Wallons des villes ou des champs, personne n'échappe aux pesticides qui flottent dans l'air

Ce sont les conclusions d'une étude réalisée par l'Institut scientifique de service public (ISSEP) sur l'exposition des Wallons aux pesticides. Même dans la réserve naturelle du Mont Rigi, sur le plateau des Hautes-Fagnes, loin des champs et des vergers, les chercheurs ont trouvé la trace d'une dizaine de pesticides dans l'air, à faibles doses certes.

Les scientifiques ont installé des stations de mesures à douze endroits différents, représentatifs de la diversité géographique wallonne : Waimes, Habay, Charleroi, Liège, Gembloux, Louvain-la-Neuve, Dour, Tinlot, Oupeye, Marche-en-Famenne, Mons et Profondeville. Les capteurs ont été placés au centre des communes, là où les gens vivent, pendant une année complète.

Les habitants d'Oupeye sont les plus exposés

Sans grande surprise, ce sont les Wallons au milieu des champs et des vergers qui sont les plus exposés. C'est à Oupeye, où les gens vivent entourés de pommiers et de poiriers que l'exposition moyenne, tout au long de l'année, est la plus importante (4,2 nanogrammes de pesticides par mètre cube d'air). Oupeye enregistre aussi le nombre le plus élevé de pesticides différents dans les échantillons d'air : 28 en tout.

"Les cultures fruitières non biologiques sont massivement traitées avec des pesticides, à de nombreuses reprises dans l'année, explique Suzanne Remy, la coordinatrice de l'étude pour l'ISSEP. De plus, contrairement aux céréales ou aux pommes de terre, où les pulvérisations sont dirigées vers le sol, pour les arbres fruitiers, elles visent les feuilles qui sont en l'air. Ce qui favorise la dissémination de la pollution avec le vent".

Les pics de pollution en Hesbaye

Mais c'est à Gembloux, sur le campus de l'université Agro-Bio Tech, que les pics de pollution sont les plus élevés, avec près de 19 nanogrammes de pesticides par mètre cube d'air à certains moments de l'année, principalement au printemps et en été, aux moments des pulvérisations (et une moyenne annuelle de 2,02 nanogrammes par mètre cube). Louvain-la Neuve arrive juste derrière avec des pics à 14 nanogrammes (moyenne de 2,34). Ce sont évidemment les cultures intensives de la Hesbaye qui sont ici responsables de cette pollution.

On pourrait croire que les Wallons vivant dans les grandes villes sont relativement protégés de cette pollution d'origine agricole. Mais il n'en est rien. La ville de Charleroi, notamment, enregistre des taux moyens d'exposition presqu'aussi élevés qu'en Hesbaye. "Sans doute parce que Charleroi est une ville cernée à 360 degrés par les champs, explique Suzanne Remy." Peut-être aussi parce que la Sambre, comme la Seine en région parisienne, joue un rôle de couloir dans lequel s'engouffre la pollution provenant des cultures alentours.

De nouvelles mesures contraignantes pour les agriculteurs

Les taux mesurés par cette étude de l'ISSEP restent relativement faibles. "Ce sont des nanogrammes, pas de microgrammes, constate Suzanne Remy. Mais le problème c'est que cette exposition aux pesticides dans l'air ambiant s'ajoute à celle de l'alimentation. En tout cas, cette première mesure générale peut servir de point de repère à l'avenir pour vérifier que l'exposition n'augmente pas ou au contraire qu'elle diminue grâce à des mesures pour limiter les pesticides".

Il y a quelques jours, le ministre wallon de l'Environnement Carlo Di Antonio a annoncé de nouvelles règles. "L'usage de systèmes anti-dérive, qui plaquent les pesticides au sol au moment de la pulvérisation, sera rendu obligatoire, annonce le ministre. Ensuite, les pulvérisations seront interdites lorsque le vent souffle à plus de 20 kilomètres à l'heure. Et enfin, pour protéger tout particulièrement les enfants, il sera interdit de pulvériser à moins de 50 mètres d'une école ou d'une crèche pendant les heures scolaires."

Ce projet d'arrêté fait l'objet d'un accord politique au gouvernement wallon, où il a déjà été adopté en première lecture. Le ministre de l'Environnement espère qu'il sera adopté en juin et entrera en application en septembre prochain.

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