Etre agriculteur en pleine pandémie : des craintes et du retard mais les gens se tournent plus vers le bio

Comme chaque jour depuis l’avènement de cette crise, Valentin Roulin s'affaire autour des tâches quotidiennes de la ferme familiale. Ce jeune agriculteur, propriétaire de la Ferme des Monts à Nalinnes, passe des animaux au champs, contrôle les ventes du magasin de la ferme, et passe un temps important pour savoir où en sont les transports. Tant pour l'approvisionnement que pour le retrait du lait produit. Des journées bien chargées, ce qui ne change pas beaucoup du temps d'avant, avant le Covid-19... 

Nous le rencontrons au détour d'une scène quelque peu "surréaliste": une interview à distance, avec l'enregistreur sur le bord d'une fenêtre de l'étable et lui qui se tient devant son tracteur à quelques mètres...

Le prix du lait risque de baisser (encore)

"Je suis un petit peu inquiet, nous confie-t-il. Les transporteurs qui viennent chercher notre lait commencent à avoir des problèmes. Nous n'avons plus de quotas laitiers et donc, si nous nous trouvons en surproduction, le prix au litre risque de chuter ; et notre lait, qui sert pour l'industrie, sera dévalorisé."

Et Valentin Roulin de poursuivre : "Aujourd'hui, on le vend 33 centimes le litre, mais je pense que le prix va baisser dès la semaine prochaine. J'ai d'ailleurs entendu que des collègues français sont contraints de détruire leur production. J'espère qu'on n'en arrivera pas là chez nous..."

Par contre, le magasin bio cartonne

"Franchement, c'est le bonheur ! De manière générale, la plupart des magasins à la ferme cartonne. Et çà, cela fait du bien ! Nous vendons nos produits via un distributeur automatique. J'ai placé des gants jetables pour les clients et aussi du produit désinfectant pour manipuler le  distributeur. Mais je suis épaté de voir arriver tous les jours de nouveaux clients, de nouvelles têtes. C'est comme si les gens découvraient enfin la qualité des produits régionaux et notre travail à la ferme. Ça me fait vraiment plaisir de voir que nos ventes augmentent (à peu près 50% de plus qu'en période normale). J'espère que les gens vont retrouver le goût des produits fermiers et qu'ils continueront à venir nous voir après la crise."

On le comprend, ce boom des ventes des produits compensent les pertes, notamment celles générées par les visites scolaires. Reste à programmer les travaux aux champs et s'occuper de la vie à la ferme. "Nous sommes dépendants des livraisons, pour nos engrais par exemple. Actuellement, cela prend du retard mais nous sommes toujours livrés. En fait, cela dépend fort de notre sous-traitant du secteur du transport."

Des difficultés "mais on va s'en sortir!"

Au niveau du secteur, de manière générale, l'agriculteur estime "qu'on a de la chance pour l'instant. Il y a du retard, certes, mais nous sommes toujours livrés et les retraits de produits laitiers sont toujours plus ou moins réguliers. Hier, par exemple, l'une de mes bêtes est morte. J'ai gardé l'animal sous cloche plus longtemps que d'habitude, avant qu'il ne parte au clos d’équarrissage. Voilà, c'est un impact. Reste que le travail au champs peut encore se faire. Et pour nous, c'est un plaisir de partir avec notre tracteur tracer nos sillons. J'ai confiance, ça passera ! On va s'en sortir !"

Avant de saluer notre interlocuteur, en prenant soin de respecter les consignes de prudence qui s'imposent, nous voyons trois clients qui viennent gonfler la file devant le magasin bio. Là-aussi, les distances sont respectées. On se dit que les gens ont finalement plus de temps pour découvrir les trésors de la ferme...

Sujet du 19/03/2020 - Maraîchages : une alternative bienvenue aux supermarchés

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK