Herbes folles versus gazon anglais : communes et défenseurs de l'environnement s'opposent

En province de Liège, mais aussi ailleurs en Wallonie, des communes obligent les particuliers à tondre leur herbe ou à tailler leurs haies.
2 images
En province de Liège, mais aussi ailleurs en Wallonie, des communes obligent les particuliers à tondre leur herbe ou à tailler leurs haies. - © Pixabay

Êtes-vous plutôt gazon à l’anglaise, parfaitement entretenu, ou herbes folles, pour laisser libre cours à la nature ? Si vous habitez certaines communes wallonnes, vous n’avez de toute façon pas le choix. Parfois, le règlement de police ou le règlement communal oblige les particuliers à tondre plusieurs fois par an leur parcelle et à en arracher les mauvaises herbes. Une aberration pour les associations de défense de la nature.

"Pas plus tard que ce matin, j’ai encore reçu les doléances d’une concitoyenne qui me dit qu’aucune haie n’est taillée dans son voisinage", raconte Jacques Chabot le bourgmestre de Waremme en désignant une pile de dossiers en attente sur son bureau.

Anticiper les querelles de voisinage

Dans les communes de la zone de police Hesbaye, dont Waremme fait partie, les règles sont claires et strictes : le jardinier amateur doit faucher au moins deux fois par an, avant juin et avant septembre, arracher avec soin chardons, orties et autres mauvaises herbes. "Je ne peux pas rester insensible aux plaintes que je reçois des riverains", s’explique le bourgmestre. Motivation de ce règlement : ne pas gêner le voisin ou l’agriculteur du coin, avec des espèces potentiellement invasives.

Refuge pour insectes, garde-manger pour oiseaux

Philippe Funcken voit les choses autrement. Le directeur général de Natagora nous accueille dans son jardin à Esneux, à un quart d’heure de Liège, au milieu des herbes folles. "Souvent les personnes qui viennent ici sont étonnées. Elles pensent que je n’aime pas jardiner. Au contraire, j’adore jardiner, mais autrement !" Il le jure : s'il ne fauche pas ça n'est pas par paresse, mais bien par choix.

"C’est fleuri, il y a des insectes, des grandes herbes. On entend les grillons, on voit les papillons, ça butine dans tous les sens", explique celui qui peut passer de longues minutes à observer une araignée tisser sa toile. "Ici les plantes ont leur temps de fleurir, de faire des graines". Un refuge pour les insectes, un garde-manger pour les oiseaux, dont le déclin vertigineux ces dernières années, inquiète.

On sait que la biodiversité s’érode. Ces règlements vont en dépit du bon sens

Obliger les particuliers à faucher régulièrement leur jardin, comme le font certaines communes wallonnes, c’est anachronique. Philippe Funcken s’indigne contre ce qu’il qualifie de "paradoxe". " On sait que la biodiversité s’érode un peu partout dans le monde en général et en Belgique en particulier. Il y a toute une série de politiques qui bannissent les pesticides ou qui encouragent le fauchage tardif. Et d’un autre côté, il y a encore ces règlements qui obligent les gens à faire des choses qui vont en dépit du bon sens."

L'organisation de défense de l'environnement espère bien faire changer les choses et inciter certaines communes à modifier leur règlementation. Natagora veut aussi agir auprès des particuliers. L’association a créé un réseau pour les jardiniers amateurs qui voudraient favoriser la biodiversité chez eux.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK