Embargo russe: pour les vergers belges, la dernière saison est à oublier

Guillaume Mathieu, dans son verger
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Guillaume Mathieu, dans son verger - © Charlotte Legrand

Le 7 août 2014, la Russie fermait ses frontières à toute une série de producteurs venus d'Europe et des Etats-Unis. Les mois suivants ont été catastrophiques dans certains secteurs. Celui des poires, notamment.

Rencontre avec un producteur du Tournaisis, Guillaume Mahieu. Son entreprise, les Vergers de Barry, est toujours debout. Mais au prix de très gros efforts.

Début août, l'année dernière, vous n'imaginiez pas du tout ce qui allait se produire... Vous vous attendiez même à faire la récolte du siècle?

"Tout à fait! Il y avait tellement de fruits sur les arbres. C'était l'année où je pensais reprendre l'affaire familiale, justement, j'espérais faire ma première bonne récolte, mettre suffisamment d'argent de côté pour faire des investissements".

Et patatras. Vu l'embargo, et la chute de la demande, vous n'avez même pas récolté tous les fruits...

"Non. C'était le conseil qu'on nous donnait au niveau européen, d'ailleurs. Un cinquième, un sixième de la récolte, est resté sur les arbres! Nous n'avions pas le choix. Les frigos étaient pleins. Il aurait fallu louer un frigo de plus, ça coûte de l'argent aussi... Bref, on n'en a laissé".

La clientèle russe représentait jusque là quelle part de vos acheteurs?

"C'est difficile à dire. Mais si on compte tout ce qui aboutissait en Russie, donc même les producteurs hollandais qui achetaient chez nous pour le marché russe, on arrive à presque 90%!"

A l'automne, qu'avez-vous fait?

"Il n'y avait plus aucune demande. Rien. On a essayé, essayé...en France, notamment. Mais avec leur protectionnisme, ça n'a pas marché. Donc on a dû chercher des clients. La situation ne s'est débloquée qu'après les fêtes. En janvier, d'abord des clients "historiques" nous ont fait plaisir. Ils ne comptaient pas acheter, mais ils ont acheté des poires pour nous aider. Ensuite, de nouveaux clients sont arrivés. C'était très étonnant de recevoir des demandes de très loin. De Libye, de Tunisie parfois... Preuve que de la demande, il y en avait toujours! Evidemment, pour des poires à prix très bas..."

Et vous avez tout vendu ?

"Oui, tout! On n'a pas réfléchi, sans savoir comment ça allait évoluer... Pour finalement se retrouver dans une situation assez paradoxale, en février - mars. On nous demandait encore des poires et nous n'en avions plus ! Si nous avions eu celles qui étaient restées sur les arbres...Mais bon ! ce qui est fait est fait. Quand les prix des poires sont remontés, nous n'avions plus de fruits".

 

Quel bilan financier tirez-vous de l'année écoulée?

"Question chiffre d'affaires, on a fait presque la même chose qu'en 2013. Avec trois fois plus de fruits sur les arbres, à la base... Et 2013 était une mauvaise récolte. Donc cela fait deux ans que c'est difficile financièrement. Mais on ne se plaint pas, car certains ont fait faillite. Et pas que des petits ! Souvent des gros producteurs, justement, dont on pensait qu'ils allaient survivre, car ils avaient plus de réserve. Peut-être à cause des investissements à assumer... De notre côté, on en est au stade où mon père est en fin de carrière. Donc les investissements vont seulement arriver. Ca nous a peut-être sauvé ?"

Vous allez donc reprendre ?

"Mes projets de reprise ont été postposés d'un an. Il faut que les banques suivent, c'est toujours le problème...Cette année, vous pensez bien qu'il n'y a eu aucun investissement. Et question main d'œuvre, on a limité les dépenses aussi. Donc nous avons dû travailler deux fois plus ! On termine sur les genoux, alors que la saison va seulement commencer. Et dans les mêmes conditions vu qu'il y a toujours un embargo, et que les prix sont bas".

Et qu'en est-il de la vente directe?

"On a vu, effectivement, des particuliers venir nous acheter nos fruits, pour nous soutenir. Mais la vente directe fonctionne beaucoup mieux pour les pommes ! Chez nous, il faut compter 5 kilos de pommes vendues directement au consommateur, pour un kilo de poires. Dans le verger, nous avons décidé de supprimer un hectare de poiriers pour y planter des pommiers. L'avantage des pommes, c'est que s'il y a des excédents, on peut aussi en faire facilement du jus. Le jus de poires se vend beaucoup moins bien".

Comment s'annonce la récolte dans le verger ? Satisfait des poires sur les arbres ?

"Oui, ça, on est content ! Il y en a moins que l'an dernier. Ce n'est pas grave. Le principal c'est que les fruits sont beaux. On a eu peur avec la chaleur en juillet, mais le calibre, la forme des poires, leur peau... tout va bien! Cela va peut-être tirer un peu les prix vers le haut".

Et les pommes?

"Ah de ce côté, c'est autre chose. Elles ont beaucoup souffert de la chaleur et présentent beaucoup de 'coups de soleil'. Nous avons dû en faire tomber 30%, pour ne pas que la pourriture contamine les autres pommes de l'arbre. Les coups de soleil, tous les producteurs de fruits connaissent le problème, mais cette année il semble qu'il y en ait plus que d'habitude !"

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