600 ans plus tard, la Ville de Chièvres n'a pas livré tous ses secrets

Laetizia Puccio a passé plus d'un an à éplucher les archives de la Ville de Chièvres
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Laetizia Puccio a passé plus d'un an à éplucher les archives de la Ville de Chièvres - © Jeremy Giltaire

Vous habitez peut-être à Chièvres depuis que vous êtes né. Si ça se trouve, vous êtes même un passionné d’histoire locale. Et pourtant, vous ignorez que dans votre ville, au Moyen-Age, il n’y avait pas moins de trois prisons, situées à proximité des trois portes de la cité fortifiée. Rassurez-vous, cette découverte historique est très récente. C’est à une historienne, chargée de projet aux Archives de l’Etat, qu’on la doit.

Pendant plus d’un an, Laetizia Puccio a épluché les archives de la Ville de Chièvres, stockées dans les Archives de l’Etat, à Mons, sous le Lotto Mons Expo. Et ça en fait, des documents à parcourir, l’équivalent d’une étagère de 58 mètres de long. Des documents jaunis, d’anciens registres de comptes surtout, écrits en vieux français, avec une calligraphie illisible pour le commun des mortels. "C’est fastidieux, reconnaît Laetizia Puccio. Mais l’historien qui étudie ce genre de documents se spécialise dans ce qu’on appelle la paléographie, le déchiffrement d’écritures anciennes. Mais je vous assure qu’avec un peu d’exercice, tout le monde peut y arriver."

Pourquoi s’intéresser en particulier aux archives de Chièvres ? "On fixe un ordre d’importance, province par province, pour déterminer quelle ville en Wallonie mérite d’être fouillée. Chièvres a été et aurait pu être une ville beaucoup plus importante qu’aujourd’hui. Elle a connu un développement économique important entre le 12e et le 14e siècle. Malheureusement, elle a souffert de toutes une série de circonstances, notamment des incendies importants qui n’ont pas permis à Chièvres de s’étendre au-delà de ses fortifications. Et surtout, il y a eu une concurrence avec la Ville d’Ath, ce qui fait que la Ville est finalement restée quasi à sa physionomie d’Ancien Régime."

Collaboration entre l'histoire et l'archéologie

Au fil de ses minutieuses recherches, Laetizia Puccio a déniché des documents intéressants: des cartes inédites de la ville de Chièvres, des traces qui attestent de la présence de bâtiments méconnus jusqu’ici, comme des prisons. "Pas plus tard que ce matin, en ouvrant une liasse de papiers, nous avons découvert des plans qu’on ne connaissait pas, explique Laetizia Puccio. Ce genre de découvertes vous prouve que votre métier, qui a un aspect un peu répétitif, a ses bons côtés. Et lorsque l’étude finale va paraître et qu’on va pouvoir assembler chaque dossier, chaque bout de l’étude, on en tire une telle satisfaction qu’on oublie toutes les heures passées à dépouiller ces documents."

Mais à quoi tout ce travail va-t-il bien pouvoir servir ? "On pourrait avoir l’impression que, à l’heure actuelle, ça ne nous concerne plus, rétorque notre historienne. Mais je crois que, parmi les locaux, les habitants de Chièvres qui sont intéressés par l’histoire de leur commune, il y en a plus d’un qui vont éventuellement vouloir relire ces archives et vouloir investiguer davantage." Laetizia Puccio tient aussi à insister sur "la collaboration entre la Direction de l’Archéologie et les Archives de l’Etat qui témoigne du potentiel et de la plus-value des disciplines historique et archéologique, afin d’étudier, de mettre en avant, de valoriser et de préserver un patrimoine local, mais aussi régional et national, qui ne manquera pas d’intéresser également tous les spécialistes de l’histoire du Hainaut."

Un ouvrage de synthèse est en cours de préparation, sous la direction d’une archéologue de la Région wallonne qui fouille le sous-sol de Chièvres depuis plus de 25 ans. Laetizia Puccio travaille d’ailleurs en étroite collaboration avec cette archéologue qui la sollicite pour tenter de trouver, dans les archives, des réponses aux questions qui surgissent au cours de ces fouilles archéologiques. Le livre qui rassemblera le résultat de toutes leurs recherches ne sera pas publié avant la fin de l’année 2018.

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