Yourte, tiny house… la reconnaissance de l'habitat léger va-t-elle changer les choses?

Cette semaine, le Parlement wallon a approuvé l’insertion de la notion d’habitat léger dans le Code wallon du logement dès ce 1er septembre. Un habitat léger, selon le code, doit répondre à trois de ces critères : pouvoir être démonté ou déplacé, avoir un volume réduit, une emprise au sol limitée, ne pas avoir d’étage et/ou de fondations, être autoconstruit et/ou ne pas être raccordé aux impétrants.

Les gens avaient besoin d’être rassurés

De nombreux exemples d’habitations répondant à ces critères sont présentés au festival Passion Robinson, qui se tient tout ce week-end au domaine provincial de Chevetogne. Il s’agit de yourtes, de roulottes, de tiny houses…

Jusqu’ici, les personnes qui installaient ce type de logement pour y habiter, naviguaient dans un certain flou. « Les gens avaient besoin d’être rassurés. Il y a encore quelques années, c’étaient les plus téméraires qui se lançaient », confirme Damien Craps, artisan constructeur de yourtes. Tom a ainsi dû renoncer à son projet de yourte dans le sud de la province du Luxembourg. « J’aurais peut-être dû insister un peu plus mais, au moment où j’ai fait ma demande, les communes n’étaient pas d’accord avec ce type d’habitat », témoigne-t-il. Retourné vers un logement traditionnel « en dur », il est convaincu qu’aujourd’hui, avec la reconnaissance juridique du Parlement, son projet passerait plus facilement.

Choix de vie ou choix financier

Dans le kiosque occupé par le collectif Halé !, qui promeut l’habitat léger, les questions sont nombreuses. Pour Vincent Wattier, l’un de ses membres actifs, cette reconnaissance est une victoire importante, même si elle est avant tout symbolique : « Le décret apporte un outil sémantique, symbolique en plus pour le fonctionnaire communal qui devra procéder aux domiciliations. Il comprendra enfin plus facilement à quel type de situation il a affaire », explique-t-il.

L’habitat léger n’a pas toujours eu bonne presse. De plus en plus de personnes s’y intéressent pourtant, par choix de vie ou pour des raisons financières. « Pour 5000 ou 6000 euros, on peut déjà s’acheter une yourte. Si beaucoup aujourd’hui s’y intéressent pour des raisons écologiques, de retour à la nature, certains choisissent la yourte parce qu’ils n’ont pas les moyens de se payer une maison », nous dit Thierry Mailleux, un exposant français.

Même constat chez les concepteurs de tiny houses, ces petites maisons en bois, équipées de tout le confort nécessaire pour y vivre à deux. Jean-Luc Martin, constructeur de Wellin, s’en rend compte : « Avoir un petit chez soi et être propriétaire pour une cinquantaine de milliers d’euros, ça intéresse de plus en plus de gens ». Le flou juridique entourant ce type d’habitat ne lui a fait vendre ses maisonnettes jusqu’ici que pour des gîtes touristiques. Il attend de voir si le vent va tourner.

Craintes de dérives

Emmanuelle est impatiente, elle aussi, de voir la situation évoluer. Son projet est de s’installer en roulotte, en habitat groupé. « On voit que ça bouge assez vite. Si, dans le code wallon du logement, c’est maintenant reconnu, cela peut ouvrir des possibilités », s’enthousiasme-t-elle.

Reste à voir si cette reconnaissance de l’habitat léger ne va pas entraîner certaines dérives. C’est ce que craint Damien Craps : « On a peur que ça soit rattrapé par le business. On n’est à présent en Belgique que deux fabriquant de yourtes. On a peur que, une fois que cela sera légiféré, de grosses structures visent un maximum de profit. Imaginez qu’IKEA se mette à faire des yourtes ! On se demande donc comment ça va évoluer. Mais ce qui nous fait surtout peur, ce sont les marchands de sommeil ». Le code wallon n’a en effet pas encore fixé les modalités en matière de normes de sécurité, de salubrité et de surpeuplement.

 

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