Zone d’expansion de crue du Piétrebais : le projet se confirme, au grand dam de l’agriculteur

"Je suis le caillou dans la chaussure des politiques", ironise Hubert del Marmol. Cet agriculteur bio cultive une parcelle de sept hectares en bordure du Piétrebais, un affluent du Train qui a débordé lors des inondations de juillet dernier. Il s’apprête aujourd’hui à y récolter des tonnes haricots. "Mais pourrai-je encore le faire les prochaines années ?", se demande-t-il. C’est en effet ce terrain qui a été choisi pour implanter une zone d’expansion de crue, une ZEC, qui devrait en occuper une petite moitié. Le projet prévoit de construire une digue sur le cours d’eau et de permettre à une partie de la parcelle, soit environ deux hectares, de recueillir les eaux qui déborderaient du ruisseau en cas de nouvelles pluies trop abondantes. Cet aménagement, piloté par la province de Brabant wallon, a été approuvé à l’unanimité par le dernier conseil communal de Grez-Doiceau.

Le meilleur terrain

"Pas moins de quinze sites différents ont été analysés sur le territoire de la commune par la Province et il en ressort que l’endroit où il y a le meilleur rapport entre le coût investi et la capacité de retenue, et les effets en cas d’inondation de Grez-Centre, c’est celui-là. C’est là qu’on est le plus efficace", nous confirmait encore Alain Clabots, le bourgmestre de Grez-Doiceau il y a une semaine. L’étude a été menée par un bureau mandaté par la Province en 2015. L’ouvrage permettrait de retenir 42.000 mètres cubes et son aménagement coûterait 600.000 euros à la Province, maître d’ouvrage. "Maintenant que la commune a enfin donné son feu vert, il ne reste plus qu’au Collège provincial de valider pour pouvoir lancer la procédure de demande de permis. Ce sera l’affaire d’une quinzaine de jours", précise le député provincial Marc Bastin, en charge de la lutte contre les inondations. Hubert del Marmol, lui, annonce déjà qu’il ira en recours contre le projet, comme il l’a déjà fait précédemment.

Travaux inutiles ?

Contrairement aux élus communaux et provinciaux, il estime que ce n’est pas le meilleur endroit où implanter cette ZEC. "Si c’était le seul endroit qui convenait, jamais je ne m’opposerais !, affirme l’agriculteur. Ce n’est pas la bonne rivière, pas le bon endroit. C’est horrible de perdre ainsi sa maison, mais ce n’est pas pour ça qu’il faut faire de grands travaux inutiles". Selon lui ce n’est pas le Pietrebais qui pose problème, mais le Train, dans lequel le cours d’eau se jette. Il se demande aussi pourquoi une terre cultivable, "nourricière", doit être sacrifiée, alors que ce type d’aménagement se fait en général sur des prairies. Il nous en montre d’ailleurs une, à Morsaint, en bordure du Train, dans un quartier qui a été complètement inondé, et qui, selon lui conviendrait mieux à cet usage. "Elle a été envisagée, mais sa capacité de rétention est trois fois moins importante, rétorque Marc Bastin. Un aménagement y sera peut-être prévu, mais dans un second temps".

Risque de pollution

S’il accepte la convention, l’agriculteur pourrait toujours cultiver ses terres, amputées d’environ deux hectares pour construire la digue. En cas d’inondation, ce serait la parcelle cultivée qui retiendrait les eaux excédentaires du Piétrebais, avec le risque que ces eaux soient polluées, charriant des hydrocarbures ou des matières fécales. "Je perdrais alors ma certification bio. L’Afsca non plus ne laisserait jamais commercialiser des légumes cultivés dans ces conditions", s’inquiète-t-il. "C’est un risque, confirme le député provincial, mais des indemnisations sont prévues". Le cultivateur pourrait également vendre la totalité de son terrain, mais il ne se dit toujours pas prêt à le faire. Les négociations entre les différentes parties s’annoncent donc longues et tendues.

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