Barry: "Je n'ai laissé aucune chance à Véronique, je l'ai étranglée sans scrupules"

Le président de la Cour d'Assises du Hainaut a procédé, lundi matin, à l'interrogatoire de Michaël Dhenin, accusé d'un vol avec violence avec la circonstance aggravante qu'un double meurtre a été commis, en août 2014 à Barry (Tournai).

L'accusé a raconté comment il avait tué Philippe Laurent puis Véronique Mercier. "J'ai pris une hache et j'ai frappé Philippe à la tête et à la gorge. Ensuite, je n'ai laissé aucune chance à Véronique, je l'ai étranglée sans aucun scrupule. Cela ne m'a fait ni chaud, ni froid".

Un délinquant précoce

Michaël Dhenin a grandi dans la région de Charleroi, où il est né en décembre 1975. Il a commencé son parcours de délinquant dès l'adolescence (vols, fugues, rackets, etc.) et a été placé dans des centres fermés et des familles d'accueil. "J'étais borné, ma criminalité a commencé à l'âge de neuf ans. Je profitais de la naïveté des gens, que je mettais en confiance, pour voler et racketter". Un jour, une jeune fille âgée de 18 ans a tenté de le remettre sur le droit chemin : "je l'ai suivie, j'ai travaillé mais, le 23 juillet 1993 à 23h52, elle est morte dans mes bras d'une rupture d'anévrisme". Ses vieux démons l'ont rattrapé et l'accusé s'est retrouvé à deux reprises interné en psychiatrie. Il a continué à commettre des délits et a aussi commencé à consommer de l'héroïne.

Michaël Dhenin, qui vivait de ses vols, dit avoir braqué un centre de jeux le jour de la naissance de sa fille car il n'avait pas assez d'argent pour la soigner. Il a rencontré Régine D. sur un site de rencontres, vers 2008. Après lui avoir demandé de faire un strip-tease devant sa webcam, Régine lui a fixé un rendez-vous à la gare de Bruxelles-Midi. Michaël Dhenin a travaillé dans des restaurants bruxellois mais il gagnait peu sa vie. "Alors je me suis mis à vendre de la cocaïne à grande échelle. Régine, quant à elle, piquait dans la caisse du notaire qui l'employait depuis dix-sept ans, je lui disais de prendre chaque fois un peu plus".

Les vols, la violence et la drogue

Sans travail, le couple s'est rapidement endetté. "On a commencé à voler dans des magasins pour nourrir les deux enfants de Régine, tout en continuant à vendre de la drogue". Le couple aurait été menacé par des malfrats et a déménagé à Namur dans un deux pièces, avec les trois enfants et un ami, dans des conditions épouvantables. "J'ai failli tuer mon ami lors d'une dispute, c'est Régine qui lui a sauvé la vie".

Michaël Dhenin a ensuite travaillé pour des gangsters albanais et a monté des installations de cannabis. Avec l'argent gagné, la petite famille est partie à Tournai. Michaël avait juré à Régine de ne plus recommencer ses bêtises. En litige avec son propriétaire devant la justice de paix, Michaël Dhenin a fait croire à Régine qu'il avait gagné une grosse somme alors qu'il avait perdu son procès. "J'allais chez des gens avec des armes, je cambriolais des maisons et j'écoulais la marchandise volée, dont des pièces d'or". Le tribunal correctionnel de Tournai lui avait infligé une peine de travail de 156 heures qu'il a prestée.

"J'ai pris une hache et je l'ai frappé..."

Expulsé, le couple s'est retrouvé dans un centre d'accueil d'urgence avec les enfants. Michaël Dhenin a travaillé dans une entreprise à Leuze-en-Hainaut et la famille a obtenu un logement à Péruwelz après avoir menacé de brûler vif le directeur du centre d'accueil. Il a quitté son emploi et a cherché des petits travaux. Il a été embauché par les victimes, Philippe Laurent, 64 ans et Véronique Mercier, 52 ans. Après trois essais, le couple l'a engagé. "Après neuf jours, j'ai stoppé car j'en avais ras-le-bol de ma vie de famille, il y avait une tension entre moi et les filles de Régine". Philippe et Véronique l'ont rappelé et il a repris le boulot le 14 août. Philippe Laurent lui a proposé de remettre de l'ordre dans une remise. "Il s'est fâché car j'avais fumé un joint, il m'a dit de faire mon travail et de partir. Si je ne travaillais plus, Régine me quittait. J'ai pris une hache et je l'ai frappé à la tête puis à la gorge. Je l'ai exécuté lâchement comme j'ai failli le faire avec mon ami à Namur, sauf que cette fois-ci, Régine n'était plus là pour m'arrêter".

"Je l'ai étranglée sans scrupule"

Quelques heures plus tard, il tuait Véronique dans la maison. "Elle a tenté d'appeler les secours mais je ne lui ai laissé aucune chance. Je l'ai étranglée sans aucuns scrupules. Cela ne m'a fait ni chaud, ni froid". Juste avant, il l'avait bâillonnée afin de réclamer les codes des cartes bancaires "comme je l'avais fait quand j'ai attaqué l'office du tourisme de Huy avec un taser et un neuf millimètres", dit celui qui a déclaré que Régine D. avait eu beaucoup de chance car il a failli la tuer deux fois. Il lui a ensuite remis les cinq cartes de banques, jurant qu'elles n'étaient pas volées. Ensuite, le couple et ses enfants sont allés à Disneyland et les accusés ont été arrêtés le 26 août à Tournai. Juste avant d'être arrêté, Michaël Dhenin recherchait sa mère car il avait "un truc personnel" à régler avec elle. Il lui en voulait d'avoir fermé les yeux quand son frère le frappait. "Si ma mère avait dit la vérité, je n'aurais jamais tourné comme ça". A l'âge de 9 ans, Michaël Dhenin boutait le feu à une maison pour se venger de son frère.

Le procès va durer quinze jours

Le procès de Michaël Dhenin, accusé d'un vol avec violence, avec la circonstance aggravante que deux meurtres ont été commis pour faciliter le vol ou en assurer l'impunité, et de sa compagne, accusée de recel et de fraude informatique est prévu pour deux semaines.

Les faits ont eu lieu en août 2014 à Barry (Tournai). Les victimes, Philippe Laurent  et Véronique Mercier,  ont probablement été tués le 14 août à leur domicile mais les corps sans vie n'ont été découverts que les 23 et 24 août. Elle a été étranglée après avoir été ligotée et bâillonnée, lui a été frappé à la tête par une hache retrouvée près de corps.  il était couché sous 645 kilos de bois et de cartons.

Une compagne au courant de rien

Entendue par les enquêteurs, Régine D. (45 ans) a déclaré qu'elle n'était au courant de rien. Le 14 août au soir, son mari était rentré en état d'euphorie lui demandant de préparer ses valises car ils emmenaient les enfants en vacances. Elle n'est donc pas poursuivie pour le double homicide mais pour le recel d'une carte bancaire et une fraude informatique d'environ 19.000 euros. Elle est défendue par Me Gauthier Gossieaux.

Michaël Dhenin, quant à lui, est passé aux aveux directement mais il a déclaré qu'il voulait se venger du couple qui avait abusé sexuellement de lui durant son enfance. Une thèse rapidement démontée par les enquêteurs car le couple ne se connaissait pas encore au moment des faits exposés par l'accusé. Il a ensuite déclaré qu'il s'était fâché sur Philippe Laurent qui lui avait touché la main et qu'il l'avait frappé à mort avant de tuer sa femme.

Sept femmes et cinq hommes

Condamné de multiples fois, Michaël Dhenin est défendu par Me Fabian Lauvaux et Me Sonia Martines.

L'accusation est tenue par Ingrid Godart qui pose la question de l'assassinat à titre subsidiaire.

Le procès, présidé par Philippe Morandini, est donc prévu pour deux semaines. Il n'y aura pas d'audience vendredi, ni lundi prochain, fête de Pentecôte. Le jury est composé de sept femmes et de cinq hommes. Deux hommes et deux femmes sont juges suppléants.

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