une pensée positive. Ensuite, je leur apprends toutes des petites techniques issues de recherches en neurosciences, comme par exemple comment créer et utiliser un mindmapping". Pour elle, 3 ou 4 séances suffisent pour offrir aux enfants de nouveaux "outils". Les séances se déroulent généralement dans des endroits qui rappellent la nature, des endroits lumineux qui favorisent le bien-être et l’intelligence appelée "naturaliste". En débutant cette préparation dès le début de l’année, cela permet à l’enfant "de se déstresser vis-à-vis de cette étape de CEB, mais aussi de connaître son fonctionnement tout de suite et d’aborder la matière de la meilleure des manières. Il doit ainsi réduire son effort en fin d’année.", nous explique Alyssa Virga.

Parmi ses élèves, elle compte Matteo, habitant de Quaregnon. Dyslexique, il a eu besoin de séances de logopédie. Il prépare cette année le CEB, et… c’est pas évident ! Sa maman Ingrid l’a inscrit au "coaching" d’Alyssa. "Il sort des ateliers très content, motivé. Quand on voit que son enfant est bien, nous, on est bien aussi ! En tant que parent, on n’a pas tout le matériel pédagogique pour pouvoir aider notre enfant, alors qu’Alyssa met Matteo en confiance, elle le valorise. Chaque enfant a des besoins différents et elle prend le temps de trouver des méthodes propres à chacun".

Matteo acquiesce, le CEB il le "sent bien" ! Il ne se fait pas tirer l’oreille pour aller aux séances de coaching, "je sais que ça va m’aider et que je vais pouvoir mieux travailler à l’école". Il va d'ailleurs se rendre à l'atelier organisé à Havré le mois prochain. 

L’avis du spécialiste

Comme nous tous, ces derniers jours, Willy Lahaye entend des pubs à la radio pour des séances de remédiation, il voit les suppléments "spécial CEB" dans ses journaux… Et ça a tendance à l’énerver un peu. "On est dans une spirale du stress et de l’excellence. C’est un peu comme si au lieu d’avoir une 2 chevaux pour faire X km, on pouvait embarquer dans une Ferrari et arriver avec les meilleurs résultats le plus rapidement possible".

Psychopédagogue à l’UMons, il plaide pour un peu plus de "mesure" dans la préparation au CEB, et moins de stress à tous niveaux.

 "Prenons les ateliers en gestion du stress. J’ai l’impression qu’un atelier gestion du stress doit amplifier le stress auprès des enfants, des parents et des enseignants ! Il y a une volonté de performance dans cette société. Le coaching devient un leitmotiv. Il faut coacher les jeunes, depuis presque leur naissance, pour devenir des individus brillants et exceptionnels". Autre problème, à son goût : le coût que représentent toutes ces "aides à l’apprentissage". "Ça fait la part belle à une économie de marché. Ceux qui peuvent se le permettre vont avoir recours à ce type de situation, forcément dans une société où il y a toujours des exclus et des inclus".

Son conseil ? "Rester cool !". Sans pour autant abandonner toute préparation au CEB. "Il faut s’y préparer, bien sûr ! Mais le parent doit se montrer rassurant. Il faut savoir que quand on stresse un enfant, on mobilise les mêmes éléments neurologiques qu’on met en œuvre par rapport à des concepts mathématiques. Donc si vous monopolisez votre enfant sur du stress, il sera beaucoup moins performant dans certaines tâches au CEB".

Pour Willy Lahaye, il faut repenser la préparation au CEB, et surtout le lien entre enseignants et parents d’élèves. "Il n’y a plus de concertation entre parents et enseignants, on a abandonné. Il faudrait remettre au goût du jour cette alliance éducative. Par exemple, par rapport à ce CEB, il pourrait y avoir un temps limité consacré à des taches limitées qui seraient convenues entre parents et enseignants. Faire en sorte que parents et enseignants conviennent ensemble que x temps, 15’ ou 20’ soient accordées par jour à ce type d’activité, et pas plus ! Cela rendrait le CEB moins stressant pour tout le monde !".

 

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