Blocages et barrages de camions à Lobbes-Thuin: ambiance sur place

La file des camions à Lobbes
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La file des camions à Lobbes - © rtbf.be - Luciano Arcangeli

Le zoning de Thuin en Hainaut accueille près de 500 travailleurs actifs, pour la plupart, dans le transport de marchandises. Le zoning est aujourd'hui paralysé.

Un transporteur routier fâché

Jean Fadel, entrepreneur et propriétaire d'une flotte de quelques 70 camions, est particulièrement en colère contre les mandataires wallons et notamment le ministre Christophe Lacroix (PS) qui, selon lui, a pris des mesures injustifiées qui pénalisent trop les petits acteurs du marché. Pour lui, " Je suis d’abord tout à fait solidaire avec mes collègues puisque, même s’ils n’ont que un, deux ou trois camions, on fait exactement le même métier et on est tous impacté de la même manière par cette nouvelle taxe kilométrique. Les gens ne se rendent pas compte que les personnes qui ont du matériel euro 3, du matériel plus vieux, vont payer le double pour la taxe."

"Pratiquement, il faut savoir qu’on met le couteau sur la gorge des gens qui sont déjà au bord de la noyade. Cette fois-ci, les Wallons sont punis par le gouvernement wallon, par Mr Lacroix qui, avec intransigeance, n’accorde pas certaines petites compensations qu’il pourrait accorder au secteur et notamment aux plus faibles qui ont du matériel plus vieux ou moins de camions. C’est une intolérance de notre gouvernement wallon. Les Wallons sont punis par leur gouvernement. "

Un chef d’entreprise outré

Les transporteurs qui bloquent le carrefour de Lobbes-Bonniers depuis deux jours empêchent le transit des camions de la société BidVest Deli XL, installée dans le zoning tout proche. Cette société alimente, avec ses camions frigorifiques, les hôpitaux, les associations publiques mais aussi les fastfoods et les magasins de la grande distribution.

Philippe Delsaert, le directeur opérationnel fulmine car le téléphone de la société n'arrête pas de recevoir des plaintes : tous les camions sont à l'arrêt. Il explique : "Je comprends leur problématique parce que nous avons le même problème. Nous sommes aussi soumis à la taxe kilométrique et je comprends la problématique. Maintenant, agir de la façon dont ils agissent, c’est un peu idiot. Il existe en Belgique des fédérations qui ont la possibilité de nous défendre de façon efficace tant sur le plan politique que sur le plan économique. Et donc c’est par eux qu’il faut passer. Il faut avoir une approche structurée."

"Aujourd’hui, on s’aperçoit qu’on agit de façon tout à fait sauvage et idiote. On est tous confronté au même problème et, par rapport à ça, on agit de façon différente. Et ce qu’il y a, c’est que les transporteurs, qui agissent comme ils le font de façon sauvage, pénalisent leurs collègues qui ont exactement les mêmes difficultés qu’eux. Il faut penser aux gens : les pauvres personnes qui sont hospitalisées ou en maison de repos ont quand même le droit de pouvoir continuer à manger. Là on les empêche de le faire et c’est pas bien quoi."

Un indépendant désespéré

Nicolas Gibellin, 31 ans, est transporteur indépendant et a déjà passé deux nuits sur le site des Bonniers. Il est déterminé : "Actuellement, le paiement de mon camion va encore me coûter 2 500 euros par mois pendant trois ans. A cela, j’ajoute 1 500 euros de mazout plus la taxe au kilomètre de plus de 1 000 euros par mois, je ne vois pas comment on va s’en sortir. Alors, pour tout ça, je continue le blocage jusqu’au bout. Jusqu’à ce qu’il y ait un accord raisonnable."

Un agriculteur concerné

A proximité des camions arrêtés, quelques tracteurs agricoles sont également présents. Parmi eux, il y a celui de Luc Hannut, un agriculteur de 23 ans qui comprend le coup de colère des transporteurs : "Moi je les soutiens à 100% et je trouve dommage qu’il n’y ait pas plus d’agriculteurs pour les soutenir. Je suis impacté parce que lorsque j’irai porter une bête à l’abattoir, mon transporteur va me demander beaucoup plus cher. Ce sera pareil pour mon approvisionnement en engrais ou les aliments pour bétail. Je pense qu’il faut tous se mettre ensemble parce qu’on essaie de nous détruire un par un. Je viens de reprendre une exploitation agricole depuis le 1er avril seulement  et je n’ai même plus envie de continuer, c’est difficile, c’est dur. On est tous au bout du rouleau. Et j’ai plein d’amis dans le même cas."

On le voit : la situation est difficile. Et les automobilistes ainsi que le citoyen lambda doivent s’attendre à des difficultés accrues. Les manifestants parlent de délaisser les zones industrielles pour bloquer des endroits plus " stratégiques " dans les heures qui viennent.

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