Brugelette : une nouvelle école pour enfants à besoins spécifiques

Brugelette : une nouvelle école pour enfants à besoins spécifiques
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Brugelette : une nouvelle école pour enfants à besoins spécifiques - © Tous droits réservés

On les appelle les "dys-": dyslexiques, dyspraxiques, dyscalculiques. D’autres de leurs copains sont "à haut potentiel", ou "hyperactifs". Pour eux, apprendre peut se révéler compliqué, surtout dans un cadre "traditionnel". L’école des Phoenix veut répondre aux besoins de ces enfants. Et proposer à d’autres aussi une pédagogie différente. Nous sommes allés en classe, un mois après la rentrée.

"Qui est le phytoplancton ? Et le poulpe ? Le phoque ? Levez-vous !" Le cours de Madame Elodie a de quoi surprendre. Surtout quand les élèves grimpent sur leur chaise, accrochent des fils de laine entre eux, et finissent en toile d’araignée géante. Chacun représente en réalité un "maillon" de la chaîne alimentaire. Ethan est relié à Hermione, Olive à Antoine : ça ressemble à un jeu, mais c’est une des leçons dont Madame Elodie a le secret.

Dans cette classe de première secondaire, un tiers des élèves présente un trouble de l’apprentissage. "Moi je suis dyspraxique", explique Antoine. "Cela signifie que j’ai des difficultés à me servir de mes mains et de mes pieds". L’écriture lui a toujours posé problème. Ici à l’école, il utilise beaucoup l’Ipad. "On m’a appris à plus utiliser cet outil, du coup j’ai moins de problèmes. Je n’ai plus si mal au poignet quand je rentre chez moi".
De leurs difficultés " d’avant ", ils parlent sans réellement de tabou. Certains s’ennuyaient comme des rats morts, sur les bancs de l’école. " J’avançais beaucoup plus vite que les autres", nous confie Olive. Une autre de ses copines a connu ça. " Et apprendre des schémas par cœur, je ne voyais pas l’intérêt. Je trouve que ça sert à rien ! "

Ici on apprend plus en jouant. C’est ça la philosophie de l’école, où ce sont les élèves qui font les expériences, la matière. C’est ça la pédagogie active. On n’écoute pas un professeur assis sur sa chaise pendant 6 heures". Ethan est hyperactif, il vit beaucoup mieux ses journées de cours. Son voisin nous explique qu’il est " hyperémotif ". Pas facile non plus, dans une école " lambda ". "J’ai besoin de beaucoup d’écoute des professeurs, du directeur, et des autres. Pour être rassuré. Ici tout le monde est attentif aux autres, tout le monde s’aide". Chacun a un vécu différent, des attentes particulières. Se croisent dans cette classe des enfants dysorthographiques, dyscalculiques. D’autres avaient perdu l’envie d’aller à l’école, tout simplement.
 

" Ce qui nous frappe, en tant que parent, c’est d’entendre nos enfants dire qu’ils ont envie de retourner à l’école. Le dimanche soir, par exemple. Vivement l’école. On a le sentiment qu’ils apprennent réellement beaucoup, mais qu’ils n’ont pas le sentiment d’être à l’école. Un peu comme si ils allaient… En stage pendant les vacances ", nous dit François Homerin, un parent d’élève. Ce qui le séduit dans l’approche du corps enseignant, ce sont " ces petites choses toutes simples, mais auxquelles il fallait penser ". Deux exemples l’ont marqué depuis la rentrée. " Les élèves mettent des pantoufles dans les classes. Ça salit moins, mais ça les rend plus à l’aise aussi ! Et pour son premier cours de calcul, mon fils m’a raconté que l’enseignante avait ramené un gâteau. Elle leur a dit ‘en trois coups de couteau, vous devez le diviser en huit parts. On a tous eu des cours de maths où on nous parlait de parts de tartes. Mais ici on l’a amenée, la tarte, et ils l’ont mangée ! Mon fils s’en souviendra toute sa vie ", conclut ce papa. 

Les pédagogies actives réclament beaucoup d’adaptation de la part des enseignants, et d’énergie. Rien qu’à voir Madame Elodie s’époumoner sous son masque, on se dit qu’elle doit bien dormir, le soir. Mais elle était volontaire pour intégrer l’équipe. " Quand j’ai vu le projet, j’ai foncé et posé ma candidature. C’est plus actif, c’est plus gai aussi pour l’enseignant. C’est très enrichissant : une remise en question complète de notre pédagogie ! " Elle traîne avec elle un sac énorme, rempli de ressources pédagogiques plastifiées. Des cartes, des étiquettes, des crânes d’animaux même ! " On prévoit des plans B, des relances pour ceux qui vont plus vite, des exercices pour ceux qui ont des difficultés. Tous les jours, entre 8h20 et 8h40, il y a un temps pour venir voir les professeurs".

Celui qui enseigne le latin aux enfants, M. Youri, est un fameux personnage. Nous le retrouvons en train de "gribouiller" sur le tableau numérique, des hiéroglyphes ! "Je suis égyptologue de formation". Il maîtrise une vingtaine de langues anciennes, et pilote aussi des visites dans des musées d’histoire. Ça l’aide, au quotidien, dans son métier d’enseignant. "Lorsqu’on se trouve face à un groupe, on a des personnes d’âges différents, de niveaux différents. Certains ont des connaissances poussées, d’autres pas. Il faut faire en sorte que tout le monde s’y retrouve, quel que soit son niveau de départ, et l’amener à maîtriser, à la fin, des informations données".

Lors de notre passage dans l’école, l’ambiance est un peu survoltée. Pensez-vous : une ministre est là, en ce moment, avec eux, dans les préfabriqués ! Caroline Désir ne cache pas son enthousiasme, face au projet pédagogique de l’école des Phénix. "Ils ont 24 enfants à besoin spécifique, ça va tout à fait dans la direction que souhaite le pacte pour un enseignement d’excellence. Avoir un enseignement plus inclusif, c’est ce que nous visons. Or, tout ici est axé sur la prise en compte des besoins et du rythme des élèves". Les enfants à besoin spécifique sont de plus en plus nombreux, dans les écoles, " sans doute aussi parce qu’ils sont mieux diagnostiqués ", précise la ministre de la Fédération Wallonie Bruxelles. " Il faut leur offrir l’accompagnement dont ils ont besoin". Et leur permettre d’évoluer au contact d’enfants sans trouble d’apprentissage, dans des écoles qui ne sont pas des écoles dites "spécialisées", c’est important aussi. "Je ne veux pas critiquer l’enseignement spécialisé, qui est de qualité. Mais il doit être réservé aux enfants qui en ont vraiment besoin. Certains enfants sont mal orientés".

La ministre dit vouloir mieux soutenir les établissements et les enseignants qui s’investissent dans les pédagogies actives. "C’est sûr, nous avons besoin de formations, de ressources, de connaissances sur le sujet ", énumère Madame Elodie. " Jusqu’ici, c’est beaucoup à nous de faire nos recherches, chacun dans notre coin. Nous avons aussi des besoins en termes de matériel. Certains enfants ont besoin par exemple de ballons pour s’asseoir, d’autres des outils spécifiques comme les Ipad…"
 

Un mois après la rentrée, la mayonnaise prend-elle, dans cette école flambant neuve ? "Les sourires sont là. La mayonnaise commence à prendre ", nous répond l’enseignante. " C’est nouveau, pour eux aussi, les pédagogies actives. Il a fallu aussi, tout simplement, reprendre le rythme, après ces mois de confinement ! "

L’école compte à ce jour 66 " Phénix ". L’établissement a reçu un subside pour pouvoir ouvrir ses portes. L’objectif est d’ajouter, à chaque rentrée scolaire, une année supplémentaire. 

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