"Vues de l'esprit", photographie et spiritisme à Liège pour BIP2014

Marie SORDAT, de la série "Swan Song", 2012-2013 (détail).
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Marie SORDAT, de la série "Swan Song", 2012-2013 (détail). - © M.SORDAT/DR

Capturer l'image d'un fantôme ou d'un esprit à l'aide d'un appareil photographique... A la fin du XIXe siècle, une partie de la société était fascinée par l'idée d'entrer en communication avec l'au-delà. A l'Emulation et au Cercle des Beaux-Arts, à Liège, une double exposition de photographies, anciennes et contemporaines, rend compte de ce phénomène, dans le cadre de BIP2014.

Le spiritisme, c'est l'art de faire "tourner les tables", de les faire "parler", l'idée d'entrer en communication avec l'au-delà et l'esprit des disparus. Victor Hugo, par exemple, était adepte de ce mouvement qui a accompagné les développements des sciences à la fin du XIXe siècle. La photographie alors naissante, en pleine expérimentation d'elle-même également, a été utilisée comme accessoire indispensable pour soi-disant faire apparaître les esprits, les fantômes, et ainsi prouver leur existence...

L'invisible et l'imaginaire

L'exposition "Vues de l'esprit" s'intéresse aux phénomènes paranormaux, qui au XIXe siècle comme aujourd'hui, jouent sur la crédulité des spectateurs. Emmanuel d'Autreppe, critique, éditeur chez Yellow Now et enseignant la photographie à l'Institut St-Luc, est l'un des commissaires de cette exposition montée par les Brasseurs. "Le titre de l'exposition, "Vues de l'esprit", fonctionne à double sens. Cela fait référence au spiritisme, mais c'est aussi tout ce que l'esprit peut suggérer par la photographie. Nous avons souhaité montrer cette ambivalence de l'image à travers une série d'oeuvres historiques de photographes spirites du XIXe siècle, notamment de Louis Darget, Hyppolite Baraduc, ou Alexander Martin, qui se sont intéressés à ces phénomènes de l'imagerie mentale. Nous les présentons à l'Emulation sous la forme d'un cabinet de curiosités." Cette première partie de l'exposition bénéficie notamment de prêts de plusieurs musées spécialisés de Bruxelles, Gand ou Fribourg.

La seconde partie se prolonge par un volet contemporain, au Cercle des Beaux-Arts superbement rénové, dans la foulée des travaux du nouveau Théâtre de Liège. Ici, c'est la fascination pour les états-limites ou sublimés qui est présentée, en photographie chez des artistes d'aujourd'hui comme Catherine Lambermont, François Goffin, Marie Sordat, Edouard Decam, Joël Nepper, Akiko Takizawa, récente lauréate de la fondation HSBC... et en vidéo chez Gast Bouchet et Nadine Hilbert, ou Capitaine Lonchamps. "Les artistes se réfèrent explicitement à une forme de "l'invisible", à la capacité de l'image, numérique ou argentique, à faire un lien avec l'imaginaire, la rêverie, l'illusion ou encore l'hallucination", poursuit Emmanuel d'Autreppe.
Au final, pas de fantômes bien sûr, mais une exposition interpellante qui rappelle que la photographie, ce n'est pas le réel, mais bien, dans le meilleur sens du terme, une "Vue de l'esprit".

Alain Delaunois

Exposition dans le cadre de BIP2014, rue Charles Magnette, à Liège, jusqu'au 25 mai.

Plus d'infos sur www.bip-liege.org