Alourdis par la pluie et poussés par le vent, des hectares de blés versés ne se relèveront plus

Soixante litres d’eau au mètre carré durant une heure. Le froment de Daniel et Colette n’en demandait pas tant, dimanche matin. Alourdies par la pluie et poussées par le vent, les céréales se sont retrouvées couchées sur le sol. Une quinzaine d’hectares de la ferme Bruneau sont concernés par ce phénomène qu’on appelle "la verse".

"En trente ans, je n’ai jamais vu une ampleur pareille", explique Daniel. "Regardez ! Les quatre cinquièmes du champ sont versés. Pourtant, on met du raccourcisseur, un régulateur de croissance pour éviter qu’il ne tombe." Mais le risque zéro n’existe pas. "Comme quoi, on peut essayer de cultiver du mieux qu’on peut, c’est encore toujours la météo qui aura raison", soupire Colette.

Un aéroport pour les oiseaux

À ce stade-ci de leur croissance, les céréales ne se relèveront pas. "Le pied est mort, mais le grain continuera de mûrir". Par contre, les oiseaux pourront davantage en profiter. "Les céréales versées forment une piste d’atterrissage pour les oiseaux, notamment les pigeons ramiers, qui vont pouvoir prélever plus facilement des grains ou des épis", explique Adrien Degavre, agriculteur à Ostiches et professeur d’agronomie à la Haute école Condorcet, à Ath.

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La pluie et le vent ont été plus forts que le froment, dimanche. © P.W. - RTBF
Quelle perte de rendement avec la verse ? Réponse à la moisson ! © P.W. - RTBF
Le froment est battu. Le froment est battu... © P.W. - RTBF

L’autre souci avec la verse, c’est que les céréales sont plus proches du sol et moins bien ventilées. "Ce manque de ventilation va occasionner plus d’humidité, plus de risque de maladies fongiques - des champignons - et globalement une perte de qualité de la récolte". Au moment de la moisson, les machines devront rouler plus lentement si elles ne veulent pas laisser des tonnes de grains derrière elles. "Et si le grain est encore humide, cela pourra poser des problèmes de conservation".

"On ne va pas faire sans dormir pour ça"

Quelle perte de rendement au total ? Peut-être 20%, estime Adrien Degavre. Pour une réponse plus précise, rendez-vous dans quelques semaines : "Le seul moyen de le savoir, c’est de moissonner ! On verra à ce moment-là l’étendue des dégâts. Il n’y a plus qu’à espérer que le soleil revienne pour les limiter", précise le fermier philosophe de Pipaix. "Pour le reste, on ne sait rien faire, donc on ne va pas faire sans dormir pour ça…"

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En trente ans, cet agriculteur n'avait pas encore vu pareil spectacle. © P.W. - RTBF
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