Xavier Duquesne, ancien berger David: "Toute une ville te regarde, t'écoute et attend que tu réussisses"

Xavier Duquesne a incarné David en 1982 et 1983. S'il a terrassé Goliath la première fois, il a échoué l'année suivante.
Xavier Duquesne a incarné David en 1982 et 1983. S'il a terrassé Goliath la première fois, il a échoué l'année suivante. - © Thibaut Deplanque

Tout au long de ce week-end, la Ville d'Ath va vivre au rythme de la Ducasse. L'événement classé au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 2008 sera marqué par de nombreux moments forts dont le face à face entre David et le géant Goliath prévu le samedi. En 1982 et 1983, Xavier Duquesne a incarné le jeune berger.

Xavier, quels souvenirs gardez-vous de ce moment?

"Quand tu incarnes ce personnage, c'est énormément d'émotion et beaucoup de stress. Je me rappelle de ma famille qui m'entourait. Je les ai vus contents et un peu tristes l'année d'après. J'ai pleuré quand j'ai raté mais également l'année où j'ai réussi car je voyais l'émotion présente sur les visages de tout le monde. Durant les deux années où j'ai incarné David, j'ai reçu beaucoup d'encouragements et de félicitations." 

Comment avez-vous préparé votre face à face avec Goliath?

"J'ai dû apprendre le texte (le Bonimée ndlr). Quand on a huit ou neuf ans , c'est une récitation comme on peut en faire à l'école. Les semaines qui précèdent, on s'entraîne à lancer la balle avec le géant et le trou dans lequel il faut l'envoyer. Je ne me suis pas entraîné de manière spécifique."

La Ducasse a lieu à quelques jours de la rentrée scolaire. La première fois que vous avez incarné David, vous avez réussi à terrasser Goliath. Etes-vous devenu le héro de votre école auprès de vos camarades de classe? 

"Le héros de ma classe, ça, c'est sûr! J'ai été félicité par tout le monde: que ce soit mes professeurs, mes copains de classe. Je dois avouer qu'ils m'ont bien soutenu durant ces deux ans."

Malheureusement l'année suivante vous avez raté votre lancer. Vous vous êtes senti comment sur le moment même? Vous vous en êtes voulu?

"Non. En tout cas pas personnellement. Mais par rapport à la tristesse que je voyais dans le regard de ma famille, là je m'en voulais. Mais je n'ai reçu aucun reproche. Au contraire, j'ai tout le temps été encouragé que je réussisse ou que je rate. Bien sûr c'est important pour toute la ville de vaincre Goliath. Après rater son lancer, ça arrive. Tu lances la balle et tu as une chance sur deux de réussir."

Quelle pression cela doit être pour un jeune enfant...

"Oui, c'est énormément de pression. Mais je pense que l'on s'en rend compte plusieurs années plus tard. Cela ne m'a pas frappé sur le moment même mais vers mes quinze ans. Là tu te dis "J'ai dû faire ça quand j'avais huit ans. Fallait quand même le faire!" Mais quand tu fais face au géant, tu remarques ce silence. Un silence qui dure pendant de longues minutes. Toute une ville te regarde, t'écoute et attend que tu réussisses. La pression, forcément, elle est là !"

Dorénavant vous faites partie du cortège mais comment vivez-vous ce moment des années plus tard?

"Hé bien, je ne le regarde pas! Je ne suis pas loin et, comme tous les ans, je suis à la même place mais je n'ose pas regarder. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être que je me revois à la place de David dire les mêmes paroles et effectuer les mêmes gestes."

Plusieurs décennies après votre combat, on vous reconnait encore facilement en rue?

"Oui et c'est très surprenant. Plusieurs personnes m'accostent et m'appellent David alors que ce n'est pas mon prénom! D'autres, plus âgées que moi et qui m'ont connu quand j'étais jeune, me reconnaissent et me disent "On se souvient de toi! Tu as réussi la première fois mais tu as raté la deuxième." Alors que cela fait 35 ans et après toutes ces années, je suis toujours autant étonné de voir des gens plus âgés que moi se souvenir de mes prestations! C'est étonnant!"

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