Zone de police Bruxelles Nord : un haut gradé soupçonné de détournement d’argent public

Benoît Blanpain est une figure bien connue à la zone de police Bruxelles Nord (Schaerbeek, Evere, Saint-Josse). L’homme vient de passer son brevet de commissaire divisionnaire. Depuis octobre 2015, c’est lui le directeur opérationnel de la zone. Le commissaire Benoit Blanpain est également le président de l’ASBL Réseau Intersection Belgique, une structure dont la mission consiste en l’échange de bonnes pratiques entre les différents services de police francophones du monde entier. A ce titre, il voyage énormément. C’est en quelque sorte le "monsieur international" de la police Bruxelles-Nord.

Un subside de 90.000 euros pour un voyage humanitaire au Sénégal

C’est donc assez logiquement qu’il a été choisi par le chef de corps Frédéric Dauphin pour mener une mission exploratoire de six jours au Sénégal. C’était du 9 mars au 16 mars dernier. Un voyage préparatoire à un "projet d’échanges pour l’immersion de jeunes belges et sénégalais dans des activités socio-communautaires", indique le procès-verbal du conseil de police du 9 mars 2020.

Dans ce même procès-verbal, l’on apprend qu’une convention a été passée entre la zone de police Bruxelles Nord et la commune d’Evere. Que cette dernière octroie "un subside de 90.000 euros afin de réaliser ce projet et en déterminer les modalités pratiques".

Le projet est assorti d’une convention dans laquelle il est indiqué qu’il s’agit notamment de la construction d’une bibliothèque communautaire. Il est aussi précisé comment le budget de 90.000 euros va être dépensé. L’on y apprend notamment, qu’outre un déplacement en mars, le commissaire Blanpain aurait dû se rendre au Sénégal à deux reprises (avril et mai) pour finaliser le projet, avant l’inauguration officielle prévue en juin 2020 et la concrétisation du projet prévue du 15 juillet au 15 août.

Près de 4000 euros de frais de déplacement

Nous sommes donc le 9 mars 2020. Le commissaire Blanpain embarque pour le Sénégal. Pour voyager, l’homme ne prend pas n’importe quel vol. Prix du billet aller-retour 2478 euros. A bord, le policier se fait servir un repas par un chef étoilé. Ce qui fait jaser parmi la trentaine de policiers de la zone Bruxelles Nord que nous avons rencontrés. "C’est la folie des grandeurs" nous confie l’un d’entre eux. "Tout cela avec l’argent du contribuable".

Mais ce n’est pas tout. Pour son séjour sur place, le commissaire se fait rembourser la somme de 1006 euros. Mais ne remet pas de justificatif valable. Du côté de la zone de police, l’on nous explique que pour ce type de dépense ce n’est pas nécessaire de remettre de justificatif. Mais que puisque nous posons la question, une véritable facture va être demandée.

Cette facture, c’est la porte-parole de la zone de police qui finit par nous l’envoyer. Il y est fait mention d’une auberge, l’auberge Marie Lucienne à Dakar. Drôle de choix d’hébergement lorsque l’on sait que le projet humanitaire pour lequel le policier est envoyé sur place se déroule à Saint-Louis. Une ville située à 250 kilomètres de Dakar. Prendre un hôtel à Dakar est donc plutôt surprenant, les deux villes étant distantes l’une de l’autre de 250 kilomètres. Quant à la facture, elle n’est pas vraiment convaincante puisqu’elle ne mentionne ni numéro de TVA, ni numéro de carte de crédit.

Enfin ce qui surprend également dans cette affaire, c’est la version que nous livre la zone de police au sujet de ces remboursements. Alors que deux PV du collège de police en date du 27 février et du 26 mars indiquent que "le collège approuve le remboursement du vol et des frais d’hébergement […]", la réponse que nous livre Audrey De Rayemaeker, la porte-parole de la zone est toute différente : "Monsieur Blanpain n’a pas été remboursé. C’est la zone qui paye les frais sur place, c’est donc la zone qui a été remboursée".

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Le champion local des heures supplémentaires

Si ce projet humanitaire fait beaucoup jaser parmi les policiers de la zone (il est à l’arrêt à cause de la pandémie de coronavirus), bon nombre de policiers sont également interpellés par le nombre d’heures supplémentaires et d’heures de garde rentrées par le commissaire Benoit Blanpain. "C’est tout simplement hallucinant. On se demande quand il dort. C’est un androïde et notre champion local des heures supplémentaires".

"Pour moi, explique une policière, c’est du détournement d’argent public. Toutes ces heures qu’il ne preste pas c’est proprement révoltant. Et c’est cautionné par l’état-major". Une source bien informée nous a fait parvenir un tableau avec les heures supplémentaires et les heures de garde rentrées par le commissaire Blanpain.

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Rien qu’en 2018, on parle de plus de 6000 heures d’heures supplémentaires, heures de week-end et de gardes. Montant brut : 45.000 euros. "Ce sont des sommes colossales, et ça continue" dénonce un policier. Réponse de la porte-parole de la zone Audrey De Rayemaeker : "Nous encodons nos heures dans un système électronique et c’est le supérieur hiérarchique qui valide. Ici, pour le commissaire Blanpain, il s’agit du chef de zone".

Une enquête du comité P

L’on apprend par ailleurs, qu’une enquête administrative du comité P a été ouverte. Qu’elle concerne une série d’autres dysfonctionnements présumés au sein de la police Bruxelles Nord. Ce qui ne semble pas déstabiliser la bourgmestre de Schaerbeek Cécile Jodogne. Celle qui est aussi la présidente du collège de police de la zone Bruxelles Nord se dit "particulièrement sereine quant aux conclusions de l’enquête du comité P. Et que jusqu’à preuve du contraire, elle a toute confiance dans le chef de zone et son état-major". Prochaine échéance ce soir, avec un conseil de police qui risque de valoir le déplacement.

Extrait du journal télévisé du 19/10

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